Photo en Une : © Marie Staggat


Wet Will Always Dry c’est une évidence. Avec le premier format long pour son alias Blawan, Jamie Roberts prend confiance en lui. Après avoir été propulsé au premier rang des jeunes producteurs de bass music et de dubstep, avec des EP chez R&S ou Hessle Audio, le DJ venu du nord de l’Angleterre a multiplié les alias et les « side-projects ». Avec Pariah, seuls les logiciels sont employés sous l’alias Karenn. Sous le nom de Kilner, ses expérimentations prennent la forme d’un EP sorti chez Avian. 2015, année de rupture. Avec la fondation de son propre label Ternesc cette année-là, Blawan entame une dérive techno qui va le conduire aux portes du fétiche Berghain. Avec quatre maxis sortis depuis, ses sonorités sont de plus en plus accoudées à celles de Marcel Dettmann, d’Answer Code Request et des autres chefs de file du label Ostgut Ton. Aujourd'hui, ce sont finalement huit titres pour un album "consécration" qui rejoignent les bacs, pour celui qui, à 31 ans, avoue avoir failli mettre fin à sa carrière il y a quelques années...

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Quand tu as écris Wet Will Always Dry, quel était ton état d’esprit ? Qu’est-ce qui t’a fait penser que c’était le bon moment ? 

J’ai écrit cet album en l’espace de deux mois, en janvier et février – je prends toujours des vacances au début de l’année. L’idée était simplement de travailler dessus tous les jours, de rester concentré sur l’album. Quand j’ai fini de composer mon dernier EP, Nutrition, j’étais content du son qu’il rendait, et j'ai pensé le tourner en un album. Mais je n’avais pas de temps, je devais attendre un peu. J’ai donc utilisé mes vacances pour passer du temps en studio, et travailler sur cet album, qui est une suite à NutritionJe dirais qu’il y a très peu de différences entre celui-ci et l’album : leur ambiance est vraiment connectée, ils vont dans le même sens.

Selon toi, quels sont les principales différences entre Nutrition et Wet Will Always Dry d’un côté et tes précédentes sorties de l’autre ?

C’est simplement la manière de travailler chaque track. J’avais une idée de la tonalité des titres, de leur couleur. Nutrition a été le premier de mes EP's où j’ai senti que j’atteignais des sonorités que je serais heureux de prolonger. Alors qu’avant, chaque EP était presque une expérimentation : c'était de bons titres, mais j’ai toujours senti que je devais avancer, et passer au prochain. C’est pour ça que l’album est arrivé. 

Nutrition et l’album ont été produits de la même manière quasiment. Ils ne sonnent pas pareils, et je pense que chaque track diverge des autres, mais l’idée générale est la même. Le matériel aussi. C’est comme ça que je travaille : un EP n’est pas juste une idée nouvelle, c’est l’ensemble du processus de production qui est différent. 

Niveau matériel, qu’est-ce qui a été différent ? 

Les boîtes à rythmes, les effets, les distorsions… C’est toujours très compliqué, nous ne sommes pas obligés de parler ça [rires]. Nutrition et l’album ont été produits à partir de synthétiseurs modulaires. Les précédents EP's, c’était différentes sources. Là, c’est du pur modulaire.

Même les beats ?

Oui, tout ! Il y a beaucoup de traitement, et je passe pas mal de temps à travailler sur chaque son individuellement. 

Tu dis souvent que le rythme, c’est le principal. Qu’en est-il maintenant que tu utilises du modulaire ? 

Je pense toujours que le rythme est primordial, mais c'est vrai que je n’ai plus le temps d’expérimenter chaque rythme. Aujourd’hui je fais de la techno de cette manière, dans mon studio. Mais rien n’est fixé, ça pourrait changer dans le futur ! La techno que je produisais il y a trois ans est très différente des choses que je fais aujourd’hui... 

En 2016, tu as dit : « J’espère ne pas faire un album destiné aux dancefloors, mais plutôt faire un album plus expérimental. » Que s’est-il passé depuis ?!

Ce n’est pas un album expérimental du tout ! Et je suis content de ça, honnêtement. Le fait est que j’ai beaucoup d’autres projets... Certains connus, d’autres non. Faire un album expérimental, et complètement changer les sonorités que je fais depuis maintenant neuf ans, ce ne serait pas une bonne chose. Ce serait aller à contre-sens de la musique que je produis, alors que cet album est l’accomplissement de ce que j’essaie de faire ces dernières années. Je fais de la musique pour les clubs, je ne suis pas un producteur expérimental. Il y aura des choses plus expé qui viendront pour Kilner, quel que soit le format. Pour Blawan, je ferai toujours de la musique dédiée au clubbing. 

Un choix de carrière en somme… Est-ce que la décision de faire cet album l’était également ? 

Non, pas pour l’album. Si ça avait été une décision pour ma carrière, je l’aurais sorti depuis longtemps ! J’essaie de me concentrer sur ce que j’ai envie de faire, pas quelque chose que je suis forcé de faire... Sur l’album, il n’y a pas un seul titre qui ressorte des autres. C’est vraiment une de collection, un ensemble de musiques. 

Tu t’es installé à Berlin depuis 2015. Comment la ville a influencé ton travail ? 

Changer de ville, ou de pays, ça t’affecte beaucoup oui. Et de plein de manières différentes. Déménager a eu un impact très positif sur ma vie et dans la manière dont j’appréhende la musique et la communauté musicale de Berlin. Je me suis débrouillé pour avoir un studio par exemple.

Je vis ici avec ma copine, je passe beaucoup de temps avec elle et, sinon, dans mon studio. Cette vie est peut-être plus solitaire qu’avec mes cinq colocataires de Londres, mais je deviens plus pointu niveau musique, je fais de meilleurs sons comme jamais auparavant… Et puis il y a beaucoup de liberté ici, pas de pression.

Depuis 2015, ta musique a changé… 

Je vivais à Londres depuis 2008. Il y avait beaucoup de choses dans ma vie personnelle... Bref, j’en avais quasiment fini avec la musique pour être honnête ! Bouger à Berlin m’a fait recommencé ma vie à zéro. J’y ai trouvé un nouvel ensemble d’inspirations, quelque chose que j’avais perdu à Londres...