Photo en Une : © Silvère Koulouris - Martin Sauvage


En partenariat avec 8.6

Par Brice Miclet.

La tendance prend de l’ampleur depuis environ cinq ans : de nombreux clubs, festivals ou lieux éphémères invitent désormais des tatoueurs à participer à la teuf. Avec la démocratisation croissante de la discipline, aussi bien du côté des professionnels que des clients, de nombreux artistes investissent ces événements, quitte à faire désormais partie intégrante des concepts de soirées. L’un des exemples les plus parlants, c’est celui du collectif parisien Discoquette. En plus de proposer des ambiances disco/house et un show de drag queen à chaque date, il invite un tatoueur à repeindre les fêtards les plus audacieux.

Il faut que cela ait du sens

Martin Sauvage est l’un d’eux : « En soirée, je ne fais pas de tatouages sur demande, uniquement ceux que j’ai préparés sur mes planches de flashs. Je me mets dans un coin un peu à l’écart, pour éviter qu’il y ait trop de passage, que les gens touchent le matériel… » La contrainte principale, ce sont les règles d’hygiène Draconiennes dans les shops et salons, elles sont ici alignées sur celles des conventions de tatouages, moins strictes. « Les jeunes qui écoutent de la house ou de la techno et qui sortent sur Paris sont presque tous tatoués », observe Xavier Paufichet, l’un des fondateurs de Discoquette. « C’est presque comme acheter du merchandising. Le développement récent des flashs, ces tatouages plus petits et plus rapides à faire, favorise cela. Ils renforcent cette appartenance à une petite bulle qui sort beaucoup. »

Se faire tatouer avec de la house ou de la techno dans les oreilles et des curieux autour de soi, c’est particulier. « Je trouve ça assez excitant, finalement », avoue Leila, l’une des premières personnes à avoir laissé Martin Sauvage la tatouer en soirée. « Les gens n’osent pas trop s’approcher pour ne pas déconcentrer le tatoueur. Lors de la première Discoquette, le patron du club hallucinait de voir qu’on se faisait vraiment tatouer dans ces conditions. »

© Silvère Koulouris - Martin Sauvage

On a pu voir des tatoueurs au Hellfest, aux Escales de Saint-Nazaire, au festival Fusion, mais aussi à Transfert, lieu artistique éphémère installé à Nantes l’été dernier. IPNO faisait partie des artistes invités, et il a déjà une certaine expérience de la chose. « Il y a cette grande vague des concept stores, où l’on veut mélanger plein de domaines, de pratiques. Parfois, ça a du sens, parfois pas du tout. Si tu fais un événement yoga/point de croix et que tu y mets du tatouage, c’est bizarre. Mon salon est situé dans un magasin de graffiti, il y a du rapport évident entre les deux disciplines. » Inviter un tatoueur parce que cela fait sens, oui. Uniquement parce que c’est à la mode, non.

Ne pas tatouer n’importe qui

D’ailleurs, il y a parfois une différence flagrante entre les tatouages en festival et en club. IPNO l’a observé à ses dépens : « J’ai fait ça en club dans le sud, c’était un calvaire. Tout le monde était défoncé. Il y a ce couple qui est arrivé, ils semblaient clean. Quand j’ai démarré, je me suis rendu compte qu’ils étaient en pleine montée. Les corps suaient, bougeaient dans tous les sens, ils se faisaient des câlins. L’enfer. Du coup, les tatouages ne sont pas à la hauteur des espérances. La meuf a même vomi après que je l’ai tatouée… Dommage, le contexte était cool et très clean. Après ce couple, j’ai arrêté pour la soirée. C’est ma seule et unique expérience de ce genre, je n’ai plus jamais refait ça. »

Martin Sauvage

Il ne faut pas généraliser : lorsque les organisateurs parviennent à obtenir des conditions optimales pour tatouer, l’expérience, comme chez Discoquette, vaut le coup. D’ailleurs, Martin Sauvage veille lui aussi à ne pas tatouer n’importe qui. « Tu vois tout de suite quand quelqu’un n’est pas apte. On m’a déjà dit : « Fais-moi ce que tu veux ! » Là, c’est non. »

Une licorne avec une bite

Les syndicats de tatoueurs et certains vieux de la vieille ne voient pas toujours cela d’un bon œil. On sait par exemple que Tin-Tin, star de sa discipline depuis plus de 25 ans, n’est pas un grand défenseur de cette tendance. Mais elle peut permettre à des tatoueurs de se faire connaître, et surtout, si les règles de l’art sont respectées, de changer de cadre. A priori, ça ne fait jamais de mal. « Je me suis faite tatouer deux fois à Transfert, raconte Anna. La première avec Chantal Frontale, qui faisait pas mal de flashs avec des phrases du type « Crève », « Nique-toi » etc. Du coup, elle m’a fait un joli « Champagne sur les eins », c’est ce que je dis à chaque fois que j’apprends une bonne nouvelle. La seconde fois par IUL 1minute, il m’a fait une licorne avec une bite à la place de la corne. »

© Jean Ranobrac - Solène La Guêpe

IPNO est chevronné et réfléchi sur le sujet : « Quand tu t’inscris dans un cadre légal, tu ne peux pas prendre n’importe quel risque. Il y les gens qui se font tatouer, les organisateurs… En plein air, c’est souvent une galère : il y a de la poussière, pas de point d’eau. Dans ces cas-là, on ne fait pas. Durant un festival de musique, la principale contrainte, c’est le public alcoolisé. Résultat, au festival Fusion, par exemple, je n’ai que des bénévoles, des gens du staff... Il y a eu beaucoup de belles rencontres. » Si le phénomène tend à se généraliser et implique de vrais professionnels, les mauvaises surprises du lendemain de soirée devraient bien rester de rares exceptions.

Le mois dernier, Trax publiait une interview croisée de deux autres grands adeptes du tatouage : le DJ hardcore Manu Le Malin et son pote Tin-Tin, la plus fine aiguille de France. Également fondateur du Mondial du Tatouage, qui aura lieu à Paris du 15 au 17 février 2019, Tin-Tin a collaboré avec 8.6, marque de bière de caractère engagée dans l’univers du tatouage, en réimaginant le design de la canette 8.6 Original pour une édition collector en hommage au tatouage.