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Cet article est initialement paru dans le numéro 217 (hiver 2018) de Trax.
Par Malvina Meinier

Au départ, mon background musical, c’est plutôt le conservatoire. J’y ai étudié le piano et l’orgue dès mes 6 ans. J’ai ensuite continué en études supérieures : théorie, écriture, analyse de partition, composition… Mon premier album était assez classique, piano, violoncelle, puis j’ai été introduite à la musique sur ordinateur. J’ai essayé de mélanger ça dans mon deuxième album. Puis j’ai rencontré de plus en plus de monde qui travaillait sur ordi et ça m’a fascinée. Au conservatoire, j’étais frustrée de ne pas assez étudier le timbre. L’orchestre possède des cuivres, des cordes, mais les timbres restent limités. J’ai eu envie de travailler cet aspect spécifique, d’aller chercher des sons qui, pour moi, n’existaient pas. Alors je me suis lancée, apprenant en regardant. Depuis deux ou trois ans, j’expérimente dans ma chambre avec le peu de choses que j’ai : mon clavier et ma voix.

Se sentir légitime a malgré tout été très long. Quand j’ai commencé, je ne savais pas du tout comment faire, et c’était il n’y a pas si longtemps. Je connais bien l’harmonie, j’ai une bonne oreille, je suis plutôt bonne pianiste. Mais techniquement, tous les plug-ins, les MIDI, les LFO, je ne connaissais absolument pas. Et aujourd’hui, je suis très loin de savoir tout ce que l’on peut faire. C’était compliqué pour moi de me dire « productrice ». Au début, je m’en faisais une montagne : les producteurs étaient des gens supercalés, qui connaissaient tout, je les déifiais. Je ne me rendais pas compte que j’étais moi-même en train de le devenir.

Avant de commencer à écrire, j’ai toujours en tête une inspiration, quelque chose de très imagé, que je vais avoir envie de reproduire en musique. Je vais alors chercher un son qui, pour moi, correspond à ce que j’ai en tête. Je m’inspire de producteurs que j’aime bien, j’essaye de reproduire le même type de sons. Je n’ai alors aucune méthode harmonique : j’appuie tout de suite sur record, je me laisse aller pendant quelques minutes sur mon clavier MIDI, puis je coupe des morceaux et les arrange. Je vais comme ça trifouiller des sons, puis en fonction de leurs sonorités, je vais composer mes morceaux en jouant avec. C’est le timbre du son qui va m’orienter dans la composition, plus qu’autre chose. Je ne me rendais pas compte que c’était ça de la production. J’avais l’impression que composer, c’était choisir un son pour tel ou tel instrument, comme j’ai pu faire avec les orchestres. Je ne me rendais pas compte que je faisais la même chose mais avec des plug-ins et des synthés.

Au final, j’ai l’impression que tout le monde peut produire. Il faut juste se décomplexer, s’y mettre et faire n’importe quoi. La majorité du temps, je ne sais absolument pas ce que je suis en train de faire. Je passe un moment à trouver une mélodie, puis je vais mettre un effet que j’aime bien, n’importe lequel. Je le glisse dans ma piste, puis je bouge les boutons dans tous les sens, jusqu’à ce que je me dise : là, c’est cool comme ça. J’avais besoin de cette liberté, de me dire que tout était possible. Il n’y a pas de règles, absolument aucune, exceptées celles que vous vous donnez. Moi, j’aime bien me donner un petit cadre. Je n’aime pas penser des tracks tous seuls, je pense en album. J’écris mon squelette, puis je remplis l’intérieur. C’est peut-être un réflexe de compositrice classique : une idée de symphonie, et une idée de mouvements dans ma symphonie. J’écris souvent des tracks très longs, j’ai plus de mal à écrire des morceaux courts. C’est cela mon nouveau défi, d’écrire des morceaux de 3 minutes, des formats pop.

Le 9 novembre est sorti le single "Puberty" (tiré de l'album
Corpus /Anima) sur la compilation KTW001 du label Kowtow Records
Hiver 2019 : Sortie de l'EP
Anima
Printemps 2019 : Sortie de l'album
Corpus/Anima