Photo en Une : © Tiger Translate

Six ans se sont écoulés depuis le premier album de Yosi Horikawa, Vapor« Le diable est dans les détails », écrivait le blogueur Black Plastic au sujet de ce premier effort, sorti en 2013. Il avait raison. Né à Osaka, cet ingénieur de formation, spécialisé en "acoustique architecturale", lie plusieurs dimensions de la musique électronique avec un travail d'orfèvre en matière de field recording. Son odyssée prend aujourd'hui un nouveau tournant avec la sortie, le 31 mai, d'un nouvel album, Spaces, la fondation du label Borrowed Scenery avec son ami de toujours, Daisuke Tanabe, et une tournée internationale qui, les 24 et 25 juin, passera par Bordeaux dans le cadre du festival Écho À Venir

Derrière la musique... le bruit des choses

Peu connu du public français, Yosi Horikawa est pourtant l'un des pilliers d'une scène japonaise s'étendant bien au-delà de la house et de l'abstract hip-hop qui a fait la renommée de l'archipel. Le style de Yosi, qui n'aime pas les étiquette, a souvent été défini, comme du « field recording dansant » ou de « l'electronica concrète », rapporte-t-il. Imaginez l'enfant de Flying Lotus ou Amon Tobin – deux rois du sound design – et de Brian Eno, fusionnant avec une paire d'enceinte audiophile. 

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Entre ambient, hip-hop, sonorités jazzy et orientations pop, ce qui frappe, en écoutant Spaces, c'est le travail du son. Tout y respire la minutie, les heures passées derrière la console en quête du mix parfait et, plus important encore, la recherche de beauté, presque naïve. Mais cette simplicité n'est que la face visible de l'iceberg. Derrière, un océan de textures, polyrythmes et samples organiques vous chatouille les oreilles. Ça grouille. Contrebasse, douces nappes et rythmiques étranges dialoguent avec des cliquetis, craquements, vagues ou bourrasques se baladant dans un espace phonique d'une largeur inouïe. Sa musique, résume-t-il, comporte plusieurs couches : la charpente mélodique et, selon ses mots, « la musique autour de la musique »

Cette passion pour le field recording, Yosi la trimballe depuis un paquet d'année. À 12 ans, il commence à enregistrer dans sa chambre sur deux enregistreurs K7. Très vite, « le bruit de sa paume contre le dossier du lit devient un kick », indique sa biographie Bandcamp. Une passion qui, en 2018, l'emmène enregistrer aux tréfonds de la jungle luxuriante de l'île de Yakushima. Réalisé par la Red Bull Music Academy, le documentaire Seaching for Sounds, nous plonge dans cette aventure créative dont le résultat se veut plus accessible et émotionnel que ce que, au milieu du XXème siècle, les pionniers du GRM inventaient.

Spaces 

 « Je commence toujours par créer à partir de quelque chose qui n'est pas musical, comme des textures, des paysages, l'humidité, ce qui existe "à coté des sons" ». Spaces ne fait pas exception. Le premier morceau, "Timbres", s'ouvre sur un déluge de bruits qui, en 10 secondes, équivaut à une séance complète d'ASMR. Puis viennent les pads et un rythme bruitiste endiablé. Le panning, art de la répartition des sons dans l'espace, est ici exploité au maximum de ses possibilités. Chacun des morceaux est l'occasion de planter un nouveau décor, une image mentale inspirée par les voyages de Yosi, qui ne part jamais sans ses micros et son enregistreur dans sa valise. Si la totalité des sons de Vapor ont été enregistrés au Japon, ce nouvel opus se veut global. Samples forestiers et percussions Sud-Est asiatiques ("Vietnam"), chaos urbain capturé en Pologne ("Mine"), bruits d'animaux récupérés dans une ferme au sommet de la montagne de Chiba ("Chiba"), vieux vélos et voitures pétaradantes sur les routes philippines ("Crossing"), mais aussi matériaux concrets, provenant de son nouveau studio d'enregistrement ("Moldy Vinyl"). 

L'aménagement de ce studio, voilà, selon Yosi, l'une des raisons de cette longue absence . « J'avais besoin d'une vraie pièce pour enregistrer. J'ai donc décidé de construire mon propre studio, avec une acoustique irréprochable. Ça a pris plus de temps que prévu. » Pour arriver à la qualité souhaitée, Yosi a en effet traité la pièce et créé ses propres enceintes de monitoring, tout seul. « Je travaillais dans une compagnie d'architecture acoustique, donc je connais les basiques. Mais j'ai aussi beaucoup appris sur Google », se remémore-t-il. Un paramètre décisif dans l'obtention d'un son plus précis que jamais. Dans une époque de frénésie sans précédent en termes de rythme de sortie, un projet aussi matûré est le bienvenu. Mais ce nouvel album, outre l'aspect sonore, est aussi celui de la maturité commerciale, marquée par le lancement de son propre label avec un autre spécialiste du genre (et ami), "Daisuke Tanabe-san", comme il le surnomme affectueusement. « En tournant en Thaïlande l'année dernière, nous avons pris la décision de lancer notre propre structure, Borrowed Scenery afin d'être totalement libre ».

Une tournée audiophile

Là aussi, les choses ont été préparées avec soin. D'abord, une résidence de 3 semaines à l'Institut de recherche spatial du son de Budapest (SSI) achevée le 18 mai dernier. Le thème en était la technologie 4DSOUND, permettant une spatialisation du son en quatre dimensions. « Il y avait 36 enceintes dans le studio. Les gens peuvent se balader entre elles, c'est comme marcher dans le son lui-même. Cela me permet de reproduire le vrai son de la forêt, et de créer des effets surréalistes et créatifs », décrit-il.

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Cette tournée, qui passera par Mumbai, New Dehli, Antibes ou Londres passera par Bordeaux pour le festival Écho à venir. Le 24 juin, l'artiste y donnera une masterclass en field recording et, le lendemain, présentera une création inédite, MIRAGE Ô MIROIR, en collaboration avec une troupe de danse et plusieurs artistes visuels en charge d'une « projection sur mur d'eau ». Au milieu de ce décor, Yosi présentera des morceaux inédits réalisés à partir de samples enregistrés dans la ville.

Spaces est disponible en précommande physique et digitale sur la page Bandcamp de Yosi Horikawa. Un premier morceau, "Swashers", est déjà disponible à l'écoute.