Photo en Une : © Mathieu Le Gal


« Notre approche décalée, c'est ce qui fait la particularité de notre son par rapport à ce qui a pu se faire à l'époque. Et on peut constater que 6 albums et 20 vinyles plus tard, la sauce a bien pris »
, explique Tommy « AK47 » Vaudecrane. Un brin nostalgique, il retrace 20 ans d'existence au sein du collectif BudBurNerZ, passés à faire suer les fans de hardcore, à travers un mix concocté spécialement pour Trax.

BudBurNerZ a 20 ans cette année. Pouvez-vous nous décrire dans quel contexte s’exprimait la techno hardcore il y a 20 ans ?

Il y a 20 ans le hardcore était en plein boom. On comptait de nombreux producteurs, on voyait apparaître plein de nouveaux genres de hardcore, la création battait son plein. À cette époque, il n'y avait pas encore de cadre, les artistes pouvaient sortir un EP à 220 BPM, puis ensuite quelque chose de plus lent, les line-up étaient très éclectiques et évolutifs, la musique n'était pas encore catégorisée.
Il y avait peu de soirées « légales » en France donc les artistes jouaient principalement en free party, en teknival et c'est là que la scène française dite « frenchcore » a commencé à se développer et a trouvé son public. Certains disques de hardcore français de l'époque se vendent une fortune sur Internet.
À l'étranger les énormes soirées Thunderdome, Nightmare et autres Megarave attiraient de plus en plus de monde, dont pas mal de Français qui faisaient déjà la route pour aller danser dans ces soirées.


Les Palais des Congrès et autres parcs des expositions de France accueillaient alors des événements et tournées hardcore gigantesques, avec nombre de jeunes teufeurs dans le public. Les CDs se vendaient encore et plusieurs labels phares existaient. Pouvait-on parler d’un certain âge d’or pour le hardcore français ?

C'était en effet une très belle époque. À partir de 2000, lorsque les labels comme Epileptik, Audiogenic ou UWe ont commencé à bien marcher et à organiser des soirées, il s'est vraiment passé quelque chose en France. Au départ c'était surtout dans l'Est, mais très vite on a vu apparaître des soirées dans les parcs expos, organisées par des sound-systems, par les labels. Nous avons notamment joué au Zénith de Nancy et dans certains parcs expos et c'était assez dingue, un bel accomplissement pour la scène hardcore en effet. Les ventes de CD marchaient très bien et cela créait une source de revenus solide pour les artistes.

Il y a toujours eu du second degré chez BudBurNerZ, du scratch, des samples de rap... Quelle était la touche (musicale, attitude, philosophie...) des BudBurNerZ dans la scène à l’époque ?

Une musique débridée de 120 à 300 BPM. L'idée derrière BudBurNerZ était de mélanger les différentes influences des membres du groupe (six à l'époque) afin de créer un hardcore non formaté qui intégrerait aussi bien du hip-hop, que du breakcore, de la musique tsigane... Le second degré est très important pour nous, car parfois on peut avoir l'impression que le hardcore se prend un peu au sérieux et qu'il faut obligatoirement être un bad boy tatoué qui fait peur pour faire partie de cette grande famille. Du coup, on a toujours samplé du South Park, les Monthy Python plutôt qu'uniquement des films d'horreur ou des samples badass de films de gangsters. 

Qu’est-ce qui a changé dans le hardcore en France ces 10 ou 15 dernières années ? Et à l’étranger ?

On a vu un formatage du hardcore ces 10-15 dernières années avec l'apparition de nombreux genres et sous-genres avec leurs spécificités et surtout un cloisonnement des artistes qui font ces genres. En gros, si tu fais du hardcore industriel à 165 BPM, tu joueras sur la scène hardcore industrielle et tu feras partie de la famille de ce genre. D'un côté c'est pas mal, car on voit des festivals avec plusieurs scènes de hardcore différents, mais d'un autre côté cela a un peu tué la créativité au profit du formatage. Du coup, il y a moins de surprise dans la musique, la créativité se limite aux genres ou sous-genres de hardcore que tu produis et surtout, cela crée des armées de clones qui veulent produire la même musique que tel ou tel artiste, avec le même kick, le même lead, etc. En plus de cela, il y a une course au « plus gros kick » au détriment du reste des sonorités.

Que voulez-vous exprimer avec ce mix, 20 ans après vos débuts ?

Faire découvrir ou redécouvrir notre musique à ceux qui ne la connaissent pas ou l'auraient oubliée, et continuer à faire vivre un esprit hardcore débridé, sans limites dans la création. Mais sans coller aux schémas établis par l'apparition des nombreux genres et sous-genres de musiques dures.

Quelles furent les conditions d’enregistrement/technique/support ?

C'est une très large adaptation de notre live des 20 ans en y ajoutant des morceaux « historiques ». Donc il y a des tracks qui sont joués en live et d'autres qui sont simplement mixés, le tout dans Ableton live.

Quelles influences et quelles scènes as-tu voulu représenter dans ce mix ? Y avez-vous mis des classiques de BudBurNerZ ?

Nous retraçons 20 ans de BudBurNerZ en 60 minutes avec des classiques de l'époque comme Silenstorm, des nouveaux morceaux, des remixes d'artistes pour notre dernier album. Tout ça pour un voyage de 125 à 260 BPM, comme on aime.

Quel serait le lieu parfait pour l’écouter ?

Un grand hangar avec des lasers !

TRACKLIST :

1. BudBurNerZ - Silentstorm
2. BudBurNerZ - Family Affair (Weapons of Mental Destruction remix)
3. BudBurNerZ - Family Affair (Matt Green's Step 'N Smoke Mix)
4. BudBurNerZ - Death
5. Violon Malsain (Drokz' remix)
6. BudBurNerZ - Budfuk
7. BudBurNerZ - Trubblzzz (Raw's remix)
8. BudBurNerZ - Suggestion
9. BudBurNerZ - Overdoze
10. BudBurNerZ - Vomit
11. BudBurNerZ - Watatekoku (Epsilon's remix)
12. BudBurNerZDestroy The Evil Power !
13. BudBurNerZ - Witchburner (Xylocaïne's remix)
14. BudBurNerZ - Fuck The World