Photo en Une : © BatVision

À Tours, les rendez-vous sonores itinérants de Thomas, Enzo et Arnaud, tous coorganisateurs des Îlots Electroniques, sont les plus animés de la ville. Accueillant aujourd’hui plus de 5 000 spectateurs, ils constituent un projet singulier et ouvert à tous : des dimanches après-midi dans les plus beaux parcs, au soleil, avec une scène dédiée aux DJ's locaux. En s’inspirant du collectif parisien 75021, les Îlots proposent des rendez-vous dominicaux techno et house dans une ambiance d’abord familiale. Un moyen, aussi, de démonter les préjugés qui entourent encore la musique électronique dans les endroits où elle est peu implantée.

Les Îlots Electroniques en arrivent aujourd’hui à leur 23ème édition, à raison de six organisées chaque année. Une fréquence qui devrait diminuer, puisque Thomas et les autres bénévoles souhaitent désormais se focaliser sur des évènements de plus grande envergure. Un véritable challenge pour ce projet gratuit et autofinancé. Une année 2017 difficile et un attachement à ce modèle indépendant ont amené le festival à lancer un financement participatif pour concrétiser leurs ambitions. (vous pouvez y participer jusqu’au 24 mai prochain sur KissKissBankBank). Trax s’est entretenu avec Thomas afin d’en savoir plus sur le fonctionnement et les enjeux de ces fêtes techno pas si insulaires.

Vous êtes les seuls à Tours et dans la région à proposer des évènements de cette envergure, gratuits de surcroit ?

Il n’y avait pas grandes choses quand on s’est lancé effectivement, quelques évènements dans la salle de spectacle de la collectivité. À part dans les bars voire les discothèques, la musique électronique était très rare. Dès le début, on a pris le parti d’en proposer gratuitement dans une ambiance détendue et généralement dans des lieux en plein air, chose qui n’existait pas chez nous. Donc oui, on est les seuls.    

Pourquoi avez-vous décidé de réduire le nombre d’évènements, alors ?  

On a développé plein d’activités en 5 ans : des nocturnes, des évènements en hiver, en intérieur… Quand tu fais six grosses dates comme ça par an, c’est fatigant. Plutôt que d’en proposer six qui se ressemblent, on préfère en faire seulement trois, donc on va intégrer pas mal de changements et proposer quelque chose de plus qualitatif. Nos maitres mots cette année : Faire moins, mais faire mieux !

Comment faites-vous pour financer ces événements gratuits ?

Les Îlots sont autofinancés à 100 % - nos seules recettes proviennent de la buvette. On n’a pas d’autre rentrée d’argent. Certes, on a des partenaires qui proposent des prestations moins chères, mais aucun partenaire financier, personne qui nous fait un chèque de dix mille euros en début d’année. Les collectivités nous aident, nous fournissent des lieux, du matériel, mais sans argent, c’est parfois compliqué.
2017 l’était vraiment. On a eu des dates et des lieux qui ont changé, des coups de fil de la mairie nous prévenant quinze jours avant qu’on devait passer d’un parc fermé à un parc ouvert. Les gens sont donc venus avec leurs propres canettes, leurs propres bières et en plus de ça on a eu de la pluie, du froid... Divers aléas qui nous ont fait finir l’année avec un découvert d’à peu près douze-mille euros...

Il a donc fallu prendre cela en compte pour la programmation de cette année.

On pensait vraiment que les dates prévues en début d’année 2018, soit deux évènements payants en intérieur qui comprenaient notre anniversaire au mois de mars et une soirée un peu plus confidentielle en janvier, allaient nous permettre de récupérer une partie de nos finances. Malheureusement, on n’a pas réussi à recouvrir les fonds nécessaires. On s’est dit qu’au lieu de liquider l’asso, parce qu’y a un moment où l’on ne pouvait plus avancer, le mieux était d’impliquer notre public. On a lui demandé un peu de soutien par le biais de KissKissBankBank, tout en l’impliquant dans les nouveautés qu’on voulait mettre en place pour la saison 2018. Beaucoup de projets nous trottaient en tête, sans aucun moyen pour les réaliser. 

