Photo en Une : © David Boschet

Du soleil comme s’il en pleuvait. Il aura fait beau toute la journée du mercredi 9 mai dans le Finistère. Mais, la nuit tombée, le crachin s’abat sur l'ange Gabriel qui fait tout juste son retour au sommet du château de Keriolet. La météo ne démotive pas les furieux. “Qu’il pleuve, qu’il vente, qu’il neige, on sera là”, s’amusent deux mecs à l’arrière d’une 206. Dans le coffre, deux gros caissons crachent le bon vieux Jaguar de Dj Rolando. À s’y méprendre sur la marque de la bagnole. Le titre mythique attire quelques festivaliers venus danser à l’arrière du véhicule sonore. Pourtant, à l’entrée du parking, une grande pancarte notifie que tout sound-system sauvage n’est pas le bienvenu au risque de se le faire saisir. “L’année dernière, nous avions posé notre sound-system sur le parking au petit matin en after, c’était le feu ! Mais cette année, les gars d’Astro nous ont dit que cela serait trop risqué par rapport à la mairie et à la préfecture”, déplore Luc de Submarine prøject. D’où la filouterie des gars de la Singerie. Quelques membres de ce collectif brestois ont préparé un sound-system embarqué “pour accompagner l’apéro”. En cas de problème, tout est prévu : “On ferme le coffre, on éteint la bagnole. Ça prend 2 secondes. Ni vu, ni connu”, explique un des protagonistes pas peu fier de son coup.

Sur le site, les aventures ont déjà commencé. 22h30, Blutch s’occupe d’ouvrir la cour. “Pour une fois que j’avais préparé mon set, glisse le DJ local, encore émerveillé après son passage. C’est incroyable. C’est un des meilleurs line-up de Kériolet à mes yeux et j’en fais partie.”

spring astropolis

Dans la crypte, Astro laisse les commandes à Radio Lune, un des nombreux collectifs qui participe à l’effervescence des soirées électroniques sur la région. Se joint à eux, MMPP de Midi Deux, autre fleuron de la fête en Bretagne. Du côté de la cour, même s’il ne peut pas rester pour la fin du spectacle, Sweely tire le même constat pour son premier live en Bretagne. “Putain, c’est fou comment les gens sont chauds. Je suis conquis”, glisse doucement le jeune Niçois avant de quitter la soirée à contrecœur.

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"Une énergie magique"

Les yeux écarquillés, ils les avaient tous en descendant de la scène de Kériolet. Bien que la plupart d’entre eux ont pour habitude de jouer devant plusieurs milliers de personnes, aucun n’avait eu le privilège d'ambiancer la cour du château breton. DJ Bone, Seth Troxler, Sweely ou encore Blutch, le p’tit gars du coin, tous affichaient la même expression. Un sourire béat mêlé à une sensation de découverte. “Cette énergie est magique ! Tant de personnes ont payé leur ticket sans savoir qui ils allaient voir jouer. C’est unique”, lâche DJ Bone, en laissant les manettes à Seth Troxler.

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Ce dernier jouait, deux jours plus tôt, au pied du château d’Apigné à Rennes pour le Cercle. Le DJ set était retransmis en direct sur Facebook pour plusieurs milliers d’internautes. En se rendant au fin fond du Finistère, l’artiste américain s’est confronté à une autre facette de la Bretagne : “Il y a un certain état d’esprit punk ici”, constate Seth Troxler qui clôt la fête sous le soleil breton du mois de mai.

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Alors que la mélodie de Luv’ Dancin parcourt la foule, deux membres du public se glissent au travers des grilles de l’escalier en colimaçon et montent tout en haut du château. Une performance appréciée par leurs compères restés en bas à qui ils adressent de grands signes de bras, mais un peu moins par la sécurité qui les invite gentiment à redescendre.

Kériolet sur Mars ?

Un moment hors du temps qui rappelle à quel point le public d’Astropolis est à part… Mais cette soirée ne serait pas non plus possible sans la contribution du maître des lieux. Tout comme le public, Christophe Levêque, propriétaire du château de Kériolet, apparaît comme un des piliers de la Spring. Alors que les furieux convergent tranquillement le parking pour vider leurs dernières réserves d’énergie au cul d’une 206, Christophe se pose au coin d’une cheminée du château et revient sur sa vie. Un autre instant lunaire en plein jour pendant lequel le châtelain confie avoir choisi la Bretagne pour sa “tranquillité”. S’intéressant de près à l’Intelligence artificielle et à l’espace, il finit la discussion en imaginant “un château de Kériolet sur Mars. Eh bien, pourquoi pas ?”