Photo en Une : © Androgyne

Comment s'est monté un projet comme Androgyne ?

Androgyne est un collectif. On appuie sur ce mot, car on souhaite vraiment que plusieurs personnes puissent participer à ce projet et l’on est très loin d’être un trio fermé. Androgyne, c’est une vision de la fête partagée par trois personnes – trois très bons amis de longue date –, avec Youl, qui est programmateur et DJ résident des Gloria, et Romain, qui est lui sur la partie production des événements. Fin 2016, on s’est retrouvés tous ensemble à Nantes, et on a eu l’opportunité d’organiser des premiers événements au Club 25, qui était le précédent lieu avant le Macadam. Spontanément, on a organisé un puis deux puis trois événements, on s’est très bien entendus avec le gérant qui avait très envie que quelqu’un prenne le lead sur la DA. En plus, le lieu était un peu fatigué…

"Suffisamment accessible pour être rejoint mais suffisamment loin pour permettre de s’amuser sans trop compter. Donc forcément c’était hyper sexy !"

Comment s’est passée cette prise de contact avec l’équipe du Club 25 ?

On a des amis qui ont pas mal de bars dans la région. C’est un petit monde à Nantes, donc quand un lieu est en recherche d’événements, ça se sait rapidement. On l’a su, on avait envie d’organiser des trucs, et puis voilà ! Le lieu était en pleine zone industrielle, en périphérie de la ville, donc suffisamment accessible pour être rejoint, mais suffisamment loin pour permettre de s’amuser sans trop compter. Donc forcément c’était hyper sexy ! Quand on faisait Vocoder, au début, il fallait passer une demi-journée à retaper le lieu et à mettre des draps noirs pour couvrir les miroirs ; le Club 25 était super généraliste et pas du tout taillé pour les musiques électroniques. Par contre, la configuration était assez exceptionnelle avec un gros dancefloor bien compact et une belle capacité de 400 personne. Ça fait déjà une belle énergie. Donc on a vite imaginé ce qu’il était possible de faire et le patron nous a fait confiance.

Et de là est née la transition vers Macadam ?

Oui, on partait du principe que le Club 25 n’était ni esthétiquement adapté aux musiques électroniques, ni sonorisé pour accueillir ces musiques-là. Et puis il n’y avait pas d’espace extérieur, donc ça faisait trois points d’amélioration. Du coup, on a complètement transformé le lieu, on a eu tout l’été pour le retaper et on a presque tout fait nous-mêmes. Ce lieu ressemble à ce qu’on voulait.

Et à quoi ressemble ce que vous vouliez ?

Et bien ça ressemble globalement à un lieu noir, très brut, avec du béton au sol et des murs noirs, des chaînes suspendues au-dessus du bar, un DJ booth en bois qu’on a fabriqué nous-mêmes, entouré de grandes grilles de fer, un minimum d’assises et un max d’espace de danse… Il y a aussi pas mal d’espaces surélevés, on aime bien que visuellement il y ait plusieurs endroits à regarder dans un club. Si on peut détourner les regards du DJ booth, ça nous arrange – l’idéal c’est quand les gens ne regardent plus le DJ et que ça vit, tout simplement. Notre univers, c’est la volonté à la fois de ne pas se prendre au sérieux, et à la fois le fait d’être conscient qu’on amène à une certaine déviance et qu’on tend à sortir de la norme. Nous, on a envie que ce soit une excellente fête pour des gens qui se laissent aller. Cette vision de la fête qu’on a chez Androgyne est inflexible. Parce que quand tu fais trop d’aménagements pour plaire à tous, finalement tu ne concernes plus personne. On n’a pas vu l’intérêt de faire du progressif.

"On aime que les gens révèlent leur part de noirceur, pas forcément en s'habillant tout en noir, mais plutôt en révélant leur côté obscur. On aime que les gens s'oublient dans la danse."

Vous développez dans votre communication une image très sombre aux accents bondage, SM, etc... Est-ce que ça se retrouve dans l’ambiance de vos soirées ?

