Photo en Une : © DJ Bone


Je dois avouer que c'est avec une certaine émotion que j'appréhende ce nouveau DJ Bone : Après plus de vingt ans de carrière, il ne publie qu'aujourd'hui son premier album, et ce sous un épisodique pseudo. Producteur de la troisième vague « Detroit », Bone reste malgré de nombreux maxis une figure de l'ombre, un de ces artistes quasiment uniquement célébré par ses paires, et ce pour plusieurs raisons : La première est dans son patronyme, c'est un vrai DJ, certainement un des tout meilleurs DJ techno de la planète (ceux qui étaient présent à sa récente Concrète vous le confirmeront !), et faute de n'avoir jamais eu d'album à son arc, il n'est que rarement booké sur de belles scènes. Autres raisons à ce relatif anonymat, l'essentiel de sa production se concentre sur 2004-2010, une trentaine de maxis proposant sans doute la techno contemporaine de Detroit la plus ambitieuse avec celle de Terrence Dixon, à cette notable différence que la musique d'Eric Dulan reste plus proche de ses racines electro, et que ses tempo toujours rapides n'acceptent aucun compromis avec la « musicalité », s'articulant toujours autour de puissantes mélodies. Alors peut être qu'à l'ère de cette techno industrielle reine, cette propension à nous raconter des histoires à 140 BPM requiert un peu de patience voir de recul, mais l'évidence de cet album pourrait justement signifier le début d'un virage nous ramenant vers un age plus hédoniste de la techno, cette période où les prodigieuses qualités de compositeur de Mark Bell « LFO » et la saine simplicité de DJ Hyperactive faisaient bon ménage. Essentiellement dance-floor, «  It's Good To Be Differ-Ent » n'en demeure pas moins d'une réjouissante diversité, à l'instar de ces albums du début des années 90, dont tout les morceaux étaient différents mais unis autour de la personnalité du compositeur et non de son seul « son ». Tout ici sonne DJ Bone, mais jamais auparavant n'avait on pu nous rendre compte de l'étendue de la palette de son style, tant et si bien qu'hormis les évidentes accointances avec Kraftwerk et surtout Derrick May, les comparaisons avec ses contemporains semblent assez futiles. Toujours à la recherche de contraste, « Met Allergic Flex Antsy » oppose des percussions métalliques à de gros accords plaqués qui tournent en nappes, « Compute Her » est un pur track electro qui voie avec ses nappes  l'inverse se produire et ainsi complètement changer le sens, et « We Have U Surrounded » atteint avec une déconcertante facilité le groove que l'on espère chez les sorties L.I.E.S. J'aurais aussi bien pu parler des neufs autres titres, mais si avec tout ça votre curiosité n'est pas déjà réveillée, Ben Klock et ses cohortes ont effectivement encore de beaux jours devant eux. Alors peut-être que dans ce contexte, le choix d'avancer sous le pseudo « Differ-ent » est une légitime revendication, celle de quelqu'un qui a compris tous les codes du dancefloor, sait faire sortir la sueur de nos corps sans jamais oublier de nous laisser entrevoir la beauté au milieu des grincements et souffles de ses machines. Ne tient plus qu'à nous.