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Par Lucien Rieul et Quentin Sedillo


Cette deuxième édition 2018 sera donc la première fois que BOZAR fusionne avec Nuits sonores.
 

Roel : Ce n'est pas une fusion. La branche belge de l’association créatrice de Nuits sonores, Arty Farty Brussels, se marie avec BOZAR. Nous voyons plutôt cela comme un tout nouveau projet que nous avons créé ensemble. Il reprend une programmation proche de BOZAR Electronic Arts Festival, et on s'y retrouve dans Nuits Sonores (NS) Bruxelles. Nuits Sonores a une portée qui correspond plus à notre mission, à savoir être présent dans la ville. Nuits sonores a une portée qui correspond plus à notre mission, à savoir être présents dans la ville. Il y aussi l’ouverture aux autres continents, l’exploration d’autres territoires musicaux, de la musique globale… Et puis avec European Lab et Agora, il y a l’exploration des idées.

Baptiste : Nuits Sonores Bruxelles, c’est une longue histoire d’amitié avec la Belgique. On avait invité Bruxelles pour une carte blanche à Lyon. On avait envisagé beaucoup de collaborations, avec des artistes mais aussi au niveau de réflexions politiques avec le conseil européen. Cette envie de poser le festival à Bruxelles est née l’année dernière. On a un peu rebattu les cartes du jeu par rapport à ce qu’on fait à Lyon. Sur cette seconde édition, on était à la recherche d’un coproducteur belge. Pour nous, c’etait une nécessité que de ne pas venir seuls, il fallait le faire avec un acteur bruxellois fort. BOZAR s’est avéré comme une évidence. C’est une équipe complémentaire.

Avec une première édition, on se jette toujours un peu à l’eau. Quels enseignements en avez-vous tiré pour la seconde, qu’allez-vous recalibrer ?

B : Effectivement, une première édition c’est forcément plein de constats, une vraie découverte, une année test. Ca nous a permis d’entrer en dialogue avec une dizaine de salles bruxelloises et une quinzaine de promoteurs. Ca nous a permis d’explorer le vivier bruxellois. On le connait depuis un moment, mais collaborer c’est autre chose que de l’observer depuis Lyon. L’année dernière avait une ambition particulière en termes de lieu. On s’est positionnés sur le Heysel, qui est un quartier particulier qui a mauvaise presse auprès des bruxellois, et qui est aujourd’hui très touristique. On s’est rendus compte que ça nous poussait à faire des compromis sur la programmation. L’année dernière on avait Rone, Modeselektor, Laurent Garnier. On pouvait programmer une vingtaine d’artistes, contre 200 à Lyon. Cette année, on a la chance de pouvoir inviter plus de 60 artistes. Pour la soirée à BOZAR, on va monter six scènes. C’est un rêve. Et clairement, notre programmation de cette année est plus pointue. On a pu la faire sereinement car on s’est rendus compte, après un an à travailler avec les bruxellois, que l’on s’adressait à un public qui a une très grande culture des musiques indépendantes et actuelles. 

R : Je crois que près de 50% des artistes programmés sont Belges ou résident à Bruxelles. Je suis vraiment content que l’on ait créé un projet auquel les habitants peuvent s'identifier.

B : On a commencé à travailler avec BOZAR sur la programmation il y a six mois, et tout a été fait ensemble. Toutes les réunions ont rapidement été extrêmement riches. C’est quelque chose d’assez rare. 

Paradoxalement, Bruxelles n'a pas le rayonnement qu'on pourrait espérer. Quelle est votre vision de la scène locale ?

B: Cette ville a une place centrale au sein de l’Europe. Après il faut être réaliste : malgré ce foisonnement d’artistes, de labels mythiques - certains ont plus de 20 ans d’histoire - les gens ne portent pas le même regard sur la scène bruxelloise que sur des villes comme Amsterdam ou Londres. C’est difficile à expliquer.

Marc Jacobs, programmateur du Bozar Electronic Series et Bozar Night pour BEAF, disait que c'est parce que les bruxellois sont humbles. 

B : Peut être que ça l’explique aussi oui. Cela se ressent au final. Il faut vraiment tirer les cordes, poser beaucoup de questions pour se rendre compte que certaines personnes ont un historique fort, ont des tonnes de projets, des tas d’alias, ont déjà monté leurs propres soirées. Le mot que j'emploierais pour décrire Bruxelles, c'est que c'est une scène activiste. C'est un des éléments forts que je voulais énoncer. Les acteurs d'ici ne sont pas individualistes comme autre part. Ils vont chercher à créer des liens, à partager. Peut être que c'est pour ça qu'il y a moins de grandes têtes d'affiche, les gens la jouent moins solo. Et puis on a quand même R&S Records, Soulwax… il ne faut pas l’oublier. 

R : Je pense que ces cinq dernières années, la scène musicale de Bruxelles a aussi évolué de manière plus informelle : les petits endroits, les petits clubs ont explosé. Tous les week-end il y a des choses qui se déroulent, et c’est énorme, car ils font ça avec leurs propres moyens, sans subventions. C’est ça aussi, la marque de Bruxelles. Cela bouge, même dans les petits cafés. C’est très excitant à voir.


