Photo en Une : © D.R


Le titre de votre album, Garden of Love, est le nom d’un poème de William Blake. Le poème est-il venu en amont de la composition de l’album ? 

Maud : On est tombés sur le poème après avoir composé la plupart des morceaux, il évoquait des émotions assez similaires à ce qu’on voulait transmettre. On a pas mal joué sur le poème pour trouver une illustration, plus moderne bien sûr mais qui fasse écho à ce titre.

Cette pochette d’album est assez intrigante, comment est-elle venue à vous ?

M : On voulait explorer l’idée de Garden of Love sans se prendre trop au sérieux, sans être dans l’illustration littérale. On voulait amener différents degrés de lecture, une touche de légèreté à ce titre enveloppant. 

Sébastien : Quand on regarde bien, il y a des ongles longs aux deux mains qui forment un coeur, c’est peut être deux femmes, et puis il y a une sorte de résonance… on voulait évoquer les clichés de la société sur l’amour, mais surtout apporter une note d’humour qui empêche de se prendre trop au sérieux avec ce titre. C’est notre graphiste qui a sorti cette image de sa besace, il ne pensait pas qu’elle allait nous plaire mais on a adoré les différents niveaux de lecture qu’elle permet. 

« On voulait amener différents degrés de lecture, une touche de légèreté à ce titre enveloppant. »

À l’image de cette pochette et du titre, votre album est plus une évocation qu’une narration, comment les morceaux s’articulent-ils entre eux ?

M : On a vraiment voulu créer un univers onirique, qui n’ait rien de terre à terre. On y retrouve des sensations, des émotions… si tu écoutes les paroles, il n’y a aucun bloc assené, plutôt des mots fugaces, parfois même des onomatopées comme sur « Last Dance ».  

S : On est dans l’intention, c’est comme une grande sensation qui se décline en 10 titres. Mais tout ça c’est nuancé… Par exemple, la chanson « Another Day » que chante Romain Domino, a l’air très douce et délicate, pleine d’espoir et en fait les paroles sont super dark et mélancoliques.

Garden of Love est-il un album dark ?

S : On a toujours fait une musique assez dark mais si on compare avec l’album précédent qui était vraiment sombre, crépusculaire, Garden of Love est presque lumineux, il y a quelque chose qui s’élève, quelque chose d’élégiaque.  

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« Garden of Love est presque lumineux, il y a quelque chose qui s’élève, quelque chose d’élégiaque. »

Vos albums ont tous cette forme de lenteur vaporeuse, alors que vous avez commencé par être DJ's, pensez-vous encore à faire danser ceux qui vous écoutent ?

S : C’est une démarche complètement différente, de faire des tracks dancefloor et de composer un album. Mais dès le départ, on a cherché une forme d’alchimie entre nos influences : certes on était dans la techno, mais on a aussi écouté beaucoup de pop, de rock, on a baigné dans les synthétiseurs new wave des 80’… du coup on a un peu tout mis dans le shaker : il y a une structure pop, tendue, soutenue, mais avec des repères de chanson plus lents, on a retiré le coté naïf de la pop et on a poussé le coté tendu de la rave. On va chercher dans notre expérience dancefloor pour l’énergie, la densité, par exemple « Chute Libre », c’est du punching-ball, tu te prends une gifle toutes les secondes, il y a le drum qui flagelle… Mais ça compte pour nous de laisser de l’espace, du temps d’expression quand on compose un album, ce qui le rend peut être plus destiné à l’écoute domestique. Il y a toujours un beat mais on racle le fond, c’est moins physique et plus subliminal qu’un son taillé pour le dancefloor.   

Cet album a beau s’inscrire dans une sorte de continuité, il est aussi très frais, unique. Comment fait-on pour se renouveler après plus de 20 ans de composition en duo ?

M : Déjà, il faut savoir qu’on est pas exclusif, on se nourrit ailleurs, dans nos carrières solo, dans les BO de film qu’on fait ensemble ou séparément… cela faisait 7 ans qu’on vadrouillait chacun de notre coté, on a eu le temps de vivre plein d’aventures qui mettent du piment dans la création ! Et je dirais que ce qui fait l’unicité de cet album, c’est qu’on a beaucoup moins fait appel à des gens extérieurs. Il y avait ma voix, on avait cet instrument sous la main, du coup on a pu vraiment malaxer notre univers. C’est probablement notre album le plus « duo », le plus intime. Il y a Romain Domino qui a donné deux titres et Léonie Pernet qui a posé sa voix en réponse à la mienne sur « Sunken », mais disons qu’on les a emmenés avec nous, plutôt que d’être emmenés avec eux. 

S : Je dirais qu’on a vraiment été influencés par la BO de Days out of Days qu’on a composée pour Zoé Casavetes juste avant. C’est un processus complètement différent, dans une BO tu fais des petites plages sonores qui apportent un soutien à l’émotion des images, mais cela permet un travail précis de la matière, du relief d’une seule note parfois, d’un ou deux instruments qu’on réintègre dans l’album, qui nous pousse dans sa direction. Et puis dans cet album, il y a Los Angeles, cet espace nouveau qui a donné du souffle à ce qu’on faisait. 

Vous avez beaucoup vadrouillé. Los Angeles est-il votre port d’ancrage ?

M : Moi j’habite à Paris et j’y suis bien, mais le cocon de Scratch Massive, c’est devenu Los Angeles, c’est là bas qu’est notre studio et qu’habite Seb. 

S : Los Angeles a eu un véritable impact sur notre création musicale. Tous nos albums à Paris ont été composé en sous sol, chez Agnès B, dans des caves peintes en noir et sans fenêtres. C’est l’exact opposé à L.A. : on a vue sur les montagnes, il y a du soleil qui entre dans les studios… maintenant j’ai beaucoup de mal à composer dans un cadre aussi urbain que Paris. La Californie pour les artistes, c’est du caviar, avec tous ces paysages à perte de vue, ça donne une largeur infinie à la création.  

Il y a quelque chose de très cinématographique dans votre musique et dans vos clips, Los Angeles joue aussi là dessus ?

S : Oui, complètement. Los Angeles, au début, je comprenais pas pourquoi j’y étais si bien. Et en fait, ton inconscient a déjà vu 60% de L.A. dans les films, on ne s’en rend pas compte tant d’y être allé ! Et avec les différences de reliefs, de paysages, les décors sont infinis : tu passes avec un drone au dessus de Broadway et tu es dans Blade Runner, tu fais un tour dans le désert et c’est l’univers de Terrence Malick. Il y a une lumière fabuleuse aussi… 

La ville elle-même influence la création musicale. « Chute Libre », on l’a composée après être passés dans un quartier assez glauque où il y a beaucoup de sans abris, de bagarres, d’affaires de drogues… le beat tranchant du morceau, c’est ce combat de la rue. Notre prochain clip, « Fantôme X », sera plutôt post-apocalyptique. 

Et Garden of Love en live, à quoi doit-on s’attendre ? 

M : On a envie de faire un live très électronique, un spectacle unitaire, sans coupure entre chaque track. On va travailler ça plutôt comme un set… créer une ambiance pour que cela prenne, et faire découvrir au public des versions différentes de celles qu’on trouve dans l’album.