Photo en Une : © D.R. Marion Bornaz

Par Brice Henry

Une fois de plus, cette édition n’a pas dérogé à la règle : on a hâte d’y aller, on se concocte un programme qu’on ne va pas respecter, on perd un temps infini à attendre ses potes, on prend quelques notes bourrées de fautes pendant les concerts et on essaie la semaine suivante de recoller les morceaux pour faire rager ceux qui n’y étaient pas.

trans musicales
Tank and the Bangas 

Pour nous, le festival démarre le vendredi dans la Greenroom avec Ylia. La DJ espagnole nous offre un aller simple pour le pays du tapage de pieds avec une prestation aussi acide que les nappes phréatiques bretonnes. Meilleure entrée en matière qui soit avec celle qui compte déjà plus de 15 ans de carrière et qui sait clairement donner chaud avec du froid. Son set terminé, il est plus que nécessaire de se réhydrater. Une double pinte fait l’affaire, on reste humains. On calme ensuite le jeu avec un stop au Hall 8 et un set qu’on attendait avec impatience, à savoir celui de Tank and the Bangas. Après avoir esquivé des rafales techno et levé les bras au ciel avec Ylia, Tarriona « Tank » Ball et sa clique offrent au public rennais une prestation magnétique. La chanteuse originaire de la Nouvelle-Orléans catalyse les regards. Avec une voix qui n’est pas sans faire penser à celle d’Erykah Badu, capable de monter dans les aigus puis de prendre la tangente avec des sonorités proches de ce que peuvent faire les frangines des CocoRosie, on a l’impression que des pyjamas en peau de pêche sortent de sa bouche tellement elle dégage de la douceur.





À partir d’ici, on va arrêter de faire le point sur les pauses bières pour passer directement, toujours dans le Hall 8, au rap old school de Leon Rhymes et Standaloft aka Too Many T’s. Les Londoniens font ça proprement, mais n’ont rien inventé non plus. Ce duo de MC nous plonge dans le déjà vu et malgré leur boom-bap bien ficelé, notre fougue s’essouffle après quelques morceaux. On les reverra le lendemain au Liberté pour un showcase, même impression. Après un passage par le Hall 3 pour écouter les sorciers de Flamingods et leur envoûtante invitation à perdre la tête, cette soirée du vendredi se termine avec la Sud-Coréenne Kirara qui clôture la session Greenroom. On dirait du Carpenter Brut ou du Perturbator en moins violent, quoique. Avec une musique saturée proche du chant des machines des 90’s et l’heure tardive aidant, on se croirait dans un jeu vidéo electro-clash avec l’envie de tout brûler. Comme on n’a pas la délinquance dans le sang, on a gentiment composté notre ticket de bus et on est rentré chez nos hôtes.

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Flaming Gods

Après un samedi après-midi à transpirer les excès de la veille, le cul posé sur un canapé du Liberté, on reprend la route du parc expo. Bizarrement, en deux allers-retours en navette, on a cette année échappé au casting du meilleur chanteur paillard. Un petit coup de pouce de la vie sans doute. Par contre, il y en a toujours qui veulent postuler au titre de celui ou celle qui vomit le plus salement avant d’arriver sur le site. Justement une fois arrivé, c’est direction le Hall 5 pour se restaurer et engloutir en perso un camembert rôti/pommes de terre à 9,5 euros! Au moins, ça c’est fait. C’est donc encore plus transpirant qu’on arrive devant Sama qui ouvre les hostilités dans la Greenroom. La Palestinienne pionnière du mouvement techno dans son pays, dont on vous avait déjà parlé ici, envoie de la frappe. Ayant aussi officié en tant que designer sonore pour le cinéma, on sent chez elle l’influence de producteurs comme Stephan Bodzin ou Oliver Huntemann. Sama n’est pas là pour nous envoyer du banger gratuitement et sait piocher avec justesse dans les sonorités arabisantes sans tomber dans le kitsch. Un set parfait de bout en bout pour celle qui rend l’une des meilleures copies du week-end ! Même sentiment pour la Polonaise Zamilska qui lui succède. La productrice originaire de Varsovie est, quant à elle, plutôt du genre à nous installer dans une ambiance sombre et pleine d’aspérités, tournant autour de la même boucle, la faisant évoluer jusqu’à la rendre quasi méconnaissable, l’oubliant puis y revenant sans que l’on ne s'en rende compte. Pour ceux qui ne la connaissent pas encore, allez voir ses clips qui ne sont pas sans rappeler l’esthétique de The Blaze ou de la chanteuse Syd.

À la fin de son set, ça fait déjà deux heures et demie qu’on est dans la Greenroom. C’est au tour de l’Anglaise Josey Rebelle d’entrer en piste. Après une vingtaine de minutes, les avis sont partagés entre "c’est propre" et "c’est crade". On approche de la fin du festival, c’est peut-être pour ça. Notre lucidité a repris la navette depuis un moment et il temps de changer un peu d’air. On fait un détour par le Hall 9, histoire d’aller jeter un oeil au set EDM de la Canadienne Rezz mais on de dépassera pas le stade du bar derrière les gradins. On n’est pas prêt pour une telle violence. On n’était pas prêt non plus pour Moon Hooch qui signe, en ce qui nous concerne, la meilleure prestation de cette édition 2017. Alors qu’on était à deux doigts de rentrer, on a finalement embarqué pour un vol d’une heure avec le trio new-yorkais. On a oublié le camembert rôti à dix balles, la fatigue et le cashless vide, pour juste se laisser porter les yeux fermés dans un monde où les frontières n’existent plus. À l’instar de Sama, les gars de Brooklyn savent rester à la frontière du kitsch, car un set avec du saxophone ça peut vite se transformer en une sous-marque de Bakermat. Il n’en est rien, la folie est présente à chaque instant, ces types sont compléments cinglés. Entre envolées house, jazz et rythmes techno, on n’est pas loin de penser à Meute en les écoutant, l’effet fanfare en moins. «Si je peux me permettre un conseil, il faut absolument aller voir Moon Hooch, le samedi à quatre heures, hall 8! », nous avait alors soufflé à l’oreille Jean-Louis Brossard en amont du festival. Merci Jean-Louis!