Photo en Une : © D.R.

Lors de la création de sa chaine il y a deux ans, Grégoire ne se doutait pas une seconde de l’ampleur que ce projet allait prendre. À l’origine, le but de cette chaîne YouTube était simplement de faire découvrir au public les nouveautés house et les artistes du mouvement. Aujourd’hui, la chaîne s’étend et se transforme en Houseum Records, avant de devenir organisatrice de soirées. Deux nouvelles fonctions qui suivent aussi cette volonté de promouvoir le renouveau de la scène house. Et parce qu'il ne compte pas s'arrêter en si bon chemin, Grégoire a même ouvert une seconde chaîne, Pretiosum, spécialisée dans les musiques house à sonorités africaines et traditionnelles. Trax a tenu à savoir comment l'homme réussissait à s'organiser face à cette charge de travail colossale.

Combien reçois-tu de tracks par jour ?

Aujourd’hui, je peux recevoir 10 à 40 tracks par jour. Voire des EP's entiers quelquefois. J’ai fait ça pour le fun au début, je n’avais pas vraiment d’idée ni de projet derrière. Je voulais juste partager et faire découvrir des sons que je trouvais cool. Ça a décollé à une telle vitesse que depuis un an et demi, c’est un job à temps plein. On me contacte de partout et vu que je suis tout seul sur le projet, c’est souvent fatiguant. Je fais au mieux pour me débrouiller. J'ai mes bons potes qui m’aident pour les soirées, donc ça va. Pour le moment, j’arrive encore à gérer, même si ça grandit vite. Là je me lance dans un truc un peu plus ethnique et techno oriental, ça marche super bien aussi, ça s’appelle Pretiosum.

Comment choisis-tu tes artistes ?

Si je publie, c’est vraiment si j’aime bien et/ou que ça peut marcher. Souvent, je reçois des tracks que j’adore mais qui ne rentrent pas toujours dans la direction artistique de la chaîne. Je poste mes coups de cœur, même si je sais que ça ne va pas toujours marcher. D’autres fois, au contraire, des tracks que j’aime un peu moins, mais qui, elles, vont plaire. En fait, tout ça c’est un peu stratégique. Même si principalement, je publie ce que j’aime. Maintenant, il y a un peu plus de genres différents. Je grandis doucement, et je n’hésite pas à mettre peu plus de disco, de jazz, c’est assez varié. J’ai eu des bons retours sur tous ces styles qui changent un peu. Forcément, ça reste de la house, d’où la création de Pretiosum, parce que ça arrive trop souvent que je reçoive un très bon son et que je le refuse parce que ne correspond pas à la chaîne Houseum.

Tu arrives à tenir le rythme ?

J’arrive aux 100 000 abonnées, mais je publie un track par jour, pas plus. Avant j’étais complètement accro, je publiais 4 voire 5 tracks en une journée. Depuis janvier, j’ai décidé de calmer le jeu. Ça tourne à une, ou deux, si je tombe sur un gros label qui a besoin d’une publication rapidement. J’essaie de prendre un peu de temps pour moi en ce moment. Et puis, ça suffit largement une par jour. Comme ça les gens se font leur petit rituel. S’ils ne viennent pas voir la chaîne pendant deux semaines, ça ne fait pas trop de contenus à rattraper.

Comment le succès YouTube est-il arrivé ?

Là où ça a bien décollé, c’est que j’ai pu balancer des sons d’artistes qui étaient pas mal connus, voire en vogue, et qui m’ont recontacté pour que je continue à leur mettre des premieres. Ce sont ces tracks qui ont explosé le nombre de vues et surtout fait connaitre ma chaîne. Une fois que ça s’était lancé, les gens se sont rendus compte qu’il y avait un truc qui arrivait, qui proposait du bon contenu. Certaines ont même atteint les 2 millions de vues. À partir de là, c’est YouTube qui m’a fait apparaitre dans les suggestions. Je ne sais pas trop comment ça marche ces algorithmes, je mets juste mes tags et ça se lance tout seul. Je me pose la question tout le temps, parce que je vois mes vidéos partout. Du coup, forcément, derrière j’ai pu me développer.

Le logo, ça a joué ?

Je l'avais trouvé, comme ça, sur Internet, mais je ne m’attendais pas du tout à ce que ça devienne autant symbolisé et que les gens l’associent à ce point à la chaîne. Donc j’ai contacté la personne qui l’avait dessiné, et elle m’a dit que je pouvais l’utiliser mais pas à d’autres fins. Je voulais le garder pour le label et le reste, mais j'ai beau avoir réessayé, je n’ai plus jamais eu de réponse... Donc j’ai créé un nouveau logo pour le label. En soit, ça n’est pas plus mal. De cette manière, les gens pourront le dissocier de la chaîne. Les deux se ressemblent, je voulais au moins qu’on reconnaisse le délire qu’il y a autour de Houseum.

Chaîne(s), label, organisation de soirées... C'est pas un peu trop ?

Ça fait beaucoup de choses à la fois, mais tu es obligé de passer par là si tu veux donner de l’ampleur à ton projet. L’objectif serait qu’Houseum devienne une marque à part entière – que ça soit un média, un label, un organisateur d’évènements... Je me lance dans tout ça pour que dans un ou deux ans, les gens d'un peu partout nous connaissent. Là, on est encore loin d’y être. J’aimerais bien aussi faire des choses à l’étranger. On m’a proposé Londres, l’Irlande et la Belgique, mais je ne mixe pas en soirée moi, je mixe chez moi pour le fun. Je préfère gérer la scène de derrière, en backstage.

Comment as-tu réussi à transformer ton audience en véritable public de tes soirées ?

C’est là justement que je me pose la question. Il faut savoir que, sur YouTube, tu as un peu tous les publics possibles. Il n’y a pas que les abonnés qui viennent écouter les sons. Le plus rassurant, c'est que 30% des abonnés de la chaîne sont français.. Donc je me dis que la conversion virtuel/réel va pouvoir se faire. Le reste, c’est un peu Royaume-Uni, Allemagne qui suit derrière. Je reçois des mails en français, et j’ai la chance d’être à Paris. Les gens savent que je suis ici, je suis en contact avec tous les labels de house français. En fait, j’aimerais bien rester dans le même objectif que la chaîne : faire découvrir des artistes. Le but, ce n'est vraiment pas de ramener Kerri Chandler, par exemple. J’aimerais bien que les gens se disent que la chaîne est cool et donc que la soirée aussi. Ça sera le test, on verra.  

Il y a beaucoup de concurrence ?

En soit, il n’y a pas vraiment de concurrence entre les chaines. En tout cas moi, je suis pas là-dedans, je fais mon truc et toujours dans une bonne ambiance, de préférence. Entre nous, il n’y a pas de meilleur ou de pire – c’est des façons différentes de faire pour chacun donc autant s’entraider.

Tu vas faire ta toute première soirée avec Laurence Guy vendredi 11 mai, tu te sens comment ?

Ça dépend des jours. Il y a des jours où je suis vraiment serein, d’autres un peu moins, voire très stressé. Je me dis qu’avec les jours fériés de mai, les gens vont partir, mais bon, on est à Paris donc il y aura forcément du monde, quoi qu’il arrive. J’ai plus hâte que ça commence vraiment. Ça annonce le lancement du label. Le grand saut. Surtout au Djoon, c’est un club que j’affectionne particulièrement, et j’avais vraiment envie que ma première fois se fasse là-bas.

D'autres projets ou sorties à venir ?

On est en plein dans la sortie de nos premiers vinyles, avec des artistes comme Bellaire et Subjoi. Ça devrait sortir fin mai/début juin on l'espère, et puis j’ai plein d’autres projets en tête que je garde encore pour moi. Vinyles déjà, et digital un peu plus tard. Pour le reste, surprise.