Photo en Une : © D.R.

Vous avez commencé la musique dans les années 80 à Versailles. Il y avait une énergie particulière dans cette ville à ce moment-là ?

Complètement. C'était l'arrivée des ordinateurs, des synthétiseurs numériques. Nous, nous étions trop jeunes pour avoir connu le punk. Je me souviens que le seul groupe français que nous écoutions était Taxi Girl. Mais musicalement, ce n'était pas une période facile. Les labels étaient assez réticents vis-à-vis des nouvelles manières de faire de la musique. Heureusement, nous sommes parmi les premiers à avoir bénéficié de l'ouverture d'esprit qu'a apporté la house. Quand ce nouveau son est arrivé, ça a tout changé. Au départ, les maisons de disques étaient complètement perdues. Elles ont mis du temps avant de se rendre compte qu'il se passait quelque chose. Pour des gens comme Étienne de Crécy, Arnaud Rebotini, Alex Gopher ou moi, c'était l'idéal. Nous étions des producteurs compositeurs, nous voulions faire notre propre musique mais nous ne voulions pas chanter. On ne s'est jamais pris pour des rock stars qui se regardent dans le miroir.

Quelques années plus tard, au début des années 2000, vous avez lancé le projet Nouvelle Vague qui reprend des classiques punk et new wave en version bossa nova. D'où vous est venue cette idée ?

J'étais embêté par le fait que lorsque l'on considère qu'un morceau est un standard, il s'agit souvent d'artistes correspondant à une époque très précise et assez lointaine, comme par exemple Stevie Wonder ou les Beatles. Mais moi qui suis un enfant des années 80, je n'écoutais pas les Beatles, Elton John ou ce genre de choses. Pour moi, les classiques étaient plutôt The Cure ou de Joy Division. Un morceau comme "Guns of Brixton" de The Clash avait tout pour être un standard pour ma génération. On dit toujours que les punks ne savaient pas écrire de chansons car ils ne savaient pas jouer mais ce n'est pas vrai. On peut prendre une guitare, connaître deux accords et faire une mélodie magnifique. C'est ce que j'ai voulu montrer avec Nouvelle Vague, en transportant ces mélodies et ces textes dans un genre complètement différent – la bossa nova – et dans un pays complètement différent – le Brésil. Très vite, le groupe a eu beaucoup de succès. Nous avons dû faire plus de mille concerts : Los Angeles, Tokyo, la Russie, etc.


Vous avez aussi réalisé un documentaire sur Nouvelle Vague avant de travailler sur le film Le Choc du Futur qui vient de sortir en salles. Cette fiction rappelle les débuts de certaines pionnières de la musique électronique. Qu'est-ce qui vous a donné envie de leur rendre cet hommage ?

Je trouve tout d'abord qu'il y a assez peu de films sur la musique électronique. Par exemple, des genres comme le rock ou le jazz sont bien plus représentés au cinéma. Là, je voulais filmer quelqu'un qui compose, qui triture des boutons, qui règle le son, qui crée de la musique à partir de machines. Ça, je ne l'avais jamais vu dans un film de fiction. Et tant qu'à faire, je préférais que ce soit une femme. Je me suis inspiré de musiciennes comme Laurie Spiegel, Éliane Radigue ou Suzanne Ciani dont le rôle dans l'histoire de la musique électronique est trop rarement mis en avant. Et pour faire le lien avec la génération d'aujourd'hui, j'ai choisi de travailler sur ce film avec Clara Luciani, Alma Jodorowsky ou Corine.

Sur un projet comme ça, il y a aussi sûrement un petit fétichisme des synthétiseurs analogiques qui entre en jeu, non ?

Je dirais plutôt un énorme fétichisme ! [rires]. Au premier abord, les synthétiseurs sont des machines énormes avec plein de boutons, on ne comprend rien et ça peut même faire peur. C'est un peu comme les motos, on peut croire que ça n'a pas grand-chose de féminin. Je voulais justement montrer l'inverse : que le synthétiseur peut être quelque chose de très beau et très glamour. Je trouvais ça superbe de filmer une femme manipulant des synthétiseurs. On ne le voit pas souvent. Tout ça est en train de changer mais à l'époque, c'était vraiment très rare.

Le Choc du Futur de Marc Collin sort en salles le 19 juin 2019.