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On assiste à une victoire pour la culture club britannique. Auparavant, la loi stipulait que quiconque organisant un évènement musical ou sonore était responsable de l'émission du bruit et des conséquences sur le voisinage. Désormais, ce sont les promoteurs immobiliers qui devront s’assurer d’insonoriser convenablement leurs immeubles et autres bâtiments nouvellement installés à proximité de lieux de fête déjà existants. En somme, la mairie de Londres souhaite instaurer une entente pérenne entre les clubs et les riverains. Pour ce faire, les promoteurs seront chargés de « réduire le bruit et les nuisances potentielles » en travaillant sur « l’insonorisation des nouveaux bâtiments », construits après l’installation des clubs. 

Cette mesure, intégrée au London Plan 2018, qui définit les stratégies de développement de la capitale britannique à l'horizon 2025, résulte d'une réflexion commune entre des membres du gouvernement, l'association Music Venue Trust (MVT) et le lobby musical UK Music. Dans un article du site Dazed, Sajid Javid – secrétaire d'Etat au logement – déclare : « Les salles de concert jouent un rôle vital dans nos communautés, rassemblant les gens et contribuant à l'économie locale. Elles soutiennent la culture musicale populaire du pays». Et au maire de Londres de préciser : « Il est important de protéger des lieux tels que les pubs, les clubs, les lieux de musique populaires et les espaces LGBT. Agent of Change permet de laisser les Londoniens profiter de la vie nocturne de la capitale tout en laissant les riverains jouir d’une bonne nuit de sommeil. »

Plusieurs clubs londoniens, et plus largement plusieurs clubs en Angleterre, avaient été contraints de fermer leurs portes suite à de multiples plaintes des riverains. À Londres, le Bagley's/Canvas à King's Cross deviendra un site industriel, le Turnmills – vétéran des clubs londoniens et temple de la techno 18 ans durant – une plateforme de bureaux. Sur le plan national, d’autres clubs sont concernés, comme le Bed Club de Leeds ou le Niche Club à Sheffield. À noter que selon la BBC, plus de 50% des clubs ont fermé entre 2011 et 2016 à Londres, et 43% des salles de concert entre 2007 et 2015.

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Avec l’annonce de cette mesure, quid d'une extension de celle-ci vers un hypothétique modèle de la fête européenne ? Le Parlement de la ville de Berlin a récemment investi un million d’euros pour ses clubs, afin de faciliter la cohabitation entre fêtards et riverains. À Paris cette fois, on évoque un « principe d’antériorité », qui empêcherait les nouveaux propriétaires de jeter la pierre aux épicentres de la vie nocturne (déjà bien installés avant leur venue). «Notre objectif, c’est la médiation et la régulation », précise Frédéric Hocquard, conseiller PS de Paris délégué à la nuit. La capitale française a bel et bien du pain sur la planche.

Si la mesure Agent of Change concerne d'abord le Royaume-Uni, les gouvernements écossais et gallois sont aussi en bonne voie pour l'adopter. Le 10 janvier, le député John Spellar a présenté Agent of Change pour la première fois à la Chambre des Communes, attestant du soutien du gouvernement en faveur d'une extension au niveau nationale. Son projet de loi est également soutenu par l'ancien Ministre de la Culture Ed Vaizey et David Warburton, membre conservateur du Parlement britannique. Une deuxième lecture du texte de loi est prévue pour le 16 mars 2018. Ce dernier sera mis au point, finalisé et voté d'ici 2019.