Photo en Une : © Agathe Poupeney


Le 13 avril prochain sortira en vinyle, à l'occasion du Disquaire Day, le nouvel album d'Arnaud RebotiniFix Me. Proposant une version retravaillée de son live machine pour le spectacle de danse du même nom, créé par le chorégraphe Alban Richard, le disque contiendra l'ensemble des 4 mouvements de l'oeuvre, inspirés des structures symphoniques – et répartis ici sur 6 titres , ainsi qu'un inédit, qui n'avait pas été, « pour des raisons dramaturgiques », retenu dans l'écriture finale.

Ainsi, à la manière d'une oeuvre classique, l'album débute sur un mouvement "Moderato" avec deux premiers morceaux aux rythmiques doucement hypnotiques, dont le très kraut et rétro "The Great Preacher", où les synthés de l'artiste se parent d'une esthétique baroque, proche de celle d'un orgue. Les pulsations s'accélèrent et s'industrialisent ensuite sur l'électrisant "Allegro" (le 3ème titre "Substance Doctrinale") avant de retomber en lentes nappes de synthés mais avec une tension restée intacte sur le mouvement "Largo". Enfin, la partie "Adagio", la dernière du disque avant le mouvement inédit, amorce une réaccélération avec un titre techno ("The Struggle is Over") aux sonorités futuristes.

Basé sur « un lexique de mouvements inspiré des manifestations politiques, de discours de rues et des prêches de quatre prédicatrices américaines », le spectacle, qui a entamé sa tournée à travers toute la France depuis le mois de janvier, entend étudier la relation entre les corps et la musique. Loin d'être conçue comme la simple bande-son du spectacle, cette nouvelle étape du projet Fix Me promet quant à elle d'établir un nouveau regard sur l'oeuvre, se positionnant comme un album d'Arnaud Rebotini à part entière.

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À l'occasion de la sortie vinyle de Fix Me le 13 avril, puis de sa sortie digitale à la fin du mois, Trax publie son entretien avec Alban Richard et Arnaud Rebotini, paru dans le numéro #217 (hiver 2018) du magazine.

Par Olivier Pernot

« Ce qui me met en mouvement, c’est la musique ! » Pour sa nouvelle création, baptisée Fix Me, le chorégraphe Alban Richard travaille avec Arnaud Rebotini. « En vingt ans de danse, j’ai abordé un éventail de genres et j’ai collaboré avec de nombreux musiciens, comme Christophe Rousset des Talens Lyriques, Raphaël Cendo, Robin Leduc, les Percussions de Strasbourg, Audrey Chen… Je commence d’ailleurs toujours une création par la musique : je choisis une œuvre, une époque et je détermine ensuite une corporalité pour la pièce. » Avec Fix Me, Alban Richard, directeur du Centre chorégraphique de Caen en Normandie, a voulu réfléchir au rapport entre la musique électronique et le corps. Plus précisément aux relations de pouvoir entre les deux. « La musique électronique, et plus précisément la techno, est une musique qui ne vous lâche pas, qui vous oblige à bouger. Il y a une certaine autorité de la musique lorsqu’elle se confronte aux corps. J’ai donc voulu travailler sur trois partitions, la musique, la danse et aussi la lumière, imaginée par Jan Fedinger. Comment elles s’associent, se confrontent, se colonisent. »

Physicalité de la musique
Comme à chaque création, Alban Richard se rapproche d’un spécialiste du genre musical choisi. Pour la musique électronique aux rythmes techno, le nom d’Arnaud Rebotini s’est imposé : « Je l’ai découvert il y a dix ans avec son album Music Components. J’aime sa relation avec les synthétiseurs d’époque et la physicalité de sa musique. Je l’avais vu en live aussi, avec Christian Zanési. Arnaud Rebotini est imposant physiquement et je voulais qu’il soit impliqué physiquement dans la pièce. Je ne voulais pas un DJ derrière un laptop, je voulais qu’Arnaud Rebotini soit Arnaud Rebotini, sur la scène dans son îlot de synthés, au milieu des danseurs. » Le musicien a accepté immédiatement la proposition du chorégraphe : « J’ai trouvé l’idée séduisante. Alban Richard me voulait sur scène et avec une musique moins portée sur le kick ou le groove. Cela me permet aussi de toucher un autre public, celui de la danse. Au début des années 2000, j’avais collaboré avec la compagnie de danse Teatri del Vento, pour réaliser des bandes-son de musiques expérimentales. Mais c’était juste des DJ sets améliorés. »

Symphonie synthétique
Si Rebotini reconnaît être un piètre danseur, « très arythmique », il a été impressionné dans sa jeunesse par des ballets classiques comme Le Sacre du Printemps de Stravinsky ou Parade d’Erik Satie. « La musique fait complètement partie de ces œuvres, et, pour un musicien, la danse représente une discipline dans laquelle tu peux t’exprimer différemment. » Il a été conquis par l’ambition musicale du spectacle d’Alban Richard : « composer une symphonie synthétique », dans laquelle il a imaginé « des passages variés : techno, ambient, krautrock, drone, new wave, gothique, etc. » Il y a même un chant gospel, interprété par Rebotini lui-même.

La musique de la pièce a été élaborée en répétitions avec le chorégraphe et les quatre danseurs. « Il y a beaucoup d’émotions, d’intensité et de spontanéité dans la musique qui a été composée », se réjouit le musicien, qui signe quasiment une heure de musique inédite. « Les machines sont toujours inspirantes ! », lâche-t-il. « Fix Me est une pièce sur la persévérance, l’obsession, avec 98 % d’exhortation et 2 % de soulèvement, explique Alban Richard. C’est une pièce dynamique et physique sur l’action de se soulever avant le passage à l’acte. Cela se traduit par une musique électro qui fait attendre le kick, pour créer de la frustration. » Une pièce dans laquelle le propos est appuyé, en plus de la musique live, par des prêches féminins afro-américains et du rap féministe.

Créée au Cargö à Caen, dans le cadre du festival Nördik Impakt, la pièce part en tournée sur l’année 2019, et peut-être sur d’autres saisons. Prochaines dates : Maison de la musique, Nanterre (19 avril) ; Centre national de danse contemporaine, Angers (14 juin).