Photo en Une : © Télérama Dub Festival

Il est un peu plus de 23 heures quand nous arrivons au bout de la gigantesque file d’attente qui s'étire dans l'enceinte des Docks de Paris. C'est déjà raté pour la performance attendue d’Harrison Stafford et du producteur français Brain Damage, programmés tôt dans la soirée à 21h15. La foule avance lentement et autour de nous, le mécontentement et le froid se font sentir. 

Une fois à l’intérieur, l’ambiance est au beau fