Photo en Une : © Denver

La période actuelle voit un certain nombre d'évènements alternatifs, en warehouse ou en pleine nature, victimes d'annulation ou de tentatives d'interruption plus ou moins brutales. Qu'elles soient d'origines préfectorales, policières, municipales ou émanant des propriétaires des lieux, les difficultés rencontrées par les organisateurs de free parties semblent persistantes et les préjugés tenaces. Dans ce contexte, le FSJS, ou Fonds de Soutien Juridique des Sons, récemment repris par le CNS (Coordination Nationale des Sons), tente d'apporter une aide juridique, institutionnelle et politique aux acteurs d'un mouvement qui, sur tout le territoire, défendent une autre vision de la fête, avec le lot de défiance et de risques que cela implique.

Quel est le rôle précis du FSJS-CNS ?

Le CNS a pour but de fédérer les sound systems français. C'est une institution dont on peut dire qu'elle est véritablement collégiale. Chacun des membres peut en effet s'impliquer dans le fonctionnement et porter un certain avis sur la politique générale de la free en France. Elle a donc pour vocation d'unifier, sans uniformiser, le monde de la free party du côté de ses organisateurs ; ce qui se traduit d'ailleurs par une communication grandissante au sein de chaque région et sur le plan national. Cela permet de mettre en place des actions revendicatives bien plus efficaces. La deuxième casquette que le CNS porte est celle de la gestion du FSJS, créé en 2014 à l’initiative d’acteurs du milieu et qui, auparavant, était coordonné par l’association FreeformPour l'heure, nous sommes une association loi 1901 avec comme principal fond la récolte de dons. Dans le nouveau dispositif, les collectifs qui sont en difficulté peuvent se tourner vers les référents régionaux du FSJS ou Freeform pour ce qui est du conseil juridique. Si le dossier nécessite un avocat, c'est le FSJS qui déclenche l'aide. Le désir d'unité est plus que jamais présent dans le monde de la free party en France, et le CNS tente de répondre à ce dernier.

Quel est l’état actuel des relations entre le milieu free et les pouvoirs publics ?

Malheureusement, la relation entre le milieu free et les pouvoirs publics a peu évolué. Bien qu'on assiste à une prise de conscience grandissante du côté de la population "civile", grâce au travail de sensibilisation des acteurs de cette culture et à sa médiatisation plus importante, la répression publique continue. Les principaux acteurs au niveau du gouvernement (préfectures, ministères) évitent la négociation avec les organisateurs et refusent d'avoir une politique cohérente sur le sujet. On se retrouve face à une gestion locale et ultra politisée au lieu d'avoir une politique nationale uniforme. Les sound systems sont contraints de jouer au jeu du "ça passe ou ça casse". Même si on ne peut pas établir de lien univoque entre l'actualité "revendicative" des gilets jaunes et la répression que subit notre mouvement, il est évident que de très nombreux amalgames peuvent être faits de la part des pouvoirs publics. La free party a toujours été et restera revendicative, et de nombreux acteurs sont également impliqués dans d'autres actions comme les gilets jaunes, les ZAD, les squats etc. Sur le terrain on constate que le climat actuel, particulièrement en ce qui concerne la remise en cause de la position des forces de l'ordre rend la négociation d'autant plus difficile. Les tensions peuvent parfois être fortes et atteindre des degrés de violence important. La "Zad Party" à Montereau-Fault-Yonne en a été un bon exemple.

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Comment se manifeste cette « répression accrue » dont vous parlez ?

Avant tout par des saisies totalement injustifiées et des tensions accrues entre forces de l'ordre, organisateurs et participants. Mais elle se manifeste aussi en aval des événements, par un acharnement judiciaire envers les organisateurs allant jusqu'à mettre en jeu leur responsabilité civile. Cela aboutit souvent à des procédures lourdes et très longues, des amendes de plus en plus élevées, voire des propositions de loi visant à casser toutes envies de faire la fête en dehors des sentiers battus. Je pense à la proposition de loi de Thibault Bazin visant à faire passer la peine pour organisation d'événement festif non déclaré à 1 an de saisie du matériel, 3500 euros d'amende et 2 mois de prison (consultable ici).

Quels sont les moyens d’actions du FSJS-CNS ?

Le Fonds de Soutien a pour mission d'assurer la prise en charge intégrale des frais d'avocats lors d'une saisie. Par ailleurs elle incite à développer les relations inter-régionales entre soundsystems, à encourager des formations juridiques et l'organisation d'événements nationaux pour promouvoir notre culture. Je pense notamment à la Manifestive. D'autre part, les soundsystems tentent un
maximum de mettre en place des actions pour permettre tout ça. Cela passe par des appels aux dons sur les réseaux sociaux et lors des soirées.


Quel est le bilan de votre action depuis 2014 ? 

Depuis la création du Fonds, toutes les demandes de prises en charge ont été rendues possibles et de très nombreux procès ont été en partie ou totalement gagnés par les soundsystems, avec l'aide de l'avocate avec laquelle le FSJS travaille très régulièrement, Me Marianne Rostan.

Vous avez lancé un appel aux dons en novembre 2018, comment se passe la mobilisation ?

La mobilisation suit son cours, et nous recevons un soutien non négligeable. Cependant, cet appel aux dons n'est pas terminé, il est toujours consultable sur le site du pot commun. Le Fonds de Soutien est la membrane qui permet aux organisateurs de continuer à faire vibrer le public au son des basses de la tekno que l'on apprécie tant.