Photo en Une : © D.R.

Cet article est initialement paru dans le numéro 220 (avril 2019) de Trax Magazine.

Une sono de 2,5 mètres de haut équipée d’un DJ booth, sans aucun câble pour la raccorder à un réseau ou générateur électrique. La scène n’est pas banale. Tour de prestidigitateur ou réelle innovation technique ? À l’espace start-up de We Love Green, l’engin intrigue les curieux venus s’attrouper devant le son clair et puissant qui s’en échappe. « La directrice en personne, Marie Sabot, est venue nous demander de baisser parce qu’on nous entendait depuis les scènes principales », se remémore, amusé, Julien Feuillet, cofondateur de PikiP Solar Speakers. Ce sound-system autonome en énergie a été conçu par sa jeune entreprise. Leur prouesse repose sur un ingénieux dispositif mêlant panneaux solaires, dissimulés sur le toit surplombant les enceintes, et des « pavillons » pour optimiser le volume sonore. « C’est ce que la nature a créé de mieux pour amplifier le son, explique Julien. Nos oreilles, notre bouche sont des pavillons. C’était un principe beaucoup utilisé dans les années 50. Aujourd’hui, on les a un peu laissés tomber parce qu’on est capables de fabriquer des amplis puissants. On va à l’inverse de la tendance actuelle en développant des systèmes basse consommation. » 

L’an dernier, PikiP était chargé par We Love Green de sensibiliser le public à la consommation des ressources. Leur volonté de bousculer les habitudes du live et du DJing s’accorde avec l’esprit militant du festival du bois de Vincennes, qui s’est vu attribuer à plusieurs reprises le prix Outstanding de l’ONG anglaise A Greener Festival – la plus haute distinction décernée par cette organisation de conseil, d’évaluation et de certification pour les événements visant à réduire leur impact environnemental. « Nous évaluons les festivals à travers onze catégories principales : énergie, impact sur l’environnement local, transports, déchets et recyclage… », commente la cofondatrice Claire O’Neill. Epaulé par SMART Power, une entreprise proposant aux manifestations de grande envergure des solutions pour une production d’électricité écoresponsable, We Love Green est alimenté exclusivement par des énergies renouvelables : 5 % de sa consommation totale – dirigés vers le dispositif vidéo de l’espace Think Tank, ou encore l’espace enfants – provient du solaire. Les scènes principales sont quant à elles alimentées par des générateurs fonctionnant aux huiles végétales recyclées. Plusieurs options de biocarburants sont ainsi testées depuis 2016, non sans mal. « Après le B100, fait à 100 % d’huiles alimentaires recyclées, on a dû passer au HVO (pour Hydrotreated Vegetable Oil, ndlr), mais on peine à en obtenir la traçabilité », pointe Marie Sabot, directrice du festival. Mais pas le choix, selon elle. « L’arrivée de Total et du HVO sur le marché a déstabilisé tout le secteur. » Parmi les autres obstacles, la nécessité chaque année de demander une dérogation au ministère de l’Écologie pour pouvoir utiliser ces huiles. « Les dérogations sont difficiles à obtenir et demandent beaucoup de discussions », poursuit-elle.

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D’autres améliorations s’affichent à la vue du public. Pour rentabiliser le moindre kilowattheure, le festival s’est équipé à 95 % d’éclairages à basse consommation. Un chiffre atteint en mettant tout le monde à contribution, y compris les artistes, avec lesquels l’équipe de We Love Green négocie l’adaptation des dispositifs scénographiques, afin de privilégier les LED au détriment des projecteurs blinders (« éblouisseurs »), particulièrement énergivores. Les partenaires de la manifestation et les restaurateurs, par le biais de frigos mutualisés en cuisine, sont également incités à réduire leur empreinte. Sans oublier le festivalier ou le technicien en backstage, auquel on fournit gourdes et carafes pour respecter une politique « zéro plastique à usage unique ». Certaines énergies polluantes, inhérentes aux déplacements, ne pouvant être totalement proscrites, le festival et les artistes compenseront cette année leurs émissions en investissant dans des projets locaux de restauration de la biodiversité, à hauteur de leur consommation.

« L’énergie la plus écologique est celle qui n’est pas produite »

Si We Love Green atteste qu’il est possible pour les festivals de grande ampleur de réduire drastiquement leur impact écologique, d’autres pistes d’amélioration restent à explorer. « L’une des plus importantes d’entre elles devrait être le développement de systèmes de batteries pour stocker de l’énergie, lorsque l’événement en consomme moins qu’il n’en produit, afin de pouvoir l’utiliser ultérieurement », estime Claire O’Neill. Une technologie déjà utilisée, à moindre échelle, par le sound-system de PikiP Solar Speakers, qui conserve ses excédents d’énergie, pour parvenir à une autonomie de 10 heures sans soleil. « L’énergie la plus écologique est celle qui n’est pas produite », résume Julien Feuillet. Un précepte au cœur des axes de travail développés par SMART Power pour l’équipe de We Love Green : « Nous les aidons à réduire le nombre et la taille des générateurs en évaluant leurs besoins réels en électricité », explique Tim Benson, directeur de production. « Très souvent, nous voyons des machines marchant à moins de la moitié de leur capacité, ce qui signifie que le rendement en kilowattheures produits par litre de carburant est mauvais. »

À l’échelle européenne, le projet Green Music Initiative vise à répondre à cet enjeu en généralisant l’usage de piles à hydrogène dans le secteur événementiel. Si leur coût élevé constitue encore une barrière, l’hydrogène a l’avantage de ne produire que de l’eau lorsqu’il est consommé et permet le stockage des excédents d’électricité fournis, notamment, par les panneaux photovoltaïques. Une voie prometteuse donc, dans laquelle s’engagera cette année We Love Green avec l’installation d’un tout nouveau prototype faisant usage du fameux atome, ainsi que d’une ferme solaire. Rendez-vous les 1er et 2 juin.


We Love Green, c'est l'événement 100% énergies renouvelables et zéro énergie fossile. En 2019, le festival laboratoire continue de tester les innovations pour danser demain avec une ferme solaire et un prototype à hydrogène. Cette année, 80 000 arbres vont être plantés grâce au moteur de recherche Ecosia, soit 1 arbre par festivalier. Rendez-vous les 1er et 2 juin dans le bois de Vincennes, Paris.