Photo en Une : © Nowadays Records


Quelle est l'idée derrière cette release ? 

Ugo : On fête les 10 ans de La Boulangerie donc c’était l’occasion de faire un bilan agrémenté d’un joli coffret dessiné par Grems et aussi de sortir des inédits. On a réuni les 3 albums La Boulangerie et on les a pressé puis on a sorti 15 inédits. Cet album est à la base inspiré de l'album Donuts de J Dilla, alors on a commencé a appelé les trucs comme ça, un peu à la française. On a invité une vingtaine d'artistes dessus. Pour nous c’était limite impossible à vendre. On est parti d’un truc très rough dont découlait cette volonté de faire connaître la beat scene, avant même qu’il y ait la scène future beat d’ailleurs. Notre but était de réunir les gens afin qu’ils puissent identifier ce qu’il se passait dans le beatmaking. C’était un moyen d’être plus fort tous ensemble et de faire connaître au grand public le milieu et non pas de faire une beat tape qui va être uniquement écoutée par des beatmakers. C’était notre souhait, rendre ça populaire. La continuité de cette démarche c’est le label Nowadays Records (fondé en 2010 par deux membres de La Fine Equipe : Oogo et Chomsky).

Qu’est-ce que cela signifie « backburners » ?

C’est Chomsky qui a trouvé ça. Il t’expliquerait mieux que moi, mais c’est l’idée de ressortir les trucs que t’as laissé griller trop longtemps dans le four. C’est un mélange de titres très récents et anciens, toujours avec cette façon de faire « des Boulangeries ». On donne un nom de bouffe à chaque titre. Un track c’est comme un petit truc à manger, un petit plaisir. On demandait à chaque artiste : « à quoi ça te fait penser en termes de bouffe ? ». Ça peut durer une minute, être juste une belle boucle, et ça nous fait kiffer.

Quels sont vos prochains projets ?

L’album de La Fine Equipe arrive début 2019. Ce sera plus des chansons, des musiques faites pour le live, il y a des trucs qui flirtent avec la house, avec le hip-hop. On va aussi faire un single tous les deux mois à partir de septembre/octobre. À côté de ça on va continuer à faire des projets de beats comme "la Boulangerie". On a fait le bilan, il y a 35 chanteurs réunis sur cette compil dont tous les acteurs de l'époque de la scène beat en France, même quelques ricains, des suisses, des belges. Je suis très content de sortir cette box qui réunit tout. Et quand tu vois les soirées d’anniversaire que l'on a faites, tu remarques que les gens kiffent encore à fond. T’as toujours ce truc qui évolue et qui continue d’avancer et ces morceaux on les intègre dans les live. On veut d’ailleurs refaire du live avec des artistes en 2019.

Cette 10 years box est-elle un moyen de clôturer la Boulangerie ?

Oui ça clôture cette trilogie. Maintenant on va continuer via notre label Nowadays Records et via d'autres projets à faire des compil’ dans le côté un peu rough, avec des morceaux qui n’ont pas forcément de structure compliquée. On veut aussi faire des collab avec des voix. Là on a un morceau avec un rappeur avec qui on travaille depuis longtemps, qui est un très bon ami, Green T. On va passer à tout autre chose jusqu’à l’album de 2019 qui sera le premier vrai album de La Fine Equipe.

Et où en êtes-vous avec vos side project Hoosky (Ugo et Chomsky) et Gangue (avec Fulgeance et Haring) ?

Hoosky, j’ai monté ça avec Chomsky parce qu’on se voyait tout le temps. On a commencé à faire plein de sons qui allaient au-delà du style de LFE, qui était très hip-hop à l’époque. Avec Hoosky on avait déjà des idées disco, électro, c’était beaucoup plus dark. La Fine Equipe c’est toujours assez joyeux, lumineux, coloré. Mais le style de La Fine Équipe a beaucoup évolué car on a beaucoup tourné, on a aussi beaucoup été influencé par la scène future que l'on a croisée sur le chemin, par les gens qu’on a rencontré, les live qu’on a fait et ça s’est vraiment élargi. Donc Hoosky ça a complètement fusionné avec LFE. Quant à Gangue c’est un projet pensé pour les anniversaires de Dour, Marsatac et Nördik Impakt, ils nous ont demandé de créer un live et des nouveaux sons pour eux. Et j’adore parce que c’est encore une autre facette et en live c’est très cool à jouer.

Mais c’est compliqué avec tous ces projets, comment faites-vous pour attribuer un track à un projet et pas à un autre ?

Ça dépendra du moment où tu le fais. Si t’es avec les gars, ce sera pour un projet collectif. Gangue c’est vraiment particulier parce que c’est une collab.

Pourquoi « Gangue » 

À la base on est 6 dans le groupe donc on a voulu un mot autour du concept de gang. Et c’est simplement gang au féminin, mot assez peu employé tourné ainsi. C’est aussi la matière autour des pierres précieuses, tout le truc pourri autour, et quand tu nettoies tu découvres le joyau. Ça nous plaisait l’idée d’incarner cette matière, de la représenter sans vouloir rentrer dans des trucs trop philosophiques : le joyau c’est pas nous, mais la musique. Et ce côté diamant nous plaît trop. L’idée de pierre précieuse est visuellement très féconde, tu peux faire plein de trucs intéressants.

Quelle a été votre dynamique de groupe ?

Je m’occupe de la partie communication de notre label Nowadays Records. Sinon, au sein de La Fine Equipe, on produit tous, on compose avec les mêmes outils. L’un va démarrer un son, il a une idée, il l’envoie, on travaille tous ensemble, on a peu près tous les mêmes rôles. En live c’est différent, les rôles sont définis. Certains sont plus aux platines et aux scratchs, Chomsky il a le pad il fait plus les sections rythmiques par exemple. Moi je m’occupe des bases, effets, et voix mais en somme, on est assez complémentaire.

N'avez-vous jamais pensé à mener des carrières solos ? 

Moi j’apprécie l’esprit de groupe. Quand tu tournes, tu captes ce que c’est d’être seul, et c’est un peu casse-couille. Je préfère arriver avec mon équipe, être entre copains et peu importe ce qui arrive on passera un bon moment. J’ai jamais compris comment faisaient les mecs qui tournent tout seul, je trouve ça hyper dur. Si t’es très sociable, tu peux arriver et te faire ami avec tout le monde mais souvent en tournée t’es fatigué, et ça peut arriver de ne pas très bien être reçu à des endroits. Donc on veut faire des projets solos, comme sortir des sons, mais une carrière solo non.

Quand sont vos prochaines dates ?  

Le Little festival à Seignosse, le jeudi 2 août et le festival Esperanzah en Belgique, le dimanche 5 août. Les deux seront en DJ set. Parfois on alterne entre DJ set et live car le public aime ça. On est pas censé tourner en ce moment avec La Fine Equipe comme on prépare le nouvel album avec une toute nouvelle scéno mais on peut pas s’empêcher d’aller jouer, on adore ça et on nous invite à droite à gauche. Mais les vrais prochains rendez-vous c’est les anniversaires du label, à partir de novembre, mois pendant lequel on va faire 5/6 dates en France. On pense également à presser un double vinyle avec des exclus.

Y a t-il une scène où vous aimeriez bien jouer ? Je vous vois bien à Osheaga à Montréal. 

Osheaga j’adorerais. On va voir ce que l'on va faire en 2019 avec Allo Floride. On a eu la chance de faire beaucoup de scènes en France. Mais peu importe la scène, on a envie de jouer à l’étranger. On a déjà joué au Japon, en Chine, on a fait une tournée en Asie, en Inde aussi. C’est là que c’est le plus excitant, quand c’est tout nouveau comme lors de nos premiers concerts, tu découvres les gens et les gens te découvrent. J’adorerais jouer au Etats-Unis, on a joué qu’une fois à New York.


Pour se procurer la box, rendez-vous sur la page bandcamp de La Fine Équipe ou sur le site de la FNAC. Pour réécouter le podcast #112 concocté pour Trax, c'est ici.