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Le courrier du syndicat de clubs parisiens SNEG & Co, envoyé le 9 novembre 2018 au préfet de Police, dans le sillage de deux annulations de soirées warehouse à Le Blanc-Mesnil en septembre dernier, a suscité de vives réactions lors de sa publication hier sur Trax. Il dénonçait notamment les problèmes de « concurrence déloyale » et d’insécurité liés à ce type de soirées. Trax a contacté le syndicat SNEG & Co afin qu’il apporte quelques éclaircissements sur ces points de tension.

« Nous ne sommes pas dans une attitude de délation »

« Il est nécessaire de faire respecter la réglementation ainsi que les normes établies par tous les acteurs de la nuit » pose sans détour Rémi Calmon, directeur du SNEG & Co. Il l’affirme, le but de la démarche n’est en aucun cas de dénoncer des soirées illégales, mais de rappeler aux autorités et institutions l’importance du respect des réglementations, notamment en termes de sécurité (réglementations sur l’alcool, les drogues, le volume sonore…). « Nous ne sommes pas dans une attitude de délation. D’ailleurs, nous ne savons pas quels collectifs sont dans l’illégalité. Le SNEG & Co a par exemple pris connaissance de l’annulation des événements des 15 et 16 septembre par voie de presse », précise-t-il. « On ne veut pas taper sur les collectifs, mais les sensibiliser, les rendre responsables », ajoute un administrateur du syndicat.

Le SNEG & Co se pose également en porte-parole d’un « sentiment d’injustice ressenti par la majorité des entreprises du secteur. » « Les adhérents du SNEG & Co sont loin d’être les seuls à se plaindre, mais les autres n’en parlent pas forcément publiquement », ajoute Rémi Calmon. Il invoque en ce sens, comme autre raison de sa démarche, un « souci d’équité » envers ses membres, soumis eux-mêmes à une réglementation de plus en plus restrictive et à des contrôles de plus en plus réguliers - effectués sur décision des CODAF (Comités Opérationnels Départementaux Anti-Fraude) - dont de nombreux collectifs sont a contrario exempts. Certaines des fêtes organisées sous l’égide warehouse revendiqueraient l’héritage des free parties, alors qu’elles font payer un droit d’entrée et s’inscrivent donc dans une logique économique.

Pour faire respecter ce principe d’égalité, l’organisation professionnelle réclame des autorités compétentes (« les forces de police pour les questions sanitaires et de sécurité, la SACEM pour les droits d’auteurs... ») un travail de veille accru, afin de pouvoir réguler l’organisation d’événements illégaux, lesquels portent selon elle atteinte à la survie des établissements nocturnes déclarés.

« Le “principe de précaution” est parfois excessif »

Au bénéfice des soirées warehouse, Rémi Calmon reconnaît toutefois « le côté oppressant de certaines de ces normes, régies par un “principe de précaution” parfois excessif ». Il évoque à ce sujet le travail régulier de sensibilisation effectué par le SNEG & Co et les clubs auprès des pouvoirs publics, afin de garder intact le « caractère festif » des rassemblements nocturnes. « En attendant un allègement des normes et de la réglementation concernant les événements nocturnes, le principe d’équité doit cependant être respecté », précise-t-il.

Créé en 1990 dans le but de défendre la cause des établissements LGBT, le SNEG, en élargissant son champ d’action aux questions juridiques et fiscales, s’est progressivement ouvert à d’autres entreprises du milieu de la nuit, pour devenir le SNEG & Co. En 1997, le syndicat s'était notamment illustré en prenant position pour la réouverture du Queen, place forte de la communauté gay (et du public électro) parisienne, alors que la fermeture du club avait été ordonnée suite à des soupçons de trafic de drogue. 

La concurrence entre clubs et warehouses, la grande table ronde des clubs de France, la réalité derrière le métier de booker, mais aussi la résistance de l’underground LGBTI+ brésilien face au nouveau président populiste Jair Bolsonaro, les discothèques de nos campagnes au petit matin, les 50 ans de synthés de Giorgio Moroder sont autant de sujets abordés dans le numéro #217 de Trax Magazine, disponible en ligne et toujours en kiosque.