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Par Ben Vedren

Les outils techniques qui permettent de créer de la musique offrent la possibilité de retravailler à l’infini ses morceaux, même plusieurs années après les avoir enregistrés. Or, ce superpouvoir possède autant de qualités que d’effets pervers. Cela retarde sans cesse la finalisation d’un morceau, et fait surtout perdre le feeling original. Ainsi, il m’est arrivé de reprendre un morceau pour tenter de le perfectionner… et de revenir finalement sur la première version parce que je perdais la spontanéité de l’idée de départ. Mon mood était complètement différent, je n’étais plus dedans. Or, d’après mon expérience, 80 % à 90 % d’un morceau se construisent au moment de sa création. Ces moments d’inspiration viennent et on ne les contrôle pas toujours. Il faut donc optimiser le processus pour capturer le moment créatif et faire en sorte d’arriver à l’objet fini le plus rapidement possible, tout en ayant le moins de choses à retravailler derrière.

Capture, une fonction libératrice

Je suis passé par d’autres logiciels avant Ableton Live. Des DAW (pour digital audio workstation, ndlr) assez figés, où il faut sans cesse faire « play », « stop », revenir en arrière, qui ne permettent pas de jouer du logiciel comme d’un instrument. Sur Live, je « joue » mon morceau, et l’enregistre, directement à partir de l’interface, ou mieux, sur contrôleur. Et ça peut se faire de manière ininterrompue : il est possible d’enregistrer une ligne de basse puis de la mettre ensuite en boucle sans avoir à arrêter la musique. Cela crée un flow créatif ininterrompu, c’est superagréable pour bosser, ça permet de capturer ce moment inconscient et instinctif, lorsque ça te vient et que tu ne réfléchis presque plus à ce que tu fais. Avec Ableton Live 10 et la nouvelle mise à jour, il y a cette nouvelle fonction qui est fantastique, et je crois inédite, qui s’appelle justement Capture. Celle-ci permet d’enregistrer ce que l’on joue, sans même démarrer l’enregistrement. C’est souvent le problème lorsque l’on trouve une bonne idée musicale et qu’il faut ensuite la refaire pour l’enregistrer : lorsqu’on appuie sur « record », il y a ce petit stress de refaire exactement ce qu’on vient de trouver. Souvent, ça ne ressort jamais aussi bien que la première fois, et c’est décevant. Avec Capture, tu pianotes deux ou trois trucs sur ton clavier Midi pour chercher l’idée, et quand tu appuies sur un bouton, Live te ressort exactement ce que tu viens de jouer, alors même que tu n’étais pas en enregistrement. Ça libère complètement de ce stress, et ça « capture » ce moment où l’on est vraiment dans un processus de création. C’est ce que je fais : j’enregistre mes arrangements, je les joue vraiment, et une fois que je le fais bien, il n’y a plus grand-chose à faire ensuite. Mon écriture est déjà là.

Essayer de capturer ces « moments » m’a permis d’aller plus vite dans mon processus, où la rapidité est une clé. Plus cela prend du temps de coucher ses idées, et plus on risque de s’écarter et de décrocher. Je le vois avec mes élèves, ceux qui débutent et n’ont pas assez de technique commencent quelque chose puis le laissent tomber parce qu’ils bloquent. C’est dû à ça. Il faut une rapidité dans l’exécution, sinon tu décroches. Cette méthode et ces outils permettent de rester dans son flow créatif. 

Ben Vedren a sorti courant avril son maxi MXA sur son label Reduce, et un various EP avec Chez Damier et Ron Trent sur Balance Traxx.