Photo en Une : © D.R.


Cet article est initialement paru dans Trax #207

Texte par Arnaud Wyart

L'histoire commence en 1962, lorsque Tsutomu Katoh, ingénieur et ancien patron de boîte de nuit, est convaincu par Tadashi Osanai, un autre ingénieur, qu'il peut améliorer la boîte à rythme Wurlitzer SideMan. Katoh accepte, monte la société Keio Gijutsu Kenkyujo (qui deviendra Keio Electronic Laboratories) et commercialise sa première machine en 1967. À cette époque, les États-Unis s’intéressent de près aux claviers électroniques et à la synthèse. Un autre ingénieur, Fumio Media, approche alors Katoh pour que ce dernier lui permette de créer son propre modèle. Dix-huit mois plus tard, Media présente son prototype, un orgue programmable totalement inédit. En 1972, la société KEL devient Korg et vend 50 exemplaires du Prototype I. Pendant ce temps-là, un ami de Katoh se rend aux États-Unis et constate que la machine est proche des synthétiseurs Moog. Katoh se dit alors qu'il a une carte à jouer. C'est le début d'une longue passion dans le monde de l’analogique (sans parler du reste), avec d'abord la sortie du premier synthétiseur monophonique de la marque japonaise, le Korg 700 (ou MiniKorg). Conçu sur les bases du Prototype I, celui-ci intègre un filtre très pratique à utiliser. Autre avantage : il est stable et le son est puissant. Une petite merveille affectionnée par des compositeurs tels que Vangelis ou Kitarō. Le 700 sera rapidement suivi par le 700S, une version améliorée et intégrant des effets.

L'analo made in Japan

Pour Korg, le succès est immédiat, mais l'entreprise enfonce vraiment le clou avec la série Ps (utilisée par Jean-Michel Jarre, Tangerine Dream, Lake and Palmer…). Cette fois-ci, les synthétiseurs deviennent polyphoniques. Avec le Ps-3200, il devient même possible d'enregistrer des sons et des paramètres sur 16 mémoires. En 1979, Korg sort le Ps-3300, lequel intègre pas moins de trois synthétiseurs. Un monstre. La série Ps est suivie par les MS, plus abordables. Avec leur module monophonique patchable (via des câbles), ces machines sont encore très recherchées et se déclinent sous plusieurs modèles comme le MS-20 (affectionné par Air, Mr Oizo, Soulwax, Alec Empire ou Primal Scream), le MS-10, le plus simple, le vocodeur VC-10, le séquenceur SQ-10, ou encore le module d’extension MS-50. La fin des années 70 signe aussi l'arrivée des processeurs dans le monde de la musique (pour enregistrer les réglages). La réponse de Korg arrive en 1981 avec le bon marché Polysix, l'une des plus grosses ventes de la marque. On retrouve cette machine sur les disques de Jimi Tenor, Astral Projection ou Global Communications, pour ne citer qu'eux. Dans les années 90-00, Korg se tourne vers d'autres types de synthèses (avec notamment le projet OASYS) et se spécialise dans les workstations et les claviers intégrant un séquenceur. On retiendra tout de même le MS2000 (2002) et le microKORG (2003), des classiques de la modélisation DSP.

Le retour en grâce

Pour la synthèse à l'ancienne et des prix enfin abordables, il faut attendre 2010 et la sortie du Monotron, un des premiers instruments analogiques miniaturisés, capable de reproduire les légendaires MS-10 et MS-20. Le succès formidable du Monotron ouvre une brèche. Après le décès de Katoh en 2011, c'est le lancement du Monotribe, associant un Monotron et une boîte à rythme analogique. Ce retour en grâce de l'analogique, Korg le doit à l'arrivée de Tatsuya Takahashi. Ingénieur en chef, celui-ci imagine également la série Volca, le Minilogue et le Monologue. Constatant une réelle affection des plus jeunes pour l'analogique, Takahashi parvient même à produire des versions accessibles de classiques vintage (le MS-20 Mini et une réédition du ARP Odyssey), pour le plus grand bonheur des aficionados. Récemment pourtant, l'ingénieur prolifique (21 produits en sept ans) a décidé de quitter Korg pour d'autres aventures. On lui laisse donc le mot pour la fin. « Aujourd'hui, je constate que le monde des synthétiseurs est devenu un endroit plutôt cool. Je vois des enfants qui goûtent aux synthés avec les Volca. Je rencontre des gens dont la passion dormante est rallumée par le Minilogue. Et ça ne concerne pas simplement Korg. Toute l'industrie s'est mobilisée pour atteindre cet objectif. » Bien résumé.

1. Volca Keys

Le Volca Keys est un synthétiseur miniature développé pour la composition de vos leads et de vos nappes. Au programme : 27 touches, un son énorme et surtout un filtre contenant le système de circuits du légendaire miniKORG700S. Avec en outre des effets (delay, etc.) et une utilisation particulièrement intuitive, le Volca Keys est la solution idéale si vous souhaitez acquérir votre premier synthétiseur. D'autant que son prix est vraiment accessible. Tarif : 145 €.

2. Arp Odyssey

Dans notre précédent numéro, Christophe nous avouait adorer cette machine pour ses sonorités uniques. Particulièrement recherchée par les producteurs de musique électronique, l'ARP Odyssey a fait, ces dernières années, un tabac en version digitale (le fameux plug-in ARP2600 développé par les Français de chez Arturia). Grâce à Korg, vous pouvez désormais mettre réellement les doigts sur ce joyau de la synthèse analogique. Tarif : 799 €.

   À lire également
Korg sort un nouveau synthé analogique designé par Aphex Twin

3. Monologue

Conçu en collaboration avec Aphex Twin, le monologue est un synthétiseur monophonique puissant, compact et entièrement programmable. Pour commencer, vous avez accès à 80 presets (plutôt agressifs) conçu par le Britannique. Les filtres sont performants et il est possible de sauvegarder les paramètres. Mieux, AFX a intégré le microtuning, une fonctionnalité qui permet de jouer entre les notes traditionnelles. Une dimension créative totalement nouvelle. Tarif : 299 €.