Photo en Une : © Romain Guédé


Quel a été ton parcours ? Comment en es-tu venu à la photo ?

J’ai fait des études multimédia et communication. C'était varié, mais je n'étais spécialisé en rien du tout. En revanche j’aimais l’image, les films et très vite, j'en suis venu à la photographie. Au départ, c'était plus pour mes voyages, mais aussi en soirée, dans les Yvelines, dans la campagne - dans la maison des parents quand ils ne sont pas là, quand on est jeunes quoi. Et petit à petit, je l’ai fait pour des causes qui me tenaient à cœur comme le journal écolo Reporterre.

Comment en es-tu venu à la photographie de soirées ?

Les photos de soirées, j'en fais depuis toujours, pour témoigner de ce que je vis, des fêtes que je fais. Et petit à petit les soirées ont varié, je suis allé en festival. Au début c'était du reggae comme le Reggae Sun Ska puis pas loin de chez moi, il y a eu le Bateau Music Festival, qui est plus généraliste. Ça a commencé un peu comme ça, je faisais des photos et je leur envoyais. Petit à petit, j'ai commencé à demander s'ils avaient besoin d'un photographe. Ça ne fait qu'un an que j'ai des prestations payées. 

Dans quel genre de fêtes vas-tu ? Sont-ce celles que tu photographies ?

Quand j’ai débarqué dans la techno j’allais à Concrete, dans les clubs et compagnie. Ça ne m'intéressait que peu. Puis j'ai eu accès aux free parties, du Pas-Sage notamment. À chaque fois c'est un nouveau lieu, un peu chelou, c'est ça qui fait la photo aussi. Puis j’ai rencontré deux mecs qui organisent des soirées gay en club, les BLT. Dans l’esprit, ça me plaisait moins que les free parties mais comme ils me faisaient confiance et qu’il y a des gens assez lookés dans ce genre de soirées, j'y ai trouvé mon intérêt photographique. Ce n'est pas mon univers, mais je m'y plais. Au début je photographiais en mode flash, mais la photo perdait du grain. Donc j'utilisais des effets zoom pour rendre du dynamisme à la photo, et c'est cela qui a été apprécié.

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Quelles sont les contraintes techniques justement, en soirée ?

J’étais obligé d’utiliser le flash pour capter les looks, mais c’était un peu plat et fade, donc j’utilisais l’effet de zoom pour rajouter du dynamisme à la photo. La problématique est de réussir à capter le peu de lumière lorsqu'il n'y a pas de flash. Avec le flash, la problématique est d’avoir des images un peu plates qui ne retranscrivent pas l’énergie d’une fête.

Tu as fait plusieurs albums sur des portraits du journal Reporterre, à portée écologique, es-tu engagé ? Comment s’est faite cette collaboration ? Qu’en as-tu retiré ? 

Je suis engagé, mais je n'aime pas trop le revendiquer. Je pourrais faire plus, j’ai mes paradoxes aussi. J'ai comme l'impression qu’on n'arrive à rien faire bouger, donc je soutiens la cause, mais c'est tout. Pour le magazine, j'ai un ami qui est journaliste là-bas et qui m'a proposé de faire les photos. J’allais photographier sur ses interviews, et sur les manifestations comme pour la COP21 où il y a des symboles forts.

Il y a-t-il une rencontre qui t’a marqué ?

J’étais moins intéressé par les politiques où c’est un jeu : le journaliste essaye de le piéger, et lui essaie de se défendre. Ils sont techniques, ils parlent de trucs qui me dépassent un peu. Puis il y a des moments où ils interviewent des gens de la cause écolo comme l’Indienne Vandana Shiva et là tu bois ses paroles, ça t’inspire tant dans la photographie que dans ta démarche personnelle vis-à-vis de l'écologie.

Tu as beaucoup de photographies de voyage, y a-t-il un pays qui t’a particulièrement marqué ?

Le tout premier voyage dépaysant était l’Indonésie, puis j’ai eu l’opportunité de travailler pour une association, M'agis. C'est une association qui organise des spectacles de magie pour les enfants pauvres et défavorisés. L'association a été fondée en 2012 et on est une douzaine. C'est très à l’arrache, même complètement, mais c’est chouette, car on voit ce pourquoi on œuvre, on n'est pas le maillon d’un gros truc. Ils choisissent un pays et ils partent en mission avec deux magiciens, parfois un clown. Il n'y avait pas de photographe en particulier, puis je suis venu. Ça a été une expérience humaine de dingue : découvrir le sourire des enfants, leurs rires, être au contact de l'humain. Là on est retourné en Birmanie en début d’année. C’est un pays qui n’est pas encore trop touché par le tourisme donc c’est vraiment... magique !

Quelles techniques utilises-tu dans la photo de voyage que tu n'utilises pas dans la photo de nuit ?

Dans le voyage, la lumière est celle de jour, plus abrupte. Ce sont les paysages qui font tout.

Quel appareil utilises-tu ?

J’utilise un canon 60d, avec objectif grand angle zoom et un autre objectif 50mm pour capter des portraits même avec peu de lumière. Moi, mon délire, c’est d’en faire dix pour espérer que la lumière passe sur le visage. Je retouche pas mal les photos. Ça m’arrive aussi de sortir sans mon appareil.

Quels jeux de lumière appliques-tu justement ?

C’est vraiment ce qui me plaît beaucoup dans la photographie : les lumières qui passent sur les gens, ce qui fait ressortir leur profil... Souvent j’essaye de sous-exposer la scène et faire ressortir uniquement la lumière du spot qui passe. Je préfère photographier le public.

Que retrouves-tu dans la nuit, dans la fête, comme possibilités artistiques ?

Dans la nuit, ce sont des comportements différents. Je suis plus caché, j’essaye d’être discret comme une petite taupe. 
Je respecte si la personne veut supprimer la photo, mais mon idée c’est d’avoir la photo sans que la personne ne s’y attende.

Des projets pour la suite ?

J'aimerais continuer à développer mes projets, mes formats de voyage. En ce qui concerne les photos de soirées, je ne sais pas si je me plairai à faire tout le temps la même chose.

Quelques photographes qui t'inspirent en ce moment ?

Jacob Khrist - Ludovic Ismaël - Karel Chladek