Photo en Une : © Manon Martha

Terre de prédilection pour les noctambules, soutenue par son énorme communauté d’étudiants qui ne demandent qu’à danser, Lille attire année après année de nouveaux curieux qui n’ont pas peur de braver le froid du Grand Nord. Face à ce potentiel, plusieurs acteurs de la vie nocturne lilloise proposent de nouvelles initiatives. Décryptage.

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COMALA RADIO

comala anniversaire

Rémy Golinelli / Absolt

Il manquait à Lille sa webradio. C’est désormais chose faite, avec la radio collaborative Comala, en référence au morceau de Brigitte Fontaine. À l’origine, ce sont les DJ's Skevitz et Ango, de l'incontournable duo lillois Supagroovalistic, qui décident d’établir le projet. Très vite, ils suscitent l’enthousiasme de différents acteurs de la scène lilloise (DJ's, disquaires, mélomanes) notamment Wildcake, le DJ qui organise les Domingos à la Biche et le Renard tous les mois. Avec pour maitre-mot le « global groove », Comala Radio propose une large gamme musicale, idéale pour les fans de disco, G-funk, afro, soul, house et autre. Sont également sélectionnés des tracks de la scène beat, hip-hop et RnB avec Dirty Taste et le crew de Beatbliotek. Quasiment open source, Comala réunit plusieurs émissions et sélections grâce à son organisation participative. Parmi celles-ci, Comala Maison, tenue par Wildcake, présente mensuellement un artiste, international ou français, en s’invitant chez lui entre anecdotes et bijoux phoniques. « Le but de l’émission est de partager une rencontre avec un artiste, puis de le laisser passer quelques disques. » Après avoir fêté leur premier anniversaire en mars dernier, aux côtés de pointures telles que les Too Many Zooz, Young Marco, Voilaaa ou Red Greg aux Maisons FoliesComala invitait dernièrement Pablo Valentino et Antal au Magazine Club. Ainsi, la webradio est parvenue à occuper en un an une place de choix dans le cœur des Lillois. 

VINYL DEALER

vinyl dealer

Lancé en 2016, Vinyl Dealer est un disquaire géré par Seb. Trax avait d'ailleurs eu l’occasion de s'entretenir avec lui au moment de l'ouverture. Ses derniers arrivages sont chaque jour présentés sur la page du shop entre funk, house, italo, acid, techno... Un véritable coin intimiste où il est agréable d’aller digger, bien entendu, mais dans lequel il n’est pas rare de rencontrer d’autres passionnés, organisateurs et artistes pendant des sessions in store et autres befores organisés par Seb : « Avant Internet, les gens se réunissaient chez le disquaire pour savoir quelles étaient les soirées du weekends. On n'a plus besoin de ça maintenant, mais je voulais toujours qu'au-delà des vinyles, ça reste un endroit de rencontres pour tout le monde ». Et pour cause : Seb est partout, à la fois moitié du duo Too Many Cars et cofondateur du label éponyme aux côtés de Maxime, il cumule les casquettes. Avec Too Many Cars, tous deux ont récemment sorti un premier EP, Heroes, orienté italo disco. « Il représente bien les valeurs de la fête selon nous, des kicks appuyés, des basses qui ronronnent et des synthés kitschs qui donnent envie de danser sans retenue. On commence à être pas mal de DJ's à Lille à en jouer. » Avec environ six dates par mois entre la Biche et le Renard, la Relève, le Baron et la Gare Saint-Sauveur, et plus récemment en Boiler Room, il est devenu impossible de passer à côté de cet acteur central de la scène lilloise.

DON'T KILL MY VIBE

dkmv
Manon Martha

Brunzi, Drec, Da Michelis : des noms plus que familiers du public Lillois. Membres du collectif Don’t Kill my Vibe fondé en 2016, ces trois passionnés de house old school 90’s-2000 avaient déjà l’ambition de faire découvrir ce style musical auprès de la scène lilloise, avant même son regain d’intérêt. Après s’être pris des claques aux soirées Mona ou encore au Djoon, le collectif décide d’organiser des soirées similaires, d’abord au Baron, puis à la Relève, dont Brunzi est également résident à l’année. « Dans nos soirées, on prenait le parti d’inviter des DJ's avant d’être des producteurs, pour nous faire découvrir de nouveaux morceaux. Aujourd’hui, on est en train d’envisager de développer deux types de soirées, maintenir ce qu’on avait avant et proposer un univers qui se rapproche plus de celui de Quentin (Da Michelis) c’est-à-dire dark/new wave, synthpop et un peu italo » explique Brunzi. Après une scène au LAPS festival du collectif La Classique, plusieurs dates sur Lille, auprès notamment du Chant des Machines et du collectif Mat Trang que Trax a déjà présenté dans un article précédent, le collectif est omniprésent : « On cherche à pousser les gens à chercher toujours plus loin dans les références et donner envie au public lillois d’aller digger au-delà des tendances musicales actuelles ». Une noble cause.

