Photo en Une : © Dominique Julian

Article écrit par Olivier Pernot.
© Dominique Julian


« Je n’ai jamais vu autant de fesses dans un festival ! » Le photographe de Trax n’en revient pas. Au Sonus, le maillot de bain échancré au maximum, voire le string, est un standard vestimentaire pour se dandiner sur les stars de la techno, de la house et de la tech house. Organisé par le mastodonte allemand de la fête électro Time Warp, Sonus Festival a lieu sur l’île de Pag en Croatie. Une longue île désertique, peuplée de chèvres et de petits murs en pierres, qui s’étend dans la douce mer Adriatique, avec au loin, l’impressionnante chaîne de montagnes du Velebit.

Dans ce paysage presque lunaire, la station balnéaire de Novalja, avec ses petites maisons modernes aux murs blancs, ses hôtels pensions, ses steaks house pour touristes et son petit port de plaisance. Si l’endroit grouille de touristes en plein mois d’août, il doit être d’un ennui délicieux à l’automne. À deux kilomètres de là, Zrće Beach est le centre névralgique de la fête : cette longue plage de galets accueille des énormes discothèques ouvertes sous le ciel étoilé, des bars d’extérieurs criards, des attractions foraines, des stands de hot-dogs ou de pizzas, des boutiques pour acheter des clopes, des distributeurs de cash, etc. Une sorte d’enfer sur terre qui tranche avec le cadre apaisant de cette île enchanteresse. Dans ce lieu de la fête non-stop, une population hétéroclite de Croates, d’Allemands, d’Italiens, de Français, d’Anglais, etc. Une population effervescente, jeune et bronzée, qui finit le plus souvent alcoolisée, hurlante et débraillée. Le summum étant donc les filles en maillots minuscules, à la fesse ferme, et des mecs torses-nus, musculeux et suintants qui boivent à la paille des Jumbo Cocktails servis dans des cruches d’un litre.

   À lire également
Croatie : la plage paradisiaque de l'île de Pas (re)devient un dancefloor géant au Sonus Festival 2018

Sur cette plage vibrante d’œstrogènes et de testostérones, Sonus Festival concocte depuis cinq ans une affiche avec les cadors de la planète électronique (Richie Hawtin, Marco Carola, Loco Dice, Maceo Plex, Dixon, Ricardo Villalobos, Sven Väth, Solomun), des lieutenants aguerris (Pan-Pot, Rødhåd, Recondite, Joseph Capriati, Adriatique), les nouvelles têtes du moment (Charlotte de Witte, Amélie Lens) et quelques fines gâchettes françaises (Jennifer Cardini, Agoria, D’Julz). Les soirées, befores et afters, se répartissent dans trois immenses clubs : Kalypso, Aquarius et Papaya. Ces antres à ciel ouvert, de milliers de places sont impressionnants, de technologie et d’ambiance. Scènes et dancefloors immenses, qualité irréprochable du son, jeux de lumières et de lasers, écrans géants, canons à fumée CO2, les trois discothèques disposent d’énormes moyens.

Nous voilà donc en route pour trois nuits, sur les cinq que compte le festival, lancés dans un parcours qui évite les grands noms, maintes fois écoutés, pour se concentrer sur un itinéraire bis d’envies et de surprises. Comme sortir des autoroutes - de la techno/house - pour s’évader sur les nationales.

Le premier soir en arrivant, direction le Kalypso, pour écouter un mix signé Pan-Pot. Les deux Allemands rayonnent dans une tech house ronde et mate, idéale pour se mettre en jambes. Dans la foulée, à l’Aquarius, le set inconsistant de Eats Everything ne convint pas. On file alors au Papaya. Pour son premier soir, le Sonus s’offre une belle exclusivité avec un grand marathon de six heures mené en b2b par Jamie Jones et The Martinez Brothers. Au programme : house, house et house ! Le public, qui remplit la discothèque à ras-bord, est radieux, emporté par ce mix effervescent qui dure toute la nuit.

Jennifer Cardini joue tôt, le deuxième soir, dès 20h. Son before au Kalypso remplit le dancefloor lentement avec des corps qui commencent à se mouvoir. La sélection est impeccable, le mix est éclectique, entre house déviante et électro douce. Les danseurs, souriants et décontractés, commencent leur nuit en bonne compagnie. Dans la continuité, Adriatique gagne en rondeurs avec sa tech house de grand standing. Avec ce nom qui sonne local, les deux DJ, pourtant suisses, mixent par vagues ondulantes. Une agréable sensation dans cette discothèque, le Kalypso, particulièrement accueillante : elle est construite de bois et de métal au milieu de grands pins, qui sont au cœur même de la structure, comme de grands parasols naturels. Ce club respire vers le ciel, avec son patio hacienda, sa mini piscine, son mur d’enceinte ouvert sur l’extérieur (on peut même voir la mer !). Plus loin, à l’Aquarius, la jeune Amélie Lens est toute petite dans l’immense structure de scène. Cheveux brassés par un ventilateur, elle envoie une techno conquérante. Ce qui contraste avec la finesse de sa silhouette. Le mix est plaisant, mais rien d’euphorisant. Plus costaud, Rødhåd prend la relève. L’Allemand au look de viking avec sa barbe envoie une techno lourde, dense et puissante. Son set est sans répit, comme une houle constante, énorme et prenante. On y plonge et on s’y perd.

Après une croisière dans l’Adriatique avec Peggy Gou aux platines (à retrouver ici), on aborde la troisième nuit avec déjà plusieurs heures de musiques dans la tête. Pour commencer, sur les coups de minuit avec une vieille connaissance : Agoria. On est heureux de le retrouver à l’Aquarius, mais on déchante vite. Son set est déconstruit, austère, pas séduisant. Le dancefloor est dégarni, mou et le public n’accroche pas. Au bout de trois-quarts d’heure, on file au Kalypso où on découvre un club blindé. Aux platines, Charlotte de Witte. La Belge envoie du lourd : une techno relevée, franche, sans fioritures, qui fait des allers-retours avec les années 1990. Un moment que le dancefloor, en ébullition, apprécie à sa juste valeur. Pas encore rassasié, on retourne à l’Aquarius où Recondite délivre un live d’une grande justesse. Puissant et mental à la fois. Un beau moment d’évasion, un soir, sur les bords de l’Adriatique. Et un des meilleurs souvenirs qu’on gardera de ce Sonus 2018 !