Photo en Une : © PHOTOPQR/LE PARISIEN/MAXPPP



Depuis sa création en 2002, la recette Nuit Blanche est restée la même : les rues de Paris et ses lieux emblématiques ou plus confidentiels deviennent pour une nuit le théâtre enchanté d’œuvres hors-les-murs. Cette année, la petite touche en plus vient de l’emphase mise par le directeur artistique de cette édition Gaël Charbaud (Hermès, Bourse Révélations Emerige) sur l’émergence artistique sous toutes ses formes. Avec Edgar Sarin et Pierre Gaignard en figures de proue de ce souffle inventif, cette Nuit 2018 se place à la croisée de l’art contemporain et de la musique, en passant par la danse et les arts numériques avec une fête de la création à 360° qui pousse au climax la carte du décloisonnement et du transmedia.

Rien de plus naturel alors que cette édition de Nuit Blanche plonge sans mesure dans l’art de la fête, avec une programmation qui fleure bon le club, les subs et le dancefloor. Quand on sait que Katarina Stella, avatar teuffeur d’Aurélie Faure, bras droit de Gaël Charbaud, écume les nuits parisiennes avec une obstination toujours intacte, l’on comprend mieux pourquoi 2018 se teinte d’une couleur musicale et expérimentale où la culture de la musique électronique trouve une place de choix.

Bien sûr, Nuit Blanche est l’occasion de croiser au coin de sa rue les grands noms de la création. Le compositeur Pierre Desprats (très en vue avec la bande originale des Enfants Sauvages de Bertrand Mandico) prendra ce soir possession de l’énigmatique rocher du parc Zoologique de Paris, en dialogue avec une mise en scène de Philippe Quesne. La salle des fêtes de l’Hôtel de Ville résonnera des beats d’Eric Chassol, écrin musical d’un défilé signé Maroussia Rebecq, tandis qu’Erik Satie et le Studio Veilhan prendront d’assaut la Philharmonie pour une nuit éthérée et fractale. Fractale également, la digression toute en strobes de l’installation Sun, signée Félicie d’Estienne d’Orves, qui décompose dans le sous-sol des Invalides notre fascination pour l’astre solaire en écho à une composition sonore de Franck Vigroux.

Mais Nuit Blanche 2018 fait surtout la part belle à l’émergence, l’underground et l’expérimental, en premier lieu avec la nuit programmée par Matière Noire au Trabendo. Cette proposition totale, alliant scénographie, installations, performances sonores se dédie à la musique expé. On y promet d’envoyer de la fumée, du dark et de lourdes basses avec As Human Pattern puis les lives de Foudre, Sarah Davachi, Autrenoir et Uzhur. En sortant de ce déluge, on tombera sur Geysa, ce geyser ocre de Fabien Léaustic et ses vapeurs en descente et Wardenclyffe de Tremens, sorte de savante alchimie de fumée de club et de frénétique boule à facette, à l’échelle de la ville. Sur les Invalides, The Absolut Company Creation invite le collectif Scale à imaginer Physis, délire scénographique à la froideur nordique, écrin minéral dans lequel se succéderont aux platines Axel Boman, Kornél Kovács et Lindstrøm. Il faudra ensuite chausser ses rollers pour aller défier le dancefloor géant qui s’étendra entre le Petit Palais et son grand frère.

Du côté de la Porte Dorée, le chorégraphe et génial touche à tout Eric Minh mettra ce soir le feu aux poudres avec une soirée “sous influence” : clubbing mêlant sensualité des corps et mécanique martiale du collectif au son du duo Yes Sœur. Cette transe commune, tantôt ralentie jusqu’à la pause tantôt frénétique jusqu’à l’hypnose, risque de ne laisser personne indifférent et de pousser tout le monde à la danse. Difficile de faire plus immersif !

Au rayon “pépites à suivre”, il ne faudra pas manquer les apparitions musclées de The Night He Came Home toutes les heures lors de l’émission Station Mire proposée par l’artist-run-space DOC (antre de Voiron et des Casual Gabberz) au Palais de la Découverte. Enfin, parmi la prolifique programmation du OFF, on ne saurait que trop vous recommander de faire un petit tour à la Gaîté Lyrique qui donne carte blanche à la SAT (Société des Arts Technologiques) de Montréal. On y vibrera toute la nuit à grands coups de DJ sets (Pierre Kwenders, Ryan Playground, Tommy Cruise), VJ et performances immersives. Sans oublier les copains de Bon Esprit qui investissent la Rotonde Stalingrad avec des DJ sets (OMMA & HUS, Tash LC, Slowglide, Jubilé) et les installations musicales, visuelles et interactives de Playtronica et Anya Mokhova Studio. Bon chance le dimanche après cette déferlante de subs, de strobes et autres délires hypnotiques. Nuit Blanche n’aura jamais aussi bien porté son nom que cette année.