Photo en Une : © Behringer


Par Arnaud Wyart

Chaque mois, Trax et Stars Music vous font découvrir une entreprise qui a marqué l'histoire de la musique électronique. Retour cette fois sur Behringer, le constructeur allemand low cost, qui risque bien, contre toute attente, de bouleverser le marché des synthétiseurs analogiques. Malgré des ventes impressionnantes et un nom connu de tous, Behringer a toujours été critiquée pour la soi-disant mauvaise qualité de ses produits. L'entreprise est ainsi restée cantonnée à la catégorie « entrée de gamme », réservée aux DJ’s et producteurs débutants. Une réputation pour le moins contrastée, puisque les Daft Punk utilisaient des contrôleurs Behringer lors de la tournée en 2007. Alors pas de quoi ébranler – bien au contraire – le succès économique du constructeur allemand, devenu dans les années 2000 une véritable multinationale (avec notamment l’acquisition de Coolaudio et sa technologie d'amplification haute puissance), présente dans une dizaine de pays et qui fait désormais fabriquer ses produits en Chine.

Derrière le succès de la marque, on trouve un certain Uli Behringer, né en 1961 à Baden (Suisse). Ce personnage atypique a toujours été passionné de musique et de technologie. Étudiant le piano, le jeune Uli aime également bricoler des machines après les cours. Jugeant trop médiocre le matériel proposé à son université, lui vient alors l'idée, en 1977, de concevoir son propre synthétiseur analogique. Il s'agit du légendaire UB-1, avec ses deux oscillateurs et un filtre « raté », lui-même tellement instable qu'il se comportait comme un troisième oscillateur. Une machine incroyable et sauvage, culte. Mis au courant de ses talents pour l'électronique, ses camarades commencent rapidement à lui passer commande (pour des reverbs, des racks d'effet, etc.), à tel point que les seules mains d'Uli finissent par ne plus suivre la cadence. Finalement, il décide de fonder une véritable firme (avec son célèbre logo jaune) et une chaîne de production à Willich, toujours en Allemagne. Nous sommes alors en 1989, mais malheureusement, exit les synthétiseurs analogiques. Selon Uli Behringer, le UB-1 et ses plans ont été perdus lors d'un déménagement de l'entreprise. Dès ses débuts, Behringer se spécialise donc dans l'équipement audio généraliste (amplis, enceintes, tables de mixage, micros et même des éclairages). Cela ne l'a pas empêché de sortir quelques pièces pour la production, notamment des compresseurs et des pianos numériques. Elle fut également l'une des premières à sortir toute une gamme de contrôleurs Midi. Mais Behringer a surtout construit sa légende autour d'une véritable philosophie, quel que soit le matériel : toujours proposer des tarifs très accessibles. Une politique commerciale efficace, mais qui a rapidement terni l'image de marque de Behringer, qui a acquis une réputation low cost difficile à contrecarrer, malgré la réelle qualité de certains produits. Mais Uli Behringer a su être patient. Lui qui a toujours rêvé de fabriquer du matériel analogique, tout en conservant des tarifs proches du plancher, semble avoir enfin réuni les éléments pour y parvenir. Aujourd'hui, l'entreprise Behringer appartient à Music Group, une holding gérée par Uli Behringer qui possède également des boîtes de pointe comme Klark Teknik, Bugera et Turbosound, la célèbre designer de sound-systems. Stratégiquement bien vu.

Un clone de Minimoog meilleur que l’original

Ces références apportent des compétences à l'entreprise allemande, mais aussi du crédit, et celle-ci en a bien besoin. En effet, lorsque le public a appris le retour d'Uli Behringer sur le marché des synthétiseurs, quarante ans après l'UB-1, le pari était loin d'être gagné. L'année dernière, Behringer sortait ainsi le Deepmind 12 (avec justement l'aide de Klark Teknik et de Bugera), un modèle polyphonique de bonne facture, mais pas encore au niveau de la concurrence. L'accueil fut très mitigé. Puis, le fabricant allemand a annoncé le clonage de machines analogiques classiques, et pas des moindres (démarche controversée mais légale puisque les brevets portant sur la technologie sont expirés), à commencer par le si convoité Minimoog Model D, sorti en 1978 et que l'on retrouve sur les disques de Jean-Michel Jarre, Dr Dre ou Herbie Hancock. Evidemment, peu y croyaient et pourtant, à l'écoute du Behringer D, on ne peut que se rendre à l’évidence. Ce petit module n'a en effet rien à voir avec le Deepmind 12 et il est loin d'être une simple copie du Model D original. Le son est tout simplement dément. La version semi-modulaire de Behringer, avec ses trois oscillateurs, fait même mieux que la réédition Moog sortie il y a un an. C'est dire. Sans compter que le D coûte 10 fois moins cher ! Cette fois-ci, Behringer dépasse largement le niveau des Roland Boutique et consorts. « Le D sonne exactement comme l'original de Moog. C'est normal, ils ont utilisé les mêmes composants et plans conçus par Bob Moog il y a des décennies. Et ne vous fiez pas à sa petite taille, la basse du Behringer D est vraiment massive et son filtre sonne de manière phénoménale. Ce n'est pas un Minimoog, c'est un putain de Minimoog », résume ainsi Kenny Larkin, qui a comparé les deux modèles.

Ironie du sort, le très respecté Moog risque bien de se voir dépassé sur son propre terrain par le vieux Behringer et sa réputation « cheap ». Force est de constater que la success story allemande continue et qu'elle n'est pas finie : les nouveaux « clones » prototypes d'Uli ont déjà été révélés, recopiant des machines cultes à un prix annoncé jusqu'à dix fois moins cher que les fameux ARP 2600, ARP Odissey, Oberheim OB-Xa, Sequential Circuits Pro-One ou encore le vocodeur Roland VP-330. Rien que ça... Behringer, futur acteur majeur de l'analogique ? Qui aurait parié un kopeck là-dessus ?

Pour connaître les caractéristiques de ces machines, rendez-vous sur stars-music.fr