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Les chiffres de la police indiquent que les raves illégales se multiplient à vitesse grand V à Londres. 133 free parties ont été identifiées en 2017, contre 70 l'année précédente. C'est le journal britannique The Sunday Telegraph qui a eu accès à ces données, en faisant jouer le Freedom of Information Act – loi permettant l'accès aux documents administratifs.

Pourquoi ce regain d'intérêt pour les raves, 28 ans après les premières teufs des Spiral Tribe ? La première raison qui vient à l'esprit est la fermeture des clubs traditionnels, dont on a vraiment pris la mesure de notre côté de la Manche après la fermeture (momentanée) du mythique Fabric. Un cas loin d'être isolé : selon l'Association of Licensed Multiple Retailers – le lobby qui représente les acteurs du monde de la nuit au Royaume-Uni –, la moitié des clubs anglais ont disparu entre 2005 et 2015. Plastic People, Cable et Dance Tunnel à Londres, The Arches à Glasgow et Sankeys à Manchester... Tous ces clubs renommés ont fermé leurs portes ces dernières années. Et la tendance n'est pas prête de s'inverser.

En cause, les jeunes Londoniens ont listé au moins six raisons dans un sondage, parmi lesquelles la hausse du prix de la boisson, de l'entrée, et des mesures de sécurité drastiques à la porte des clubs : éthylotests, chiens renifleurs de drogue, interdiction d'entrer avec un maillot de football, interdiction aux moins de 19 ans... Et du côté des propriétaires de clubs, il faut faire face à la hausse écrasante de l'impôt foncier et aux plaintes pour nuisances sonores qui se multiplient.

Plus de raves, plus de répression

Pour contrer ce phénomène, le maire de Londres Sadiq Khan a soutenu la loi Agent of Change, qui vise à protéger un peu mieux les clubs, notamment en forçant les promoteurs immobiliers à réaliser des travaux d'insonorisation. Malgré cela, le prix de la pinte ne devrait pas baisser. Cette tradition est même devenue un « luxe inabordable » pour 85 % des Anglais d'après une étude du CAMRA, le lobby des pubs de Grande-Bretagne. La situation ne risque donc pas d'évoluer de si tôt pour les jeunes clubbers du royaume, d'autant plus que les orientations de la conservatrice Theresa May ne les incitent pas à l'optimisme. Son intransigeance a même provoqué l'engagement politique de la scène grime avant les élections législatives de 2017.

Et le marasme n'est pas prêt de se dissiper pour ceux qui veulent danser librement. Dans un article de The Guardian, le chef de police londonienne John Oldham annonce que ses hommes « redoublent d'efforts » et « se dotent de moyens plus perfectionnés » pour identifier les raves en amont et décourager les organisateurs. Et si cela ne suffit pas, des barrages routiers sont mis en place, et les brigades canines ainsi que les CRS sont envoyés pour disperser les rassemblements. Des jeunes qui se détournent d'un monde la nuit aux tarifs prohibitifs, une première ministre très conservatrice et une répression policière qui s'organise contre les free parties... Comme un air de déjà vu.