Photos : © Florian Machefert

Du jeudi 23 au dimanche 26 mai 2019 s'est tenu le Festival Contours, à Clichy-la-Garenne. Organisé par Bon Esprit, cet événement était l'occasion de réunir des univers pas si éloignés que cela : jazz, sons électroniques et vibe urbaine. Retour sur quatre jours de musiques, et beaucoup de 8.6.

Jeudi/Vendredi

Le jeudi soir avaient lieu le "Grand Opening" à l'Hotel de l'Imprimerie et, dans une autre ambiance, un apéro au bar à vins "Place des Fêtes". Du côté de l'hôtel, il était possible d'écouter les performances de Leroy, du DJ lyonnais Mangabey – affilié au label ToyTonics  – et de La Récré. Avec son cocktail explosif entre punk, jazz et hip-hop, le duo, accompagné de plusieurs saxophonistes, a régalé le public.

Le vendredi, après l'atelier "Danser Danser !" organisé au Pavillon Vendôme l'après-midi, direction le fameux bar à vins, qui rempile pour une seconde soirée. L'ambiance y est cosy, les barmans sympathiques et les cocktails bien exécutés. Adlanito propose un DJ set entre rap et r'n'b tout en souplesse avant que, vers 21h, la soirée ne bascule vers des horizons plus électroniques. De nombreuses familles, attirées par le son, se déhanchent dans le bar tandis que l'équipe de Bon Esprit remballe.



Samedi

Les choses sérieuses commencent avec le premier open air gratuit du parc Roger Salengro. Tandis que Wildcake, président de la webradio lilloise Comala, ouvre le bal sur la scène du Red Bull Music Boom Bus avec un morceau de jazz psychédélique de 15 min, une petite visite des lieux s'impose. En premier lieu, l'espace du bus. Sa finition gris métallisé et la scène à l'arrière lui donnent un côté Mad Max détonnant au milieu de l'herbe et des transats installés par Bon Esprit. Autour, le cadre est tout simplement magnifique, parsemé d'arbres de toutes les couleurs et d'un charmant petit ruisseau. Malgré le mauvais temps, les oiseaux et les enfants gazouillent. La pétanque est de sortie. Ça sent l'été.

La scène principale, à l'autre bout du parc, est située au milieu d'un parc à jeux pour enfants, qui ne se priveront pas, tout le week-end, de profiter des balançoires et manèges. Jasmïn, jeune artiste prometteuse signée à 18 ans dans une grande maison de disque, ouvre le bal avec une performance entre soul rihanna-esque et trap jazzy. Vêtue d'ailes de toile rose réalisées par ses soins, elle chante les morceaux de son dernier EP, Dive, ainsi que quelques exclusivités. La voix est chaude et maîtrisée, les accents pop assumé. Alors que la pluie tant redoutée pointe le bout de son nez, le public n'en démord pas, et encourage le groupe. Une belle leçon.



Pendant la pause, petite discussion avec la chanteuse aux abords de la main stage. « Le hip-hop m'a bercée toute mon enfance », explique Jasmine, ajoutant que son nouvel EP est quasiment terminé et devrait sortir à la rentrée. Distribuée par une major, cette dernière a la chance de conserver une liberté de création totale. « J'aurai peut-être besoin de plus de soutien si je fais un album mais, pour l'instant, tout fonctionne bien. » Autre point intéressant, Jasmine, qui est aussi l'ancienne chanteuse de Jabberwocky, produit tous ses arrangements et, pendant son temps libre, écrit pour d'autres artistes, dont des groupes de k-pop coréens. À suivre de près.

Après cette entrevue, vient l'heure de savourer le concert de Lucien & the Kimono Orchestra. Signé chez Cracki Records, le groupe propose un jazz-funk tout droit sorti des années 80, dans un registre proche d'un Jean-Luc Ponty ou des Américains de Spyro Gyra. Alors que le chanteur envoie des refrains au vocoder, le guitariste s'amuse à balancer des plans chromatiques à la John McLaughlin déformés par le chorus. Efficace. Une demi-heure plus tard, Romare clôturera cette première journée avec un live puissant, malheureusement entaché par un problème de carte son : le volume est trop faible et quelques craquements se font sentir. Visiblement, cela ne dérange pas le public. Côté bus, Midori/Menace attaque son set avec "Doors of the Cosmos", de Sun Ra. Si ce morceau est l'un des plus accessibles de la discographie pharaonique du gourou, il faut attendre l'entrée en scène de Pablo Valentino pour que l'ambiance bascule dans une joyeuse bringue mêlant habitants du quartier, familles nombreuses et jeunes adultes en furie. Une bonne dose d'énergie avant le dîner. 

Dimanche

Retour au parc Roger Salengro pour cette dernière journée qui, en termes de programmation, tape très fort. Le trio Flegon, aux manettes toute l'après-midi sur la scène du bus, installe une ambiance groovy et solaire, avec pour point culminant le génial "Sage comme une image" de Lio (1980). Sur la scène principale s'enchaînent les prestations des Bruxellois de Saudade, puis de Kodäma, dont le trip hop aux accents d'Afrique de l'Ouest ravit le public. Tandis que des festivaliers profitent de la pause pour déguster un délicieux burger italien et une bière au bar 8.6, c'est déjà l'heure de DAYS IN ORBIT. Et c'est la révélation. L'alchimie entre les membres du groupe est parfaite, le son dense et profond. Tandis que la chanteuse nous emmène dans la quatrième dimension avec ses paroles en japonais noyées dans la reverb, le batteur, taillé comme une armoire à glace, martèle d'énormes tambours sur fond de synthés acides. Une puissance surprenante pour les habitants de Clichy qui, tout en appréciant, semblent se retenir de s'approcher trop près des enceintes.

Après ce final décoiffant, qui se termine vers 20h, les festivaliers commencent à se disperser, la tête pleine de souvenirs.