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Par Isabelle Tardieu / General POP

South by South West – SXSW pour les intimes – est une sacrée experience. En bons reporters de l’impossible, nous sommes allés sur tous les terrains : on y a vu plus de 50 concerts, des films, le rappeur Asap Rocky parler de voitures volantes, on a entendu un certain G. Holz nous expliquer que la vie sur Terre était une simulation de l’intelligence artificielle… Bref, on a fait le tour des innovations digitales, du cannabusiness et autres questionnements existentiels qui ont animé le grand raout texan des Gafa. Résumé de cette édition 2019 en quelques points essentiels.

Don’t Mess Austin With Texas

Pour commencer, rappelons qu’Austin est une ville cool, ce qui n’est pas gagné. Une ville à taille humaine pour les Etats-Unis, des dizaines de salles de concerts et bar, une culture punk rock motard branchée, une météo tout à fait clémente en ce mois de mars, des gens qui se vantent de ne pas avoir voté Trump et les chauffeurs de VTC les plus cultivés du monde musicalement : on a rencontré dans ces berlines aux vitres teintées des métalleux, des violonistes, des rappeurs et même quelques francophiles écoutant FKJ ou Benjamin Clementine…

Austin est d’ailleurs tellement cool, qu’à l’image de San Francisco – nouveau chef-lieu du combo chemisette/airpods/trottinette – la ville attire et menace de se faire envahir par les Google et autre Amazon fantasmant sur un immobilier moins cher et faisant fuir à grands coups de dollars, les locaux à l’extérieur de la ville. Il ne reste donc que peu de temps pour y aller avant la fin du monde.

Le croisement du Futuroscope et du Concours Lépine

La centaine de personnes portant sneakers et casque de réalité virtuelle donne comme l’impression d’être dans un Futuroscope géant. Plus de doute possible lorsque l’on découvre le Tradeshow, sorte de concours Lépine 2.0 où le stand japonais apporte un lot de réjouissances infini : des sushis imprimés en 3D, une machine à préparer son petit déjeuner, des tampons-cartes de visites à scanner, des planches de surfs équipées de LED, et enfin, la promesse du festival de mettre à l’honneur la fluidité des genres et la parité : une machine à allaiter pour les pères éditée par Dentsu.

« 10 000 followers and no friends. » Cette punchline aura inspiré certaines start-ups ou entreprises, qui capitalisent sur ce sentiment d’isolation croissant pour inventer une flopée d’animaux robots, comme un chien en plastique, ou un pingouin chauffant du nom de LOVOT. Comme un écho au récent mariage d'un homme avec un hologramme... Le festival était aussi l’occasion de faire le tour des comptes Instagram menés par des influenceurs virtuels : @blawko22 (le plus thug), @shudu.gram@imma.gram@Lilimiquela...

Quand algorythmes, machine learning et intelligence artificielle s’incrustent dans la musique et les arts

Pendant qu'Alex McLean, co-fondateur du mouvement Algorave, présentait ce nouveau concept – sorte de next-level de la musique électronique – consistant à composer en live en codant des algorythmes, il était également possible d’observer d’un peu plus près les services de Magenta, projet de recherche musicale en open source de Google utilisant le machine learning pour assister à la composition. Il propose donc différents outils, dont les Onsets and frames transcrivant en partition les improvisations jouées au piano, le Nsynth (pour Neural Synthetiser), qui invente des instruments abstraits, ou encore le MusicVAE, modèle de machine learning composant carrément des parties de piano et créant des mix "parfaits" avec plusieurs beats ou mélodies.

Quant à elle, l’extended reality ou "XR", basée sur des pixels en 3D (les « voxels ») arrive dans le sport comme dans le clip. Toujours plus immersive, cette technologie allie réalité augmentée et réalité virtuelle pour proposer des retransmissions de matchs captés en 3D intégrale et augmentés de data qui révolutionnent le replay. C’est Intel qui semble à la pointe de la technologie, fort d’un studio dôme de 2500 mètres carrés à L.A., dédié à la fiction et au clip. Si le rendu esthétique laisse encore à désirer, en témoigne la vidéo ci-dessous, la technologie bouscule le schéma narratif en laissant le spectateur choisir son point de vue, revenant ainsi à des techniques qui relèvent plus du théâtre que du cinéma.

Cannabusiness, générateur de fake news et fin du clavier : aperçu d'un futur plus ou moins réjouissant

On s'attendait à des entrepreneurs du cannabis bien plus impressionnants. Néanmoins, avec la légalisation croissante dans les différents Etats, le sujet occupait beaucoup de terrain – sans compter la distribution de cartes à gratter "odeur de weed" pendant le film d’Harmony Korine –, et a donné lieu à des discussions qui nous paraissent, à nous Français, encore lointaines et décalées, mais qui indiquent que les écoles de commerce arrivent sur le marché. Comment gérer la distribution de cannabis sur Amazon ? Comment "premiumiser" son produit ? Comment marketer l’origine californienne ?

Quant à lui, le projet à but non lucratif soutenu par Elon Musk a de quoi faire peur. Un générateur de texte capable d’écrire des articles d’actualité entiers comme des fictions à partir de deux phrases, tellement performant qu’il en devient délicat de détecter son intervention. En lui soumettant la phrase d’ouverture de 1984, il détecte le ton futuriste et écrit une nouvelle située en 2045. Il complète même un article sur le Brexit avec des citations de Jeremy Corbyn. Plus vrai que nature, à tel point que l’entreprise refuse pour l’instant de divulguer ses recherches afin d’éviter tout détournement.

Autre vision futuriste : celle de la fin des claviers. Si l'engouement pour les lunettes connectées et les assistants vocaux nourrit nos angoisses terribles sur la fin de l’écriture, voyons au moins le bon côté des choses : ce sont potentiellement plus d’un milliard de personnes restées sur le côté de la route qui pourraient enfin accéder au Web. Chers aînés, personnes handicapées, paralysées, dyslexiques, malvoyants, analphabètes : bienvenue sur les internets.