Photo en Une : © D.R

Une troupe d’individus en pleine nature, arborant tous une gourde autour du cou. Non, il ne s’agit pas de randonneurs ou d’un rassemblement de scouts, mais du possible futur de nos festivals de musique. Utopique ? C’est pourtant bien ce à quoi We Love Green pourrait ressembler dès cet été. Après le succès de sa mesure anti-bouteilles de plastique l’an dernier, l’événement s’apprête à franchir un cap en bannissant totalement le matériau polluant de son enceinte : devant les scènes, sur le food court, et même en backstage. Encouragés à apporter leurs propres contenants et vaisselle réutilisable, les festivaliers pourront se ravitailler aux 100 points d’eau gratuits mis à disposition par Eau de Paris. Que l’on se rassure : le précieux liquide ne sera pas interdit à celles et ceux qui viendraient les mains vides, puisque le festival fournira des emballages Tetra Pak fabriqués à partir de matériaux biosourcés et entièrement recyclables. Une solution biodégradable est déjà imposée pour les assiettes ou couverts des stands de restauration et bientôt testée dans le bar à Eau de Paris, par le biais de nouveaux gobelets qui s'ajouteront cette année aux fameux Ecocup consignés.

Ces nouvelles mesures anti-plastique ne devraient pas surprendre les habitués – de plus en plus nombreux – du festival, dont les ateliers et conférences œuvrent depuis la première édition à la sensibilisation autour des problématiques écologiques. En huit éditions, cette volonté pédagogique sera parvenue à faire son chemin des bancs de l’espace think tank jusque sur la scène principale. « On a demandé à des artistes, comme Aya Nakamura, programmée cette année, de présenter avant leur concert les personnes qui les inspirent aujourd’hui en termes d’écologie », explique Najma Souroque, chef de projets contenus & développement durable pour l’événement. Une façon de sensibiliser un plus large public (la grande scène accueille 15 000 personnes), pas forcément habitué aux conférences, mais également les artistes du line-up « Des backstages jusqu’à la fosse, il faut montrer qu’il y a un lien. Pour changer les comportements de notre public, il faut que l’on puisse changer ceux des artistes. »

Lomepal montre l’exemple

Si ces derniers semblent faire preuve de bonne volonté sur le devant de la scène, qu’en est-il réellement en coulisses ? Dans un milieu où les riders – ces documents détaillant les exigences de l’invité(e), des plus essentielles aux plus farfelues – dictent les conditions de programmation, difficile de bousculer les habitudes. À We Love Green, on ne se décourage pas pour autant. Soumis à la « Green Policy », un document qu’ils doivent accepter et signer bien en amont du festival, les artistes, même les plus populaires, savent à l’avance qu’ils devront faire des efforts. Que ce soit par les injonctions au tri (notamment des mégots, recyclés par la suite) l’utilisation de gourdes et carafes mises à disposition dans les loges ou encore l’accès aux toilettes sèches, uniques sanitaires à disposition, tous sont logés à la même enseigne que le public. Une démarche qui peut aller jusqu’au refus, lors du show, d’installations lumineuses trop énergivores, au profit des LED, plus économes en ressources. Pour compenser le bilan carbone de leur venue, les artistes doivent même mettre la main à la poche. « En échange de quelques euros, ils peuvent connaître, grâce à notre calculateur, le taux d’émission de leur trajet jusqu’au festival et le compenser en choisissant de financer, par exemple, un projet de plantation d’arbres, précise Najma Souroque. Ça fait partie de notre objectif zéro plastique et zéro carbone. Et si les artistes ne le font pas eux-mêmes, nous le ferons pour eux. » 

« Le fait d’arriver avec nos propres gourdes et nos fontaines à eau, et de demander aux organisateurs des gobelets recyclables, ça a déclenché beaucoup de conversations. » Olivier Le Brouder, tour manager de Lomepal

Les habitudes commencent déjà à changer, si l’on en croit certains riders envoyés aux organisateurs réclamant des fontaines à eau. Présent à l’édition 2018 de We Love Green, Lomepal a par exemple radicalement changé ses habitudes depuis ses derniers concerts en début d’année. « L’équipe du festival nous a aidés à trouver des fontaines à eau. On se rend pourtant compte qu’il y a encore trop peu de dispositifs adaptés aux tournées. À chaque fois qu’on appelait une société, c’était pour des locations à l’année destinées à des entreprises », constate Olivier Le Brouder, tour manager du rappeur certifié platine. « Le fait d’arriver avec nos propres gourdes et nos fontaines à eau, et de demander aux organisateurs des gobelets recyclables, ça a déclenché beaucoup de conversations. Suite à ça, la Paloma à Nîmes m’a envoyé un mail pour savoir où l’on s’était fourni. Depuis, ils en ont intégré aux équipements de la salle. »

Soutenue par toute une génération de musiciens populaires, dont Roméo Elvis, qu’Olivier a entendu promouvoir l’usage des gourdes à l’antenne de France Inter, l’idée fait du chemin. Lomepal et son équipe ne comptent d’ailleurs pas s’arrêter en si bon chemin. « On retourne en tournée en novembre, et on imposera le tri sélectif. On est plusieurs dizaines à manger midi et soir, ça fait beaucoup de déchets. Mais il n’y a souvent qu’une seule poubelle dans les salles. Je pense qu’à l’avenir, elles vont être de plus en plus confrontées à des artistes qui auront des demandes écoresponsables. » Les têtes d’affiche de We Love Green 2019, Booba ou Aya Nakamura, qui inviteront des figures du développement durable à monter sur scène pour diffuser leur message, seront-ils les prochains ?

We Love Green se tiendra les 1er et 2 juin en plein cœur du bois de Vincennes pour un week-end de 50 live et DJ sets, 5 scènes musicales, une scène conférences en collaboration avec Le Monde, 50 restaurants engagés, des projections de films et documentaires, des centaines de drapeaux dans le ciel et toujours une production technique et logistique écoresponsable et innovante sous le soleil, les pieds dans l’herbe…