Photo en Une : Trevor dans GTA V, en couverture du premier numéro d'Immersion © Rockstar Games

Les ponts entre musique et plaisirs vidéoludiques apparaissent d'ailleurs avec évidence dès ce premier numéro d'Immersion, où l'on peut lire cet historique entre rap américain et pixels et une analyse, plus classique mais intéressante, de l’importance de la mélodie dans Zelda. Lorsqu’on lance le rédacteur en chef du magazine Angelo Careri sur le sujet, on sent tout de suite une prise de hauteur bénéfique pour l’analyse. « Le rapport homme-machine dans l’esthétique et le bruit entre une borne d’arcade et une Roland TR-808 est très similaire. On a d’ailleurs très longtemps assimilé la techno comme LA musique référence de ce loisir. » La récente initiative du label Hyperdub de recenser en version CD, vinyle et digitale des perles rares de la musique de jeux vidéo japonais des années 80 -90 confirme ses propos. Puis, il conclut. « Ensuite, au début des années 2000, la technologie a permis de faire évoluer les BO vers d’autres genres musicaux. Il y a tout un entredeux passionnant à décrypter un jeu vidéo et sa musique ».

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Et cet entredeux s'étend à tous les champs artistiques. Partant de ce constat, l’idée d’un magazine façon Cahiers du Cinéma germe dans la tête de Mohamed Megdoul lorsqu’il est étudiant. Directeur de publication d’Immersion, il se considère comme un joueur lambda. « C’est une forme artistique pour laquelle je m’aménage du temps. Comme pour un bon film ou un concert, j’arrive à me dire qu’il faut que je joue cette semaine à tel jeu ».

Souvent dans l’ombre du cinéma, du livre et de la musique, le jeu vidéo semble trainer inlassablement l’étiquette biaisée d’un art au rabais. Trop souvent empêtrée dans des tests de jeux ou une nostalgie rétro-gaming à outrance, sa presse spécialisée a souvent du mal à élargir sa cible comme si « un mag' de jeux est fait pour les joueurs assidus de jeux vidéo ». Cette ligne éditoriale est certes logique industriellement, mais culturellement clivante. Pourtant lorsque le jeu sort de sa boite noire, l’expérience est souvent réussie, citons l’excellent « one shot » Games Stories de MK2 sorti en 2011. 

Mohamed exprime l’envie de créer une revue capable de traiter le jeu vidéo comme un art transversal : décors, narrations, musiques, rapports à l’espace, au temps et aux mouvements… « Sur notre première couverture, on a décidé de mettre Trevor, le héros de GTA V, car ce personnage est digne d’un film de Tarantino, sa proposition créative donne des clés de compréhension sur notre société contemporaine ». Le reste du sommaire est tout aussi intriguant avec entre autres: une enquête sur le fonctionnement du rêve et celui du jeu ou un portrait de l'artiste Sondra Perry, qui travaille sur les transferts des valeurs et des discriminations dans les espaces numériques. Des sujets « intello » bien documentés et accessibles à tous grâce à une prose arty jamais lourde. Qu’on soit joueur ou non, les reportages d’Immersion donnent des clés de compréhensions afin de mieux saisir la grammaire vidéoludique. Pour cela, la revue s’intéresse à tous les acteurs de la vie artistique qui s’inspirent du jeu : cinéastes, écrivains, producteur et évidemment musiciens…

Analyser l’importance de la musique dans la création vidéoludique n’a en soi rien de nouveau. Immersion décide pourtant de le faire de manière rafraichissante en prenant en compte l’écosystème dans son ensemble. Une cohabitation sur plusieurs niveaux existe entre les grands compositeurs stars qui voient leurs mélodies reprises par des orchestres symphoniques et les sound-designers qui participent à l’univers d’un jeu avec leurs catalogues de beats. Comme pour la musique électronique, il existe aussi une scène plus indépendante qui se permet plus d’audaces. On pense notamment à « Panoramical » de Fernando Ramallo, un jeu à l’interface DJ qui permet de créer des paysages hypnotiques ou encore à la B.0 déluré du jeu de tir « Futuridium ». C'est aussi cet "underground" du jeu vidéo qui trouve, avec Immersion, une revue à la hauteur de sa diversité.

Immersion, la revue du jeu vidéo, Imperatorem, 14,90€

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