Photo en Une : © Rui Soares


Sur le port de Viana do Castelo, la salle de la Tasquinha da Linda est déjà bondée. Depuis notre séjour l’an passé, le restaurant préféré des organisateurs du Neopop Festival (il est situé en face de l’entrée) a entrepris de gros travaux pour se refaire une beauté. Et ce n’est pas le seul. En arrivant ce mercredi soir sur le site, on est tout de suite frappé par le nouveau look du Neo Stage, la grande scène du festival, qui accueille pour l’ouverture les Français St. Germain et Ivan Smagghe. Les flancs de la scène ont été prolongés pour accueillir un mur d’enceintes qui forme un gigantesque demi-cercle, mettant les premiers rangs de spectateurs quasiment en immersion dans le son. L’autre innovation, c’est ce mur d’écrans géant aussi large que le sound-system, installé par DubLab (responsable la scénographie du festival portugais depuis ses débuts en 2006) qui en mettra plein les yeux aux festivaliers pendant quatre jours.

On essaye d’améliorer des choses à chaque édition, explique Gustavo, le programmateur du Neopop. On pensait depuis pas mal de temps à agrandir le main stage et on a franchi le pas cette année. Le sound-system et la scénographie, c'est vraiment important pour nous. Le projet était très intéressant mais c'était énorme, parce que ça nécessitait de changer beaucoup de choses, comme les sorties de secours. Ça coûtait plus cher bien sûr, mais ça valait le coup. On a eu des tas de retours positifs du public et des artistes. Le truc drôle, c’est que les artistes, qui arrivent par l’arrière de la scène, ne réalisaient pas ce qu’il se passait dans leur dos sur les écrans. Et quand ils sortaient de scène, ils hallucinaient : ‘Oh shit, c'est dingue, c'est là-dessus que je jouais ?!’”

   À lire également
Neopop : rencontre avec l'un des fondateurs du festival portugais qui élève la techno au rang d'art

Après une première soirée chagrinée par d’intempestives intempéries, même si St Germain et ses musiciens ont réussi leur contredanse de la pluie devant un public conquis, on a pris la pleine puissance du nouveau main stage en pleine figure dès le début de la seconde soirée, avec la queue dès 20h. Et pour cause : pendant que Clark joue dans le noir d’un théâtre de la ville, le Neopop s’est offert un before de roi avec Solomun et Apollonia. Ce sera l’un des rares moments downtempo (avec le closing d’un Ricardo au bout du rouleau le vendredi) d’une édition très techno, avec ce jeudi Recondite, Nastia ou Ben Klock sur la grande scène. Du côté de l’Anti Stage, la prog du jeudi a été concoctée par Solar, un des deux résidents du festival avec le Français Zadig. Le Californien avait booké Dopplereffekt, un peu en dedans, la flamboyante Yougoslave Tijana T ou encore le Japonais DJ Nobu en clôture. Le vendredi, alors que Paula Temple et Rebekah transformaient la main stage en zone de conflit devant des danseurs subjugués par les visuels épileptiques, Zadig faisait jouer l’excellente Anna Haleta, résidente du Block Club à Tel Aviv, pour un set rafraîchissant parsemé de breakbeats. Derrière, le DJ de Detroit Carlos Souffront tenait bien la comparaison face à son aîné Jeff Mills, avant que Voiski et Vril puis Zadig vs Marcelus ne mettent tout le monde d’accord au lever du soleil. 

Une réussite qui devrait conduire Gustavo à renouveler l’expérience. “Solar et Zadig sont deux artistes très spéciaux pour nous, ils viennent au festival depuis plusieurs années. Ce sont nos seuls résidents pour le moment, et c'est un honneur d'avoir des artistes aussi talentueux et des personnes aussi agréables avec nous. Je leur fais totalement confiance parce qu’ils ont chacun une touche spéciale et une vision particulière de la scène dance music. Ils me proposent des choses que je ne connais pas et c'est ce que je cherche. Parfois, c'est important de faire découvrir de nouvelles choses au public, et pas seulement ce que les gens veulent entendre.

C’est ainsi qu’on a pu découvrir l’excellent Dorisburg le samedi, avec un live élégant et raffiné, entre beats tribaux et nappes chamaniques, lançant cette dernière nuit sur de bons rails. Derrière, un Voiski sautillant livre un live puissant et emballant sur la main stage, avant de laisser la main à la star de la soirée, Nina Kraviz, qui s’octroie une intro downtempo avant de partir en techno tendue pour le plus grand plaisir de la foule composée presque pour moitié d’étrangers, dont un sacré contingent de Français, et de nombreux journalistes venus de Londres, Berlin ou Amsterdam. Le Portugal et sa croissance économique retrouvée est devenue une étape en vogue dans le circuit du clubbing européen, signe que la stratégie du Néopop est en train de payer : “On a de plus en plus de gens qui viennent de l'étranger pour faire la fête, avec des events de plus en plus qualitatifs, comme les nouveaux festivals BPM et Nova Batida festival. C'est intéressant de voir cette scène s'enrichir de professionnels qui quittent leur pays pour venir travailler ici et y produire des soirées, analyse Gustavo. On a beaucoup d'Espagnols et de Français, qui viennent tous les ans plus nombreux. C'était notre objectif avec cette communication internationale : on veut qu'ils découvrent non seulement le festival, mais aussi la région, la culture… On fait la promotion de la musique mais aussi du Portugal. Ça fait partie de notre mission.”