L’esthétique qu’on emmène dans notre communication correspond à ce vers quoi on tend. Notamment sur les dimanches Gloria, on incite très fortement les gens à se costumer, on aime que les gens révèlent leur part de noirceur, pas forcément en s’habillant tout en noir, mais plutôt en révélant leur côté obscur et en l’emmenant un peu jusqu’au bout. C’est aussi pour ça qu’on fait des fêtes très long format : on aime que les gens s’oublient dans la danse et qu’il se passe des choses naturellement. Quelqu’un qui a pris le temps de s’oublier fera la fête différemment de celui qui vient juste voir un artiste précisément, écouter 3h de DJ set et rentrer chez lui. Cet aspect trash apparaît, comme on l'espère à chaque fois, sur les Gloria, avec une fin de journée autrement plus débridée que la première partie de fête le dimanche. Evidemment, tu te retrouves le matin avec le public d’after qui a envie de faire la fête sans repasser par chez lui… Alors que ceux qui arrivent sur les coups de 13h à la fraîche et qui se sont apprêtés commencent à être en forme vers 17h. On compte avant tout sur les gens, et là où on est content, c’est quand on sent que l’intensité grimpe.

Justement, que pensez-vous du public nantais ?

On est encore en train de découvrir le public – je ne peux pas le juger – mais on sent qu’il y a un enthousiasme très fort ; le club est très souvent plein. Par contre, au niveau du lâcher-prise et de l’intensité qu’on recherche dans la fête, on en est encore au début.

Où est-ce que vous puisez vos références en termes d’idéal de la fête ?

On a fait pas mal la fête, on a toujours recherché les fêtes de jour. On les a cherchées un peu partout, que ce soit à Londres, à Paris, à Berlin ou à Amsterdam. C’est là qu’on a trouvé des lieux hyper originaux, des danseurs qui n’avaient pas d’autre préoccupation que de s’amuser et de rester très longtemps à danser. On sent que de notre côté, avec nos longs formats des Gloria du dimanche, on amène cette dynamique. On voit une évolution : entre la première et la troisième édition, on est passé de 200 à 550 personnes, et de 5% de personnes déguisées à 30%. Donc on sent bien que l‘intensité va crescendo. On sait que le public existe, maintenant on attend qu’il vienne. 

"Quand le public d’after n'est pas encore tombé et que le public "de fraîcheur" arrive, c’est là que l’alchimie se crée. Ça devient le feu, et ça bout pendant quinze heures en permanence."

Vous êtes les seuls à Nantes à vous engager sur cette voie-là ?

On n’est pas les seuls à faire des événements le dimanche, mais on est les seuls à faire la boucle complète et c’est là que les énergies s’échangent. Quand le public d’after n'est pas encore tombé et que le public "de fraîcheur" arrive, c’est là que l’alchimie se crée. Ça devient le feu, et ça bout pendant quinze heures en permanence. Et ça, c’est difficile de l’obtenir en ouvrant son club en début d’après-midi.

   À lire également
A Nantes, 15 heures d'after techno, acid et house égaient les dimanches du nouveau club Macadam

Qu’est-ce qui vous démarque de l’offre festive nantaise ?

Sur notre créneau, entre la qualité de notre système-son et l’axe artistique de nos fêtes, on est un peu tous seuls. À un moment, à Nantes, il y avait une culture de la tête d’affiche, et il fallait absolument que la personne qui joue soit connue pour que la salle soit remplie. Nous, on tend vraiment à l’opposé. Et l’autre force de Macadam, c’est qu’on propose un lieu pour le public hardcore et trance, et ça cartonne. Avec Androgyne on développe aussi une partie résidente très importante pour nous. On invite toujours des artistes mais on laisse une place prépondérante à nos résidents, en lesquels on a hyper confiance. Il y a Youl, GTI, Moksha et Combe, qui sont tous des artistes de la ville ou d’origine nantaise– et tous excellents.

Et quels sont les projets dont vous rêvez ?

On aimerait bien sortir de Macadam en tant qu’Androgyne. On a certes la direction artistique de Macadam, mais on est aussi enthousiaste de voir nos DJ’s jouer ailleurs qu’à Nantes. On a envie d’être crédible ici, c’est en train de devenir le cas, mais on n'a pas envie de se précipiter. On a aussi le souhait de tendre vers le concert ; ça nous frustre de voir que Macadam est fermé toute la semaine alors que le lieu est super bien configuré – on a construit nos structures pour ça aussi. On partirait plutôt sur des performances liées aux musiques électroniques et/ou des projets hybrides, mais on ne se presse pas car il faut se méfier des transitions trop rapides.

Vous pourrez retrouver l'équipe d'Androgyne au Macadam de Nantes pour la prochaine Gloria, le 21 janvier prochain. Toutes les informations sont à retrouver sur la page Facebook de l'évènement.