Photo en Une : © D.R.

Le raid s’est déroulé dans la nuit du 11 au 12 peu après minuit. Cagoulées et armées, les forces de l’ordre ont fait intrusion dans deux clubs de Tbilissi, Cafe Gallery et Bassiani, le « Berghain » de Géorgie. Comme dans plusieurs pays d’ex-URSS, le développement de la vie nocturne à Tbilissi et l’engouement grandissant pour les musiques électroniques – Resident Advisor consacrait déjà en 2016 un focus à sa scène – se heurte à une politique conservatrice et répressive, notamment en matière de consommation de drogues et de droits LGBTQI. « [En Géorgie, certains] voient la culture club comme quelque chose de débauché et d’immoral », a déclaré Giorgi Mshvenieradze de l’ONG Georgian Democracy Initiative à Radio Free Europe au lendemain du raid.

L’intervention de la police faisait ainsi suite au récent décès de 5 personnes, supposément des suites d’overdoses – et les clubs sont en pleine ligne de mire. Dans un communiqué, Bassiani fait état d’une soixantaine d’arrestations, dont celle de ses deux fondateurs Tato Getia and Zviad Gelbakhiani – selon certaines sources, ce dernier aurait été violenté. La police indique quant à elle avoir arrêté 8 trafiquants de drogue. Un fait questionne cependant la méthode et l’objectif réel de l’opération : la défenseure des droits de Géorgie, Nino Lomjaria, après s’être entretenue avec les détenus, a déclaré à la télévision locale que ces derniers avaient été appréhendés plusieurs heures avant les raids.

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Pour protester contre ces arrestations, une démonstration de force qualifiée de « provocation », la jeunesse géorgienne s’est rassemblée devant le parlement dès le lendemain matin. Selon Radio Free Europe, près de 4 000 personnes étaient présentes. Parmi elles, les activistes du mouvement White Noise, qui milite pour la décriminalisation des drogues, ainsi que les fondateurs du Bassiani, tout juste libérés. À 13 heures, ils tiennent une conférence de presse et réclament la démission du ministre de l’Intérieur, à l’origine du raid, et du Premier ministre géorgien, Giorgi Kvirikashvili.

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Le rassemblement s’est mué en rave party lorsque les DJ’s du Bassiani ont installé une sono et des platines sur les marches du parlement. Les personnes présentes ont dansé jusqu’au bout de la nuit, brandissant des pancartes aux slogans évocateurs : « We dance together, we fight together ».

Le lendemain 13 mai, un camp a commencé à se former, que la police a immédiatement entrepris de démanteler. L’incident cristallise la colère d'une jeunesse progressiste n’entend pas courber l’échine face aux politiques autoritaires en place, et pour laquelle la culture club est devenue l’un des nombreux vecteurs d’émancipation.