CTW Podcast

ctw
Rémi Fosse

À l’origine, CTW était un rassemblement de mélomanes lillois, formé afin de passer des commandes groupées de vinyles pour adoucir les frais de port. « C’était vraiment sympa, on se retrouvait tous ensemble pour écouter nos achats » se souvient Maï-Linh, qui, seule aux commandes, est derrière tout ça. Aujourd’hui, CTW s’est converti en chaine de podcasts. On y trouve des collectifs locaux, ainsi que la plupart des artistes invités dans la ville, Maï-Linh souhaite « défendre une musique ouverte, de la minimal à l’italo, en combinant des nouveaux DJ's à des plus expérimentés ». De quoi se faire une bonne idée globale des incontournables du paysage musical lillois, hors scène techno. En plus de gérer sa chaine, Maï-Linh passe aussi volontiers derrière les platines, notamment pour des all night long de la Relève, ou plus récemment pour un open air de Cokpit à l'occasion de la fête de la musique. Son univers est à retrouver sur sa chaine favorite : Imported

Lezart Records

lezart records

Fondé en 2015 par Eloi Sterba aux côtés de Valentin Russo et Mahaut Pascalis, Lezart Records est un label prometteur, revendiqué éclectique et mettant en valeur plusieurs univers de jeunes artistes français. Avec six sorties qui oscillent entre indus expérimentale, house ou techno mentale, Lezart couvre une large palette musicale en gardant une réelle exigence. « On a des influences de beaucoup d'artistes et de styles différents comme Laurent Garnier, CJ Bolland, Ben Sims, ou Dennis Ferrer pour ne citer qu'eux. On peut très bien sortir des morceaux plutôt house, micro, comme des morceaux techno et indus ». Soucieux de proposer des alternatives dans la capitale des Flandres, Lezart est à l’origine des évènements Mayday et GRVTY : « On s’adresse à toutes les personnes qui ont envie d’une véritable expérience sensorielle lors d’un événement ». Prochainement, le label prépare une 7e sortie prometteuse avec l'EP New Era de Ket Robinson, récemment signé sur Variance. Cet EP sera accompagné de cinq remix produits par trois artistes français : Greg Denbosa, Mathys Lenne et Mekano, ainsi que le Belge Man Outta Space et l'Italien Archivone

The Lab Factory

lab factory

Il y a deux ans, une bande de potes décide d’organiser des soirées, en investissant régulièrement une grande cave d’un immeuble sous le nom de The Lab Factory. Avec quelques DJ's dans la team, leurs soirées alternent techno indus et house micro/minimal, en fédérant un public majoritairement étudiant. Alors que la cave devenait impossible à exploiter davantage, le crew décide de déplacer ses soirées en clubs et de manière percutante, avec Achille Coulon aka H de chez KTK, et Axel Picodot, résident des soirées Distorsion au Steelyard à Londres. Après une dizaine de soirées depuis septembre dernier, ou d’autres évènements avec des noms tels que DJ Steaw, le Roumain Octave, ou encore Paramod. The Lab Factory n’hésite pas à monter une soirée en une semaine si nécessaire : « C'était celle avec Paramod, et c’était l’une des meilleures, je pense. Pour la scénographie, on a pris des mannequins afin de leur mettre des masques à gaz et des combis de sécurité, c’était simple, mais ça a tout de suite plu, les gens étaient dingues ce soir-là, j’ai reconnu un certain esprit warehouse » raconte Thomas Charbon, coprésident du Lab Factory

Ces nouveaux acteurs viennent s'ajouter à l'émulation artistique de quelques protagonistes, dont la réputation n'est plus à faire dans la ville. Des grands rendez-vous annuels, à l'image du Name Festival et des Nuits de la Filature, jusqu'aux défenseurs de minimal roumaine de chez Gaazol, en passant par le crew de La Classique à l'origine du Laps Festival, Lille est plus que jamais une ville culturelle en pleine effervescence musicale.