Vous avez pu faire d’une pierre deux coups.

Exactement ! On voudrait proposer une deuxième scène avec des courants différents, genre reggae ou dubstep. Des genres que nous ne défendions pas forcément jusqu’à présent. Ou alors des courants plus proches de la techno ambient, voire expérimentale. Sans oublier la mise en place d’un espace enfant, pour que les familles puissent venir, des animations, etc. Tout ça renforcerait le côté familial de notre projet, ce que l’on avait un peu perdu en grandissant. On a aussi envie de proposer une buvette toujours moins chère avec les meilleurs produits locaux. Malheureusement, tous ces projets et ces changements impliquent des couts, et nous ne pouvions pas les intégrer sans le soutien du public.

Le public des Îlots a été plus que généreux puisque votre objectif a été atteint en seulement 72h. Surpris ?

On a été assez impressionné par ce succès, parce qu’au début on ne savait pas comment communiquer sur ce crowdfunding. 95 % de nos activités sont gratuites et on n’a jamais demandé à notre public de passer à la caisse. Donc on ne l’a pas vraiment habitué à payer. On avait assez peur qu’au moment de lui demander de l’argent, il nous réponde tout simplement non.
C’était vraiment une énorme surprise de voir qu’en seulement 72 heures notre public l’avait déjà bouclé, mais pas que : on a eu également des professionnels, des politiques qui ont participé à titre personnel. Des entreprises aussi, une de Tours nous a versé 1000 € d’un coup. C’était assez impressionnant de savoir que dès le début, près de 230 personnes nous soutiennent à ce point.
Le public a bien vu que nos évènements étaient importants. Gratuits et d’une telle ampleur, tu n’en as plus nulle part. C’est du payant partout ! Et si tu as envie de venir avec ton chien, c’est impossible. Pas chez nous. On réunit environ 5 000 spectateurs en moyenne, je pense que c’est en ça que le public s’est senti concerné par ce besoin de nous sauver. Il a toujours été au courant de notre situation, de notre besoin, de notre façon de faire, on a toujours été transparents et je pense que le public se reconnait en nous.

Comment comptez-vous remercier tous ces donateurs ?

On trouvera toujours un moyen de remercier nos contributeurs. Avec le biais d’une fête par exemple. Le public est au centre de nos projets, c’est lui qui décide comment vont se dérouler nos events. Il doit se sentir acteur et pas juste spectateur. On va offrir des T-shirts, des tote bags, des bières, des fêtes secrètes et une bâche XXL qu’on va mettre dans les parcs avec tous les noms des donateurs. La moyenne s’élève à 25 € par personne ; sachant qu’on a un public essentiellement étudiant, c’est vraiment pas mal. Grâce à ces 25 € nous allons pouvoir garantir la gratuité de nos évènements et c’est aussi en cela qu’on les remercie vraiment.

Qu’est-ce que l’on peut attendre des Îlots pour cet été ?

Cet été on a trois évènements de prévus : le 20 mai, le 22 juillet et puis il nous reste le 1er et 2 septembre. Trois évènements pour trois lieux différents avec un line-up qui va défendre un peu plus la nouvelle scène française et avec un peu moins de têtes d’affiche. Tout simplement parce qu’on ne veut pas faire la course aux géants pour des évènements gratuits. Aujourd’hui, proposer un Arnaud Rebotini c’est bien, mais on ne peut pas le faire à chaque fois. On a vraiment la vocation et la volonté de mettre en valeur la nouvelle scène house et techno avec de jeunes labels et collectifs. Toujours le dimanche, toujours gratuit et toujours dans des parcs de ouf à Tours ! Il y a juste la fin de saison qui se déroulera sur le samedi et le dimanche après-midi. Tout ça sur l’ile Simon, notre lieu totem. Deux jours avec des animations socioculturelles : du tag, des animations sportives, du jeu vidéo, et même des collectifs qui organisent des bœufs, des petites scènes ouvertes. Tout pour passer un dimanche tranquille quoi.