Vous travaillez avec tous ces partenaires locaux qui font bouger la scène électronique bruxelloise. Comment s’est passé la collaboration avec eux ?

B : C’est des collaborations qui ont commencé il y a plus d’un an maintenant, donc il y a quelque chose d’affectif. Notamment Under My Garage. On les a invité au Sucre pendant le festival Garage Numérique, pour la fête des Lumières, pour proposer une performance audio-visuelle. On a bu des verres à Bruxelles, avec des discussions parfois jusqu’à 5, 6h du matin. On parlait beaucoup de la ville, ils ne s’attendaient pas à ce que le public bruxellois attendent des choses très pointues aussi. Les Actionnaires avec qui on co-programme la Closing aussi, on a beaucoup de discussions, pour avoir des retours, sur un b2b par exemple. Tous ont été de bon conseil. Il y a pleins de projets qui se développement, le Listen, le BEM... Malgré la logique de concurrence, on arrive à créer un dialogue, on a des partenaires communs.


R: L’Ancienne Belgique aussi est partante. C’est très chouette à voir que des grandes salles comme ça aussi soient intéressées.

B : Je pense d'emblée à des personnes comme Nicolas Bucci, producteur à Bonnefooi et co-producteur de Kiosk Radio, dans le Parc Royal. Lui et ses collaborateurs m’avaient invité à venir à Crevette Records (très bon record shop à Bruxelles), ils m’attendaient et avaient concocté une sélection de disques bruxellois. On s’est fait une session d’écoute en buvant des bières. Il y a un vrai militantisme, ça se voyait qu’il voulait défendre la scène bruxelloise. Ca nous a énormément motivés. 

Vous avez parlé d’activisme, là de militantisme, mais à quelle fin ?

B : Ils ont envie de faire reconnaître leur scène, pas juste leur propre musique.
On les voit moins dans les clubs internationaux... Après proportionnellement, la scène bruxelloise est moins entourée et développée que la scène française. Pour certaines raisons, la France a contracté pas mal de contrats avec les USA. À Bruxelles, ce sont de très jeunes agences, qui travaillent avec des artistes émergents. Il n' y a pas de grosse machine derrière. Mais je ne me fais aucun souci pour eux, je les vois très bientôt cartonner dans les clubs internationaux.


R : Il y a dix ans, il y avait beaucoup d’articles dans la presse qui disaient « c’est la mort des artistes qui protestent ». Et là, on remarque un nouvel activisme qui pénètre la musique. Pour le hip hop, c'est évident, mais toutes les autres catégories sont prises de cet élan. C’est très rassurant de voir qu'à nouveau les jeunes artistes prennent des responsabilités politiques. A Bruxelles, pour le moment, c’est encore un peu une scène-laboratoire, mais de plus en plus plus de jeunes acteurs osent porter des discours protestataires.




Comment est-ce que l'on considère European Lab, cette plateforme de connexion culturelle et politique au sein de Nuits Sonores, selon que l'on est à Lyon ou a Bruxelles, capitale de l’Europe ? 

R : Pour nous, c’est un aspect très important. On s’est mis en avant comme une plateforme d'échanges culturels... L’European lab nous tient très a coeur. Surtout que l’existence de l’Europe même est de plus en plus remise en question. On attache donc la même importance à Nuits Sonores et European Lab. 


B : Quand on prend un sujet comme la révolution cosmopolite qui est le thème principal du Lab cette année, il est évident que ça connecte naturellement du monde. Mais après c’est vrai qu’on peut difficilement le traiter de façon plus pertinente qu'à Bruxelles qui permet de fait une plus 
grande proximité entre la musique et les conférences. Ceux qui ne viennent au départ que pour la musique finissent par être intéressés.



La soirée à BOZAR a une configuration particulière de six scènes, ce qui est quand même énorme. Est-ce qu’il y a un projet qui vous tient particulièrement à coeur ?

R : Côté alternatif, c’est Possessed Factory, le projet en duo. Ils ont sorti un nouveau disque, quelque chose d’electro-noise, de dark... ça vaut le détour.

B : À expérimenter, la performance menée par Roméo Poirrier le samedi après-midi. Il va faire un live d’ambient électronique, mais qu’il retransmettra avec des enceintes sub-aquatiques dans la piscine. On peut aller se baigner, nager et entendre la musique sous l’eau. A découvrir, pour les sonorités, Die Orangen, un label israëlien très prometteur. Un mélange de musique tribale, d’EBM et de musique psychédélique, le live est complètement fou, improvisé, très mystique. C’est la première fois qu’ils jouent en Belgique en plus. 

Pour visiter la capitale belge aux cours des Nuits Sonores Bruxelles, et parcourir ce circuit regorgeant d'expériences, c'est sur la page Facebook de l'évènement, ainsi que sur sa billetterie.