Photo en Une : © D.R


Article initalement paru dans le numéro 213 de Trax (disponible ici)


Pour être tout à fait franche, je ne crois pas que l’on puisse faire quelque chose de complètement nouveau aujourd’hui. Tout a déjà été fait auparavant, de sorte qu’il est extrêmement difficile, voire impossible, de faire quelque chose d’entièrement original. Toutefois, lorsque je réfléchis à l’idée d'originalité, je pense plutôt à celui qui n’essaie pas de sonner comme quelqu’un d’autre, qui est au contraire capable de développer son propre langage, et son propre son. Quelqu’un qui est capable de faire deux morceaux différents, et qu’on sache qu’il s’agit du même artiste parce que son son est unique. La plupart des gens n’ont pas cette habileté. Cela ne veut pas dire qu’ils ne font pas de la grande musique, mais il y a énormément de DJ’s et de producteurs qu’il est impossible de reconnaître au travers de leur musique. Ce pourrait être n’importe quel autre artiste. Même s’ils sont très bons dans ce qu’ils font. Certains, pourtant, sont capables de créer quelque chose d’unique, aussi bien des DJ’s que des producteurs.

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Honnêtement, il est difficile d’observer l’émergence de nouveaux genres musicaux ou de nouvelles vagues. En tout cas, pas comme nous les avons vus naître auparavant. L’électro est de nouveau hype, mais ce n’est pas un nouveau genre : il n'y a rien d’avant-gardiste ici, seulement un come-back. Pour moi, les nouveaux genres ou mouvements musicaux naissent toujours avec une évolution technologique. Mais depuis les ordinateurs, qui ont produit la techno que l’on écoute, rien de neuf n’est vraiment arrivé, hormis quelques micromouvements qui ont produit le dubstep, par exemple. J’ai des morceaux de drum’n’bass qui sonnent exactement comme du dubstep. Tout était déjà là, ils ont simplement arrangé les sons d’une autre manière pour les amener vers un autre courant. Le prochain genre vraiment nouveau arrivera avec un changement technologique majeur, ou peut-être une importante transformation sociale. Enfin voilà, nous avons un nouvel iPhone tous les ans, et c’est toujours la même chose. Toutefois, même s’il n’y a rien de véritablement nouveau, certaines personnes essaient de tracer leur propre chemin. C’est là pour moi la chose la plus importante en musique, lorsque l’on se retrouve face à quelque chose d’authentique. C’est-à-dire, et je n’aime pas ce mot, lorsqu’on rencontre quelque chose de « vrai ».

« Le prochain genre vraiment nouveau arrivera avec un changement technologique majeur. »



Je pense en particulier au Britannique Powell. Je trouve qu’il a développé un son tout à fait unique, et, oui, avant-gardiste. Ou encore à DJ Stingray, qui est là depuis des années mais qui fait pourtant une musique très futuriste, de façon très personnelle. Personne ne sonne comme lui en réalité, sauf peut-être Galaxian, mais ils travaillent ensemble. D’ailleurs, DJ Stingray est bien moins complexe que Galaxian. Et aussi Murah, qui vient de Grèce. Il n’y a rien de véritablement « nouveau », rien de radical, rien de fou, mais juste une manière unique de faire les choses. Je peux sans me tromper reconnaître un morceau Murah de celui d’un autre. Il a cette capacité à instiller des bouts de lui-même dans sa musique que l’on reconnaît à la première écoute. C’est cela que je recherche. Quand je réfléchis à l’avant-garde, je pense à quelqu’un qui a cette capacité à mettre un peu de lui-même dans sa musique, quelque chose qui est toujours là, que l’on entendra à coup sûr. Finalement, ce n’est même pas une question d’être différent, mais simplement de réussir à être soi-même.

Helena Hauff diffusera ses pointes electro aux côtés de Derrick May, Rrose (en live), Galaxian (de même), et Voiron (que Trax a interviewé dans son numéro d'hiver, disponible ici) lors du Samedimanche de Concrete le 15 décembre prochain. Plus d'informations sur la page Facebook de l'événement.