Photo en Une : © Tom Doms

Par Cédric Finkbeiner

Le pilier de la techno minimale a un message haut en couleur à délivrer, enrichi d'une part par sa gargantuesque expérience derrière les platines, et d'autre part par la spiritualité notoire qui anime son âme de Gospel. Robert Hood a en effet bien mieux à offrir que ses rituels de technicien des platines : un conseil profond et bienveillant, susceptible d'inspirer grand nombre de DJ en herbe sujets à la peur et /ou au stress.

Côté religion et gospel surtout, on apprend à remplacer chaque sentiment de peur par un sentiment d'amour. Faites-vous un lien entre cet enseignement et la musique que vous prêchez sur le dancefloor ?

Oui, totalement. Il y a un passage dans la Bible qui dit : « Ce n’est pas un esprit de crainte que Dieu nous a donné, mais un esprit de pouvoir, d’amour et de maîtrise de soi. » Le mot "pouvoir" est à prendre au sens noble du terme : cela signifie "être béni et avoir suffisamment de force pour faire face". Quand vous vous intéressez à la religion, vous constatez que Dieu n'est qu'amour. La Bible évoque aussi "la maîtrise de soi", représentant notre capacité à garder le contrôle de notre vie en puisant notre force dans l'amour de Dieu. Le contrôle de soi nécessite beaucoup de pratique pour être efficace, mais ça vaut la peine : cela contribue à garder un esprit sain, un esprit en paix. Amener la paix dans sa vie est bon pour soi, pour sa famille, pour sa communauté, pour le monde. C'est tellement nécessaire…

Ce n'est pas toujours facile d'appliquer la sagesse biblique : êtes-vous constant dans votre capacité à transformer la peur en amour ou avez-vous encore le trac parfois, avant de monter sur scène par exemple ?

Vous savez quoi ? La peur et le doute vont toujours essayer de se frayer un chemin dans nos esprits et dans nos cœurs. Mais toutes ces émotions négatives sont comme des "oiseaux" qui volent autour de la tête et tentent de construire leur nid à l'intérieur. L'idée est de faire barrage avant que ces "oiseaux" – ces émotions négatives – n'entrent. On y parvient grâce à la parole de Dieu : on peut prier et méditer lorsque la peur essaie d'entrer. Connaître la parole de Dieu est essentiel pour combattre toute émotion négative. Nous les expérimentons toutes: la peur, la colère, l'anxiété, mais nous avons aussi le pouvoir de les combattre.

Modeselektor a déclaré que vous étiez l'une des rares icônes des années rave à n'avoir jamais cessé de se renouveler. Faut-il toujours se réinventer pour être à l’aise dans son époque ?

C'est totalement intentionnel dans mon approche d'être chaque jour une nouvelle créature. Encore une fois, pour citer un autre passage de la Bible : « Si quelqu'un est en Christ, il est une nouvelle créature. Les choses anciennes sont passées ; voici, toutes choses sont devenues nouvelles. » C'est ce que je prie et médite tous les jours. C'est important d'évoluer et de changer, mais pas de changer de façon radicale, pas de changer soudainement, pas d'échanger, par exemple, mon Hip-Hop avec celui des nouveaux artistes et DJ’s d'aujourd'hui. Je suis très observateur de ce qui se passe musicalement, justement pour éviter que les nouveaux sons et les nouvelles modes ne me métamorphosent. Tu sais, la musique est toujours très intéressante et très inspirante en soi, mais je pense qu'une fois que tu as trouvé ton son, il est essentiel de ne pas se laisser influencer par les dernières modes. Si je change mes fondations, je ne saurai plus qui je suis. Et quand tu ne sais plus qui tu es musicalement, en tant qu’artiste, tu ne sais plus non plus où tu vas.

Vous intégrez votre femme et votre fille à votre carrière de DJ. La famille est-elle un élément important de votre assurance ?

Nous sommes une famille itinérante, très soudée. Ma fille, elle m'élève à un niveau supérieur. Elle a injecté une nouvelle énergie – une certaine jeunesse – dans mon son et elle me rend meilleur, dans le sens où elle me sort de ma zone de confort. Avec elle, je me remets davantage en question : si ce que je fais ne lui plaît pas, alors il n'y a aucune chance que cela fasse bouger les jeunes de son âge. C'est très important pour moi de faire une musique qui plaise à ma famille : elle est une sorte de baromètre de ce que je fais. Elle est mon guide, pour ainsi dire. Et elle me maintient jeune…

Votre fille et vous aviez mixé ensemble pour Boiler Room il y a trois ans. Était-elle stressée ? Comment l’avez-vous rassurée ?

Oui, elle était très nerveuse : quand nous sommes arrivés sur scène, elle est venue dans mes bras pour exprimer sa nervosité. Je lui ai simplement dit : « C'est normal, tu sais, c'est normal d'être nerveuse, je suis nerveux pour toi, mais c'est une bonne nervosité, c'est une bonne énergie : les gens veulent juste entendre la musique et tu n'as qu'à faire ce que tu sais faire. Pense très fort que tu es dans ta chambre, lorsque tu reçois tes amis et que tu joues pour eux. » C'est l'état d'esprit dans lequel je suis moi-même et dans lequel j'essaie d'amener ma fille. J’ai aussi ajouté: « Ne fais pas une fixation sur la technique, mais focalise-toi uniquement sur le fait de passer du bon temps et amuse-toi en toute simplicité. » C'est le plus important au final : juste passer un bon moment, s'amuser et ne pas se laisser happer par ce que les gens attendent de nous.

Côté mixes de studio, vous avez récemment enregistré un set particulièrement épique : votre retentissant DJ-Kicks, sorti il y a quelques mois sur !K7 Records. Comment avez-vous approché ce projet ?

Je voulais qu'il soit unique ; je voulais sortir de mes sets habituels, mais tout en préservant l'image que les gens ont de moi lorsque je joue sur scène. Je voulais injecter un côté "live" dans le mix, mais avec des sons et des morceaux légèrement différents. Quand j'ai commencé à faire ma sélection, je ne voulais pas uniquement représenter la musique actuelle, mais également celle de mes dernières sept ou huit années : c'est tout au long de cette période que j'ai eu ma transformation spirituelle, que j'ai été amené à vivre en Alabama et à me rapprocher de Dieu. Ensuite, je me suis demandé dans quel ordre je devais assembler ces morceaux, ainsi que comment les enchaîner, de telle sorte que l'énergie monte graduellement jusqu'à un point culminant. J'ai donc commencé avec des vibes très minimalistes, sombres, et j'ai échafaudé la suite de telle manière que cela symbolise ma transformation spirituelle.

Vous venez de sortir deux EP massifs sur votre label M-Plant : Reflector/Rotate et So Glad/I Feel Him Moving, 2019 a l'air d'être une année très prometteuse…

Oui, je me réjouis de toute cette nouvelle année à venir. Je me réjouis de l'accomplissement de nos projets avec Floorplan ; nous avons eu plein de nouvelles idées. Nous étendrons le Gospel encore plus loin, à travers notre ministère, et nous répandrons davantage l'amour de Dieu. J'ai aussi tellement de projets musicaux en préparation, déjà terminés et en attente de sortir. Il y a presque trop de nouveaux morceaux et de nouvelles sonorités que je suis impatient de présenter. J'aurais aimé que tout sorte en même temps, mais nous devons faire preuve de stratégie dans la manière de diffuser nos créations. Je suis en tout cas impatient que cela soit fait.