Photo en Une : © La Planète Sauvage


Article initialement publié dans le TRAX n°188 en décembre 2015. Par Olivier Pernot.

« J’avais souvent enregistré au studio Washington à Paris. C’était un studio d’enregistrement très bien équipé pour l’époque. J’y avais mes habitudes. Alors pour la bande originale de La Planète sauvage, j’ai décidé d’y retourner. Avant d’aller au studio, j’avais composé toute la bande-son chez moi. Simplement au piano. À l’époque, j’étais beaucoup influencé par le jazz, par Oscar Peterson, Art Tatum. Pour les enregistrements, je laissais ainsi une grande part d’improvisation aux musiciens. Même si j’étais toujours là pour leur donner des indications ! Ça remonte à loin quand même, cet enregistrement. Plus de quarante ans ! Je ne me souviens plus très bien qui étaient les musiciens en studio. Je sais que le guitariste était Benoît Kaufman, car la guitare était l’instrument phare de cette bande-son. L’idée était de s’éloigner des codes et des sons de la guitare rock. Nous avons donc utilisé beaucoup de pédales et d’effets. C’était très novateur pour l’époque. »

Une bande-son qui flirte avec l'électro

Le rôle de Jean Guérin apparaît comme déterminant dans l’ambiance électronique de cet enregistrement. Contrairement à ce que référence Discogs, il ne s’agit pas du Jean Guérin du groupe Ergo Sum qui a participé à La Planète sauvage. Ce dernier, joint au téléphone, nous précise qu’il s’agit d’un homonyme. Dans les différents articles et chroniques qui émergent d’Internet, le Jean Guérin du disque est tantôt crédité comme ingénieur du son, responsable des effets sonores, tantôt comme musicien, joueur du fameux synthétiseur EMS VS3 (utilisé par Brian Eno, Tangerine Dream, Jean-Michel Jarre ou Depeche Mode). Alain Goraguer ne se souvient plus de ce participant, qu’il soit musicien ou technicien. Le mystère reste entier…

« J’avais vu le film avant d’écrire sa musique. Je m’étais imprégné de l’ambiance de ce film d’animation futuriste. J’avais déjà composé pour le cinéma et des longs-métrages, mais là, c’était la première fois que je le faisais pour un film d’animation. L’inspiration m’est venue en regardant les images. J’avais eu aussi une longue discussion avec le réalisateur, René Laloux. Mais, au final, le choix de cette musique vient totalement de moi. Je devais juste respecter le minutage très précis car la bande-son est découpée en 25 séquences. Certaines sont très courtes, de quelques dizaines de secondes. Le film a reçu le Prix spécial du jury au Festival de Cannes en 1973. J’étais très heureux et très fier de ce prix car la musique a contribué à l’atmosphère du film. Aujourd’hui, on me dit souvent que c’est un disque culte, qu’il est inscrit dans l’histoire. Je sais qu’il a été aussi beaucoup samplé par des rappeurs (1). Ça me plaît que ce disque voyage dans les époques. C’est flatteur. »

(1) Des extraits de l’album ont été samplés par Madlib (Quasimoto), J Dilla, Flying Lotus, DJ Shadow, KRS-One, etc.