Photo en Une : © Rubens Ben


Avec à peine 1200 festivaliers attendus dans le précieux Domaine de Gayfié durant 5 jours, Monticule s’impose comme un espace confidentiel dédié à l’hédonisme du 20 au 24 juin derniers. Sans aucune volonté de s’agrandir davantage dans les années à venir, l’idée est plutôt de préserver le lieu ainsi que sa dimension intimiste. Et on ne peut que comprendre, le festivalier est invité plus exactement sur le domaine privé de Lilo, la mère de Richard, l’un des organisateurs du festival. Charmant, l’espace est composé d’une ancienne ferme d’époque où tout y est resté presque intact : de la bergerie, à la porcherie, et surtout la grange, qui se révélera plus tard être le rendez-vous phare de ceux pour qui la nuit ne finit pas. On sent comme l'air des vacances chez ses grands-parents. Le cadre est idyllique et parsemé de cabanes, balançoires, et autres aménagements de bois, tous construits bénévolement. Une piscine, dans laquelle se jette un grand toboggan, se tient en contrebas de la seconde scène. La Pool Stage est inondée de la house d’Immanuel Zanzibar alias Friedrich Trede, la moitié du duo Rhode & Brown. On découvre le timetable seulement à notre arrivée. Parce qu'ici, on ne vient pas pour écouter un artiste qui passerait tel jour en particulier ; on vient apprécier une programmation parfaitement calibrée en continue durant cinq jours. Judicieux pour qui veut privilégier la découverte musicale. Après l’unique pause quotidienne, celle du dîner — ou de l’apéro — place au live de Vactrol Park, du label Malka Tuti. Les percussions tribales et mélodies chamaniques se lient parfaitement dans le petit coin de nature sur lequel nous nous trouvons. Invitée pour la seconde fois, l’écurie Public Possession, label et disquaire munichois, avec Obalski et Henry Gilles, plonge ensuite tout le domaine dans une vie cosmique entre house et ambient jusqu’à 2 heures du matin. Le lendemain, un petit déjeuner copieux est proposé à la bergerie, avec le fameux cabécou des fermes locales, relevé au safran.

Eric Schönemeier, l'un des principaux organisateurs, raconte : « La première édition, qui ressemblait plus à une énorme fête privée avec tous nos amis, avait révolté les locaux tant la musique était forte. Ils avaient même signé une pétition ! ». De là, la team du Monticule a décidé d’impliquer dans l’organisation du festival ces familles de la région. Ainsi, l'on croise les habitants du coin aléatoirement au détour d’un repas ou lors des activités proposées chaque jour. Cours de yoga ou de peinture, espaces massages… à la tombée de la nuit, on peut même venir assister à un cours d’astronomie !

monticule pool stage
© Rubens Ben
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© Ruben Bens

Depuis 11h, Malka Tuti partage les platines dans l’opaque fumée qui enrobe la Pool Stage avec Dreems, en servant des volutes d’électro aux accents psychédéliques. C’est ensuite au tour du Franco-équatorien, Nicola Cruz (dont Trax révélait ce podcast il y a quelques semaines), de faire résonner les percussions pré-colombiennes d’Amérique Latine dans un voyage initiatique, presque spirituel. Tout le monde danse dans un vrai moment de partage et de respect mutuel. Arrive 18h, et le choix est large pour se restaurer : spécialités locales, plateaux de fromage/charcuterie ou salades plus « healthy » accompagnées de jus frais attendent les festivaliers. Pas de queue monstrueuse mais des hamacs et transats à l’ombre ; pas de malbouffe mais, bien au contraire, une nourriture en circuit court et issue de l’agriculture biologique ; des sanitaires propres et en nombre avec des douches face à la superbe vue du Domaine... Au Monticule tout est prévu pour une expérience mémorable. La programmation se poursuit en faisant la part belle à l’underground français. Depuis 22h, c’est Oko DJ — la Française en pleine ascension cette année issue du crew BFDM (Brothers From Different Mothers) et à la tête de LYL Radio avec son émission mensuelle « Girl Power Pu$$y Nightmare » — qui révèle un set techno magnétique, entre puissance et éclectisme scotchant tout le monde sur la Main Stage. C'est ensuite au tour de la Grange, avec Psaum. Le directeur artistique du pan techno de la Chinerie était, semble t-il, très heureux de revenir jouer au Monticule et déjà l'année dernière avait-il confié dans l'interview de Lofi que le festival était « l'un des plus beaux que j’ai eu l’occasion de faire ». La nuit se poursuit aux côtés de Charles et Antoine (alias Les Fils de Jacob), les organisateurs du Positive Education, qui ont littéralement surchauffé la salle pourtant bien ventilée, en donnant une leçon faite d'EBM, d'indus' et de noise post-punk. C’est passé vite : il est déjà 7 heures, l’heure de retourner au camping ou en passant par le showcase ambient de la Pool Stage, pour ceux qui préfèrent les atterrissages en douceur.

monticule main stage
© Rubens Ben
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© Louis Guibert

Vendredi, on décide de faire un tour sur le belvédère et sa vue imprenable, où un bar à champagne nous attend sous les boules à facettes suspendues aux branches. On va ensuite bronzer à la piscine et se rafraîchir avant d’assister au takeover du label Monkeytown qui présente l’inclassable et tant attendu Siriusmo, un artiste dont les apparitions sont rares et dont les productions en musique sont aussi influencées par son activité de peintre et d’illustrateur. Son set reprend quelques-uns de ses meilleurs tracks que le public connaît par cœur avant de passer le relais au célèbre groupe fondateur du label au singe, Modelselektor. Le set est fougueux, la foule en liesse, et la Main Stage prend des allures déchaînées. On décide d'aller voir du côté de la Grange où une jolie surprise nous attend, avec les Toulousains de Deepthings, à l’origine des soirées La Berlinoise à Toulouse et véritable pied à terre français pour les organisateurs du Monticule. Confetti et Jules Gaardls présentent alors un son techno, mental et hypnotisant. La nuit se poursuit et les sets se succèdent sans que la fatigue ne se fasse sentir. Soudain, on aperçoit entre deux scènes un mouvement d’une trentaine de personnes qui dansent nus, comme dans une recherche d'authenticité relationnelle. Amusés, on retourne tout donner pour la clôture, assurée par le Lyonnais Kosme. Cet incontournable des scènes house et techno de ces dernières années a déjà une Boiler Room et un passage au Dekmantel à son actif. On se couche les étoiles pleins les yeux, sous un ciel qui n’y arrange rien, au milieu d’une pléthore de papillons de nuit qui achève de mystifier nos souvenirs.

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© Louis Guibert 

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© Rubens Ben

Samedi, on se balade en calèche du côté du gouffre de l’Antouy, situé en bas du Domaine. Alors qu'on descend la colline, le cocher raconte la légende de cette étendue d’eau dont la profondeur aurait été causée par l’impact du clocher du monastère environnant. Un châtiment divin bien mérité destiné au dernier clerc impie, qui aurait fait manger à sa nièce son propre enfant. Outre la légende, une image du lieu vaudra ici mille mots. Coupés du reste du monde, on commence déjà à se sentir nostalgiques : plus qu’une nuit et demain on repart travailler. « J’aime l’idée que ce festival s’introduise aisément dans la vraie vie. Beaucoup de festivals sont épuisants, on a du mal à récupérer ou à reprendre le boulot le lundi suivant. On veut vraiment qu’au Monticule, on en ressort apaisé, enrichi de nouvelles expériences, musicales bien entendu, mais aussi humaines. » explique Eric l'organisateur. En fait, la musique au Monticule devient presque secondaire, l’atmosphère est bon-enfant, beaucoup sont heureux de se retrouver car ils sont pour la plupart des habitués : aurait-on trouver la « colonie de vacances » des mélomanes ?
On rejoint le camping pour se préparer pour une soirée en compagnie du label Malka Tuti, qui prend le contrôle de la Main Stage, avec ses fondateurs Asaf & Katzi alias Katzele. Bière au gingembre ou vodka mate à la main, tout le monde danse sur la downtempo israélienne aux couleurs tribales, de quoi lancer le mouvement avant le live techno presque incantatoire du duo roumain Khidja. La soirée se poursuit jusqu’à 2 heures du matin avec l’incontesté John Talabot qui hypnotise le public d'un set électro organique. On retiendra l’instant magique où passe un track de Tony Carey, « Enjaw J », issu de son long-format de 1982, Explorer. La nuit ses prolonge sur la scène Pool, où Gilb’r fait une apparition remarquée. Allongés sur le sol, tout le monde se délecte de ces derniers instants sur la colline du Gayfié. Demain on part du camping, on quitte la tribu, et une chose est sûre : on répondra de nouveau présent l’été prochain.