Photo en Une : © Serato


Article initialement publié dans le
TRAX n°209 en mars 2018, disponible ici.

Par Arnaud Wyart


Nouvelle-Zélande, 1997. Steve West étudie à l'université d'Auckland, mais il est surtout un passionné de basse. A l'époque, il cherche un moyen de ralentir les solos compliqués afin de mieux apprendre à les jouer, mais les outils existant, s'ils sont capables de maintenir la hauteur, modifient – bien trop – le son. Alors, avec quelques rudiments en mathématiques, West programme un algorithme capable de changer la vitesse d'un fichier audio, mais sans altérer ni le pitch, ni la couleur. C'est son ami A.J Bertenshaw qui finit par le convaincre de commercialiser sa fantastique trouvaille. Les deux compères montent Serato et se lancent dans l'aventure, d'abord avec le plug-in Pitch 'n Time, immédiatement accaparé par les ingénieurs du son pour le cinéma. En 2000, West et Bertenshaw décident d'appliquer leur solution au scratch et au mix. Serato commence alors un énorme travail avec des DJ’s afin de trouver le vinyle de contrôle parfait et développer la meilleure interface logiciel pour contrôler l'ensemble.

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En 2002, Serato concrétise ses travaux avec Scratch Studio Edition, un plug-in Pro-Tools permettant de contrôler des fichiers audio avec des disques spéciaux ou même une souris d'ordinateur. La barre est placée haut : Serato fait appel à une fréquence de résonance avec plusieurs indicateurs de position, ce qui permet de diminuer quasiment toute latence. Problème : difficile d'emmener sur scène un ordinateur de bureau équipé de Pro Tools. Après plusieurs mois de recherche, Serato lance donc son premier boîtier avec interface audio intégrée. C'est à ce moment que West et Bertenshaw rencontrent Rane, une firme américaine connue pour ses tables de mixage haut de gamme. Les deux entités décident d'associer leurs talents et en 2004, c'est l'arrivée du système Serato Scratch Live (boîtier et logiciel de mix dédié). Considéré comme la solution ultime, le boîtier se connecte à la table et permet de contrôler également des CD ou n'importe quel appareil Midi.



L'association avec Pioneer DJ

Plusieurs modèles de boîtiers Rane Serato vont sortir, notamment la série SL, largement plébiscitée par les DJ’s souhaitant conserver les sensations du toucher vinyle. Parallèlement, Serato conçoit d'autres produits, avec plus ou moins de succès (un format MP3 inédit, une plateforme de téléchargement légale baptisée Whitelabel.net, une interface VJ pour la vidéo, etc.). Mais face à la concurrence de plus en plus féroce de Native Instruments (avec le logiciel Traktor et des interfaces audio professionnelles) et l'avènement inéluctable des platines CDJ de Pioneer, Serato n'a d'autre choix que s'adapter. L'entreprise va alors signer un maximum de partenariats, faisant peser son savoir-faire dans la balance. La clé pour conserver son lien avec les DJ’s ? Transposer son logiciel sur d'autres plateformes. C'est ainsi que la firme s'associe avec Ableton en 2010 via le projet The Bridge. Puis, en 2012, après avoir sorti le logiciel de mix Serato DJ Intro, l'entreprise lance Serato DJ, supporté par le contrôleur DDJ-SX de Pioneer.


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Dans la foulée, le constructeur japonais – de plus en plus incontournable – sort sa première table Serato (la DJM-900SRT). Mieux, Pioneer commence à développer un environnement totalement compatible avec Serato, au grand bonheur des DJ’s hip-hop comme Grandmaster Flash et des pointures techno telles que Josh Wink ou Dave Clarke. Ce dernier ne peut aujourd’hui se passer de ses habitudes acquises sur Serato. « Tout a commencé il y a environ onze ans. Les CD n'étaient plus vraiment amusants à jouer (la taille des clés USB était encore minuscule) et les ordinateurs devenaient suffisamment fiables pour que je puisse envisager de faire la bascule vers le numérique. Aujourd'hui, la combinaison Serato/Pioneer est vraiment puissante. Après, c'est vrai que Rekordbox (le logiciel de Pioneer, ndlr) s'impose de plus en plus, mais selon moi, ce système est trop mal foutu alors que la plateforme Serato, elle, évolue encore », explique-t-il. Si vous souhaitez piloter vos fichiers audio via des vinyles, le boîtier Rane Serato SL2 reste la référence, surtout si vous scratchez. Sinon, vous pouvez jeter un œil sur les derniers contrôleurs (Pioneer, Denon ou Reloop) et platines (comme la Numark V7 ou la Pioneer CDJ-900) compatibles avec le logiciel Serato DJ (qui a remplacé Serato Scratch Live en 2013).