Photo en Une : © Emmanuel Selva

Vous n'aviez rien sorti depuis 2011. Depuis combien de temps êtes-vous sur ce nouvel album ?

C'est vrai qu'on a pris notre temps. On a vraiment voulu faire un break, histoire de retrouver une inspiration toute fraîche. Pour ce nouvel album, on a du commencer à bosser il y a un an et demi, à coup de petites sessions entrecoupées de pas mal de pauses, avec la même formation qu'en 2011. Denis (Al Core), un guitariste, un vocaliste, et moi-même. Ce sont vraiment de toutes nouvelles pistes, qu'on a intégralement enregistrées en studio. On compte en jouer pas mal durant la soirée à Strasbourg.

Est-ce qu'au cours de ces 7 ans votre orientation, vos manières de produire ont changé ?

C'est toujours la même base hardcore, avec des musiciens qui jouent par dessus. A la sortie du dernier album c'était différent, on découvrait tout juste cette manière de produire. Après sept ans passés à tourner, c'est beaucoup plus homogène, plus maitrisé, maintenant qu'on est habitués à la manière dont les autres jouent. Mais cela reste du bon gros hardcore comme il faut. Il y aura quand même quelques trucs légèrement "pop", un peu comme sur Exit Mankind (2011).

Comment se répartit le travail entre Denis et toi ? Participe-t-il aussi à l'écriture ?

Oui, sur cet album nous étions deux à poser les bases. En général Denis balance pas mal de sons, les grandes idées, et puis je fais le tri ensuite. On se complète mutuellement, puis on envoie le résultat au guitariste et au chanteur, qui sont beaucoup plus indépendants maintenant. Ce n'était pas le cas lors du dernier album, on repassait souvent sur leur travail. Désormais chacun se connait, sait ce qu'il a à faire naturellement. C'est une très bonne alchimie.

Où les avez-vous dénichés, ce guitariste et ce vocaliste ?

Ça fait longtemps. Déjà à l'époque on était intéressés par le fait de jouer avec des musiciens, de faire quelque chose d'un peu hybride. Saul, le guitariste, on l'a rencontré parce qu'il bossait chez Audiogenic, et dès que j'ai appris qu'il faisait de la guitare, que j'ai entendu ce qu'il jouait, j'ai eu envie de bosser avec lui. Le chanteur avait bossé avec des artistes de chez Audiogenic aussi. Comme les deux se connaissaient déjà, c'était encore plus naturel.



Ils arrivent aussi avec des idées pour les compositions ?

Ce qui est bien avec le guitariste, c'est qu'on a pas trop besoin de le diriger, il sait quoi faire. Donc oui il apporte ses propres trucs. Au niveau du chanteur, sur les derniers morceaux c'est surtout moi qui ai écrit les textes. Mais dès qu'on lui donne il sait tout de suite comment l'interpréter, c'est très plaisant.


Que racontent ces textes ?

C'est du hardcore, donc ça reste assez basique ! On peut pas trop faire dans la finesse si on veut faire plaisir, si on veut que ça reste accessible à 20 000 hollandais le poing levé devant une grosse sono qui crache ! En général ce sont des trucs qui passent bien une fois qu'ils sont scandés par une foule.


Un exemple, sur le prochain ?

Sur le morceau d'ouverture, on parle de la distance qu'on prend avec certaines drogues.


Comment abordez-vous le hardcore, après tout ce temps ? Tu es beaucoup moins jeune...

Je me sens toujours aussi vert, aussi jeune. Je vis mes rêves à fond. Mon appétit pour la rave et le son est toujours intact. Musicalement, cet album va même sûrement être plus hard que le précédent. C'est peut-être même le retour à une certaine forme de radicalité. Et c'est un sentiment que tous les membres du groupe partagent.

Est-ce que le public a changé, depuis ce tournant du hardcore dans les années 2000 ?

Forcément. Il y a eu plusieurs générations de teufeurs. Je dirais qu'il y a eu un gros tournant dans les années 2010, avec l'arrivage d'un public jeune qui découvrait, beaucoup moins marginal. Le hardcore s'est un peu démocratisé, ouvert aux gens "normaux". Ce qui n'est pas une mauvaise chose. Avant 2010, le public était constitué de gens qui écoutaient exclusivement du hardcore. Maintenant la plupart des gens que je croise en teuf, c'est des gens qui écoutent plein d'autres choses, pas forcément de la techno. Je trouve que c'est très bien.


C'est vrai en France, c'est aussi vrai à l'international ?

C'est plus vrai en France qu'en Hollande. Quoi que même en Hollande, le public qui écoute principalement du hardcore évolue. Avant ils étaient un peu formatés, même au sein du hardcore. Désormais, on distingue plusieurs variantes au sein du mouvement : speedcore, frenchcore... Chaque scène a évidemment son public de fanatiques, mais tu as quand même des gens qui gravitent entre les scènes. Jusqu'aux années 2000, le son hollandais c'était vraiment un seul son, très fermé aux étrangers... Maintenant, le fait qu'il y ait plusieurs sous-styles, c'est un bon gage d'ouverture de leur part.

Micropoint jouera donc à Strasbourg le 3 novembre prochain.