Photo en Une : © D.R


Voici un nouveau venu réjouissant dans le paysage musical algérois. Ce mois-ci et pour quinze jours, la capitale algérienne accueille une résidence artistique pas comme les autres. Autour des disciplines des arts du son et de la musique expérimentale, les artistes invités – dont de nombreux Français – auront alors carte blanche pour produire ensemble une œuvre unique. Celle-ci sera finalement présentée lors du Phonetics Festival, ouvert au public du 22 au 24 novembre. Un bon exemple de l'ambition de ces jeunes organisateurs qui depuis Paris veulent renforcer le pont culturel entre France et Algérie.

Lors de ces trois jours consacrés à l'innovation dont l'entrée sera totalement libre, concerts, installations audiovisuelles et performances rythmeront la capitale algérienne. Parmi les temps forts de l'événement, la DJ et productrice Myako, qui sortira bientôt un album utilisant des archives audio de la tribu uruguayenne des Churras (prêtées par le Musée du Quai Branly), ou l'expérimentateur NSDOS et ses machines, cartes sons ou émulateurs de jeux vidéos hackés. Cheik Cedric, musicien autodidacte algérien, apportera lui ses connaissances de la musique celte et berbère, tandis que la DJ Paloma Colombe partagera celles de l'Algérie et du Moyen Orient.

Soucieux d'attirer le regard vers une scène qui "reste encore trop dans l'ombre", les organisateurs avancent une soirée avant-première, Phonetics 0 aura lieu à Paris le 8 novembre prochain, dans le bar festif Les Bons Amis du XIXe arrondissement. Là, en guise de chefs d'orchestre, le chanteur, musicien et poète égyptien Abdullah Miniawy, réputé pour ouvrir son travail et ses collaborations tant à la musique traditionnelle qu'au rap. Il sera accompagné dela résidente de Rinse France Marylou, alias Oiseau Danseur, connue pour sa polyvalence (danseuse et dessinatrice d'artworks pour le mystérieux label Lavibe) et la variété de ses DJ sets entre ambient, musique concrète et rythmiques du monde entier.

En attendant ce coup d'envoi, Wassyl Abdoun-Tamzali, à la fois programmateur du festival et confrère de la rédaction de Trax, précise l'esprit qui sous-tend de l'initiative. 

Avec quelle idée forte avez-vous conçu la programmation de ce festival ?

Au fur et à mesure que nous avons élaboré le projet, quelque chose est devenu très clair. Nous ne voulions pas booker un artiste pour qu'il joue un set déjà entendu dix fois, qu'il prenne son chèque et s'en aille. Nous voulions créer un festival stimulant pour le public mais aussi pour les artistes. C'est pourquoi nous avons mis en place une résidence artistique pétrie de contraintes créatives. La plus essentielle d'entre elles, c'est que tout ce qui sera présenté pendant le festival devra être imaginé et réalisé pendant la résidence.

L' Algérie n'est pas un pays favorable au tourisme, ce qui fait que l'on y vit sans rapport biaisé avec les étrangers. Il y a donc une vraie authenticité dans la ville, davantage que partout ailleurs en Afrique du Nord. Obliger les artistes à créer in situ va forcément imprégner leur travail de l'atmosphère de la ville et ses citoyens. Nous espérons que leur venue en Algérie aura un impact sur leur travail, créant ainsi un véritable échange culturel avec le peuple, leur culture et Alger.


Quels sont les temps forts de la programmation selon vous ?

Nous organisons un diner-concert dans la casbah d’Alger, le plus vieux quartier de la ville. Ce quartier est complètement délaissé, il ne se passe plus grand chose, alors même qu'il s'agit du vrai cœur de ville d’Alger. Nous sommes donc très fiers de pouvoir y organiser un évènement, aux Ateliers N.A.S.

Quels sont les artistes découvertes ou coups de cœur que vous êtes particulièrement fiers d’avoir programmés ?

Il ne serait pas juste de mettre en avant un projet plutôt qu'un autre, et il faudrait trop de temps pour tous les décrire. Mais nous avons essayé de sélectionner des artistes de domaines très différents : des beatmakers, des ingénieurs électroniques, des sound artists, des danseurs, des techno headz, des metal headz, des nerds, des programmeurs, des bio hackers, etc. Il s'agit de réunir des gens de pays et de milieux différents, de sexe et d'âge différents, de leur offrir un vaste espace créatif, un studio de répétition géant et d'attendre. De plus, il n'y a absolument aucune pression concernant les résultats. S'il n'y a rien que les artistes jugent assez bon pour être mis en valeur, c'est ok. Mais je suis persuadé qu'ils trouveront des idées, des projets et des structures musicales très intéressants.

Hormis l’ambiance, qu’est-ce qu’on trouve cette année dans votre festival qu’on ne trouve pas ailleurs ?

Ce qu’on ne trouve pas ailleurs, c’est l’Algérie. Très peu de festivals se déroulent dans ce pays, qui est si proche de nous et pourtant si étranger. Bien sûr, nous souhaitions qu’un maximum de gens viennent au festival, d’où qu’ils soient dans le monde. Nous nous faisions peu d’illusions cependant, sur la détermination du public à vraiment faire les démarches pour venir. Nous fûmes donc très agréablement surpris quand nous avons su qu’un groupe assez conséquent de Français faisait le déplacement, et je sais qu’ils ne seront pas déçus. L’Algérie est un pays authentique qui marque tous ceux qui y passent et j’espère que ceux qui feront le déplacement le ressentiront de cette manière également.

L'avant-première parisienne de Phonetics aura lieu à Paris le 8 novembre prochain. Ensuite, cap vers Alger, du 22 au 24 novembre, pour découvrir ce que les artistes auront concocté.