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Par Trax et Electronic Music Factory

Cet article est également publié sur l'Electronic Music Factory, un vaste site d'information qui regroupe de très nombreux renseignements utiles aux professionnels des musiques électroniques.

La musique électronique n'est depuis longtemps plus l'affaire de quelques jeunes tapis dans l'ombre : les festivals techno sont pleins à craquer, et nombre sont ceux qui délaissent leur guitare pour Ableton. Si les formations à la Musique Assistée par Ordinateur (MAO) dans les écoles, comme celles du NAME Festival et son Academy remontent à 2007, la Sacem lui emboîte maintenant le pas. Elle présentait jeudi 27 septembre son projet de faire entrer la musique électronique dans les établissements scolaires, dans le cadre de sa Fabrique Electro, qui vise à former des jeunes, faire se rencontrer des artistes, aider à la création d'oeuvres... « Ce travail entre artistes et élèves se fait depuis longtemps. Mais nous voulons lui donner une ampleur nationale, qu'il soit mieux compris par les acteurs du secteur culturel des collectivités territoriales », explique Bernadette Bombardieri, responsable du pôle Education Artistique de la Sacem.

Le 27 septembre, les élèves de quatre collèges de la région parisienne étaient donc conviés à la Gaîté Lyrique, pour assister à leur cours d'introduction à la MAO, présentée par le musicien et youtubeur Felckin, et le producteur Fakear, en partenariat avec Native Instruments. Tous deux se sont efforcés de vulgariser un langage somme toute abstrait pour des enfants n'ayant jamais entendu parler de piste MIDI, de loops, de reverb. Les deux musiciens ont réussi à créer le dialogue, à stimuler la curiosité des collégiens, par le biais de mots comme refrain ou couplet, en les questionnant sur leur ressenti lorsqu'ils modulaient leur musique sur Maschine : « Tu sens comme ça monte, là ? C'est parce que j'ai rajouté un effet ». Les questions n'ont pas tardé à fuser : « Pourquoi ces boutons changent de couleur ? », « Est-ce que je peux m'inspirer de Fast and Furious pour créer ma musique ? ». Suite logique des évènements, plusieurs jeunes ont demandé à essayer eux-mêmes le matériel, après que Fakear ait effectué une démonstration en live.

Plusieurs fois durant l'année, les professeurs de ces quatre établissements seront ensuite épaulés par musiciens et producteurs, comme la résidente du Rex, Molly, ou le musicien Romain Simard, pour faire découvrir aux collégiens logiciels, synthés et boîtes à rythmes. Les producteurs en herbe présenteront même leur projet final dans des lieux comme le Rex Club parisien, en live. Molly avait déjà participé à une version pilote du projet en 2017. « L'année dernière, je leur avais montré comment créer des samples, à partir des percussions et du piano sur place. J'avais amené mon ordinateur, ma carte son... et puis Roland m'avait contactée, puis prêtée une boîte à rythme, des synthétiseurs ». De même que pour Felckin et Fakear, la question du langage sera déterminante, explique Romain Simard, qui a lui aussi participé a des formations similaires : « Il faut savoir imager, partir du concret, leur faire entendre d'abord, puis donner un nom aux choses. J'ai parfois utilisé le son de canettes, d'objets totalement incongrus, pour les amener à mettre un mot sur un effet, une sonorité»

Le projet de la Fabrique Electro, ce n'est pas seulement Paris. C'est 780 élèves de 26 collèges différents à Roubaix, Strasbourg, Toulouse, Besançon, Nîmes, et même La Réunion. Une initiative de longue haleine, bienvenue de la part de la Sacem, qui jette peut-être les graines desquelles germeront les Justice de demain.