Photo en Une : © Th. G.

« Ouvrir un trou dans la ville. » Derrière le projet de La Base Filante, un tissu d'investisseurs et de concepteurs d'espaces. Un collectifs de collectifs, qui se sont alliés avec une idée en tête : créer un espace extra-terrestre dans le XIe, entre partage et excentricité. Pas étonnant que la mairie de l'arrondissement et Paris-Habitat, office public pour les logements sociaux, soient venus chercher l'agence de projets urbains Earnest en mai dernier, avec qui Arnaud Idelon avait travaillé sur d'autres friches à La Courneuve, au nord-est de la capitale.


 
« Il y avait une emprise de 7000m2 en face du Père Lachaise, en attente d'un projet à venir. Dans ce laps de temps d'un an, ils déploraient que personne ne l'utilise et nous ont proposé d'y faire une friche à ciel ouvert », raconte Arnaud, associé au sein de la coopérative de consultants Ancoats, qui travaille auprès d'une dizaine de tiers-lieux culturels du Grand Paris (Halle Papin, Wonder, La Station-Gare des Mines, 6B, Freegan Pony). Arnaud et ses collègues sont allés chercher un investisseur du quartier : La Brasserie Fondamentale, artisans-brasseurs qui tiennent deux-trois bars dans Paris et une brasserie dans le XIème arrondissement. « C’était important qu’on vienne du coin pour les pouvoirs publics. »

Une fois le projet lancé, il a fallu faire du terrain vague un « un espace de 3000m2 avec un maximum d'usages. Boire des coups, venir en famille, écouter du son, faire du sport ou des ateliers gratuits… Rendre cet espace au quartier », résume Arnaud au téléphone. « On a halluciné quand on a découvert la friche, et décidé de surtout souligner son extravagance ». Résident à La Station-Gare des Mines, l'Atelier Craft a conceptualisé le lieu, installant une scénographie qui met en valeur les cratères de roches grises et les plantes bizarroïdes de ce paysage lunaire. « Avec le bar au centre, le tout va fonctionner par îlots, reliés par des tracés », un peu à la manière des mystérieuses lignes de Nazca, au Pérou. On s'y installera l'après-midi, entre amis sur des sacs de chantier recyclés en poufs.

« Il y aura des ateliers avec les plus jeunes, que les enfants puissent y jouer le mercredi, construire une fusée par exemple. On vise un public familial le dimanche après-midi  ». 

Un collectif de commissaires d'expositions, BLBC (dont Arnaud est co-fondateur) proposera une sélection d'oeuvres contemporaines, installée temporairement sur La Base Filante. « Trapier Duporté, un duo de plasticiens qui fait pas mal d’installations dans des festivals tels que Chateau Perché, va poser un immense miroir au sol. Un geste minimaliste, mais qui va poser un gros problème d’échelle — intéressant pour ceux qui voudront se regarder danser après deux-trois coups » ajoute t-il. Le soir tombant, une nuée de luminaires tout aussi étranges balayera le champ visuel du noctambule qui s'aventure dans la friche. 

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« Il faut impliquer des associations et des collectifs locaux. On ne veut pas être une météorite...» arrivée au beau-milieu du quartier, s'amuse Arnaud, qui s'échine à impliquer les acteurs du coin et « pas juste pourrir la vie des voisins ». « Pour la programmation, c'était donc évident que nous allions faire venir tout l'écosystème qui gravite autour de nous ». Le collectif Pain Surprises sera aux commandes de l'ouverture, le jeudi 5 juillet. Pour la phase finale de la Coupe du monde de football, Pasteur Charles, à la tête du label Le Turc Mécanique, viendra mixer pendant les matchs de foot selon l’affiche du jour : « Du punk anglais quand l’équipe de Harry Kane jouera, de la trap péruvienne si c’est le Pérou » [qui a été éliminé de la compétition depuis, ndlr], précise l'artiste.

Seront régulièrement plantés derrières les platines, qui font face à une imposante église et au boulodrome du quartier, Les Hydropathes records, ce label spécialiste des « wtf » électroniques, avec le duo Mundopal, ses sonorités aquatiques et ses rythmes en accéléré, mais surtout Ovhal 44. Ces astronautes de l'acid, en bleus de travail, sont chacun protégés d'un casque orange avec inscrit « 4 » dessus, et parlent sur leur live comme s'ils étaient engagés dans un périple par-delà les confins de l'univers. Le champs est large pour Arnaud, qui pense à des artistes et des producteurs dont on parle beaucoup à Paris...

Ils ont tout l'été pour faire venir les collectifs de DJ's du quartier. « Notre convention va jusqu’en décembre, mais étant un terrain vague on se dit qu’on va pousser jusqu’à ce que les gens ne viennent plus, en octobre sûrement. » Pour impliquer tout le monde, en plus de la communication d'une mairie à la manoeuvre dans cette affaire, « on glisse un petit A4 aux voisins en expliquant ce qu’on va y faire et comment ils peuvent s’impliquer dedans ». Miracle, un voisin les a même appelés pour leur proposer d'exposer ses œuvres dans la friche. Stratosphérique.

Ils s'appellent La Base Filante, et ils sont au 47 boulevard Ménilmontant, dans le 11e arrondissement de Paris. Ouverts tous les jours, de 12h à 22h, au moins jusqu'à la mi-juillet. Pour plus d'informations, rendez-vous sur leur page Facebook.