Photo en Une : © Ottolinger SS19

Par Alice Pfeiffer

Photos : Ottolinger SS19

Cet article a initialement été publié dans le n°218, encore disponible sur le store en ligne

Quand les deux créatrices d’avant-garde Christa Bösch et Cosima Gadient ont décidé de lancer leur label, c’était avec l’envie d’une marque d’artisanat expérimental, au croisement entre les registres et les sens. Ainsi naquit Ottolinger, et une première collection en 2016. C’est en arrivant en demi-finale du prix LVMH 2018 que la marque se fait remarquer, s’inscrivant dans la descendance directe de Y/Project ou Vetements. La même agence, Ritual Projects, capitaine du cool parisien, est d’ailleurs derrière leur succès.


À chaque saison, la gamme de références est vaste. Codes suisses-allemands, culture psychédélique, grunge et consciente, les deux créatrices proposent une idée utopiste d’une société libérée des clichés clivants. Résultat, ces deux teufeuses ésotériques proposent des edelweiss psyché, l’imprimé traditionnel Kölsch passé à l’acid wash ou calciné sur du denim ; du tie-dye laminé ou passé au chalumeau. 

Lors de leurs présentations, la voix de l’excellente Alexandra Drewchin, mieux connue sous le nom de Eartheater, enveloppe chaque passage de looks d’une voix entre opéra, Meredith Monk et électro expérimentale. Des sonorités qui rappellent la diva bleue dans Le Cinquième Élément, version gothique trash. La fête n’est jamais loin non plus : au fil de leurs shows, elles aiment à citer les teufs de Berlin – où elles sont aujourd’hui basées.

En mouvement et en musique, les vêtements deviennent acteurs d’un storytelling complet, où elles dénoncent et transcendent la société actuelle. « Nous construisons des trames narratives et racontons des histoires avec le tissu comme point de départ, pour construire les personnages de notre propre monde », expliquent-elles après le show. « Un monde fantasmé, avec sa société propre. » On pourrait presque y lire une démarche éco-féministe, ou l’idée qu’un équilibre naturel existe, et que l’environnement, comme le corps des femmes, livré aux machines, devraient se libérer.

Ces looks dignes de Burning Man, de Fusion, du Summer of Love ou de Mad Max parlent de corps et d’identités démultipliées, mais solidaires. Si l’empire de l’éphémère tient les rênes de la société actuelle, les deux Suisses d’Ottolinger prennent en tout cas leurs soirées, leurs playlists et leur placard très au sérieux.