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Cet article est également publié sur l'Electronic Music Factory, un vaste site d'information qui regroupe de très nombreux renseignements utiles aux professionels des musiques électroniques.

Par Trax et Electronic Music Factory

Rédigé par Loïc Marszalek et Gaétan Bouvachon (Arty Farty)

Dans le sillage de Nuits sonores, créé en 2003, c’est toute la scène culturelle lyonnaise qui vit désormais au rythme cadencé des cultures électroniques. Du Périscope, au jardin des Chartreux, des chantiers de Vaulx-en-Velin aux salons de coiffure de la Presqu’île en passant par des kilomètres de murs à travers la ville, la musique électronique est partout, sous toutes ses formes, affichée et assumée. Si les protagonistes du secteur se comptaient sur les doigts d’une main à l’aube du millénaire, les années 2010 ont accueilli des dizaines de nouveaux acteurs venus mailler le territoire, multiplier l’offre, combler les interstices et casser les codes, si bien qu’avec l’apparition de promoteurs tels que Encore, Papa Maman, Art Jacking ou Tapage Nocturne, avec l’ouverture du Sucre ou du Terminal, le lancement des soirées Garçon Sauvage dans la gracieuse moiteur du Sonic, péniche emblématique des cultures alternatives, la scène culturelle lyonnaise du XXIe siècle célébrait sa version 2.0.

Pendant plusieurs années, ce nouvel ordre culturel, fait essentiellement de soirées club, de musiques house, techno et d’expériences nocturnes, s’est développé avec une remarquable agilité. Mais les hivers passant, là où les plus férus de formats "conventionnels" s’épanouissaient, l’appétence d’une frange grandissante du public lyonnais pour de nouvelles expériences n’étaient plus assouvie. Alors, la fin de l’âge d’or électronique à Lyon pointait-elle le bout de son nez ? La question paraissait légitime.

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C’était sans compter le perpétuel besoin de renouvellement des acteurs lyonnais qui, loin de se satisfaire de pouvoir sortir la nuit, créent en ce moment même de nouveaux espaces là où on ne les imaginait pas : poussant les murs, s’appropriant la ville, éclatant les frontières de style, de genre. Un shift culturel qui s’est opéré par le bas et, avant tout, par un retour à la culture DIY, à l’instantané, jonglant par moments avec les frontières de la légalité.

C’est ainsi qu’il y a quelques mois, Lyon a pu à nouveau goûter à l’esprit rave. Organisés par Notte Brigante, Groovedge, Silo ou In/Side, une série d’événements a pris d’assaut des bâtiments industriels désaffectés et offert des formats allant de l’ultra niche musicale à des teufs de mille cinq cents personnes.

Sur des formats plus pérennes, ont vu le jour la Discrète (Rue des Tables Claudiennes), Super5 (place Sathonay) et le Paradoxe (Rue Sergent Blandan), trois lieux proposant une ouverture crépusculaire (allant jusque tard dans la nuit pour la Discrète) sur un format bar/club qui fait la part belle à la scène locale et offre de précieux espaces d’expérimentations. « Nous sommes partis du constat que Lyon n’avait quasiment pas de lieux ou nous avions la possibilité de boire un verre, manger et écouter du son. Un lieu hybride et très festif où la scène locale pourrait s’exprimer derrière les platines. Un bar de quartier que tu pourrais trouver facilement à Berlin ou à Londres en somme », nous confie Aurélien Jacob de Super5 sur le contexte de la naissance du lieu et sa complémentarité avec la scène lyonnaise.

À l’image des événements rave prémentionnés mais dans une démarche plus cadrée et officielle, de nouveaux acteurs s’approprient et détournent divers lieux de leurs usages premiers ; c’est le cas récent des Halles du Faubourg, projet porté par la Taverne Gutenberg, les Ateliers la Mouche et Intermède qui, dans le cadre d’une occupation temporaire qui vient d’être récompensée d’une courte prolongation.


LYL Radio ©Lyl Radio

Lucas Bouissou, fondateur de LYL Radio, nous apporte un propos nuancé : « À mon sens, Lyon souffre de la très faible proportion de salles de concert et clubs, quasiment absents du centre-ville (si l'on excepte quelques caves aux équipements médiocres) ce qui, d'une part, rend difficile la représentation de ce que nous défendons à LYL et, d'autre part, empêche de diffuser auprès d'une population moins avertie, moins spécialiste, notre musique. Le dynamisme de la production musicale est pourtant réel : Lyon regorge de bons DJ's, de bons labels, de jeunes musiciens et de beaucoup de tentatives pour créer concerts et soirées… Mais il manque (si l’on considère qu'il manque quoi que ce soit) encore d'espaces physiques clairs et de structuration pour se stabiliser, et permettre plus de porosité avec les Lyonnais ».

Ce sont les bacs "local heroes" du shop Chez Emile et les émissions de la radio LYL qui mettent le mieux en exergue la nouvelle création lyonnaise. Il y a quelques années l’apanage d’une poignée de collectifs et producteurs tel que CLFT Militia, l’art de la production à la lyonnaise est aujourd’hui polymorphe et porté par une multitude de labels et artistes protéiformes. Le crew d’activistes de la teuf BFDM, mené de main de maître par Judaah, qui inonde Lyon des sorties et performances live de The Pilotwings ou J-Zbel, partage les lauriers avec Hard Fist, mené par Tuschen Raï et Cornelius Doctor, avec Blue Night Jungle (Amar du Désert, DudMode…) qui délivre autant de l’ambient leftfield, des rythmes africains que de la techno, ou encore Macadam Mambo, pavillon des expérimentés Sacha Mambo et Guillaume Des Bois, qui vient d’ailleurs de sortir un titre d’Abschaum, figure de proue psychédélique du collectif et label rock (mais pas que) Misère Records. Quand on vous dit que les frontières tombent.


Blue Night Jungle ©Célestine Dutournier

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La team BFDM, avec le dernier EP de Simo Cell, vient d’ailleurs de faire encore tomber un mur en touchant au dancehall, aussi l’une des spécialités du crew Limbololo Soundsystem et du maître en la matière : le Lyonnais King Doudou, producteur prolifique de la génération SoundCloud, qui remixe PNL ou Future quand il ne produit pas pour la queen du dancehall espagnol Bad Gyal. Oui, car les artistes et collectifs lyonnais d’aujourd’hui s’exportent au delà des frontières de l’hexagone : Tryphème ou The Pilotwings se sont produits pour Boiler Room, respectivement à Sheffield et Antwerp, King Doudou sur la main stage de Sónar, Hard Fist rentre d’une tournée en Israël, Folamour ou Pablo Valentino s’exportent au Japon, Corée du Sud, Australie, Inde… À l’image de stratégie politique de la Ville, l’électronique à la lyonnaise multiplie les connexions à l’échelle européenne et internationale. Lorsqu’on l’interroge à propos du succès de Lyon à l’étranger, Bruno Boumendil aka Folamour nous confie : « Pour moi la musique n'est pas une question de nationalité, de couleur, de ville, c'est plus important que ça. On m'en parle souvent par contre, de Lyon [lorsque je joue à l’international NDLR], la scène a un bon rayonnement. Le problème de Lyon est le même problème que partout ailleurs, c'est le décalage entre les institutions et ce qui se passe concrètement : les talents ne sont pas mis à l'honneur, c'est un parcours du combattant pour les artistes de passer à travers les mailles du filet tant le soutien est souvent absent et non méritocratique. Mais la scène lyonnaise est sûrement l'une des plus intéressantes actuellement et je suis pressé de voir ce qui sortir de tout ça dans les prochaines années ! ».


Hard Fist ©Sesso mato

Après avoir été un des espaces pionniers de la fête et de la diffusion artistique, Lyon demeure l’un des poumons de la création électronique française. Une scène ultra soudée et solidaire a vu le jour et se nourrit d’elle-même mais qui, loin de vivre en autarcie telle une bande de producteurs et DJ's qui serait bloquée dans un terrarium, est ouverte, connectée et s'exporte de par le monde.

Affaire à suivre.

Autres collectifs à ne pas manquer sur la scène lyonnaise :

Moonrise Hill Material

Kump

Tunnel Vision

Sumo Smash

Mistery Boom

Light On Earth

Worst

AR/FM

Spiral Dance

For Heaven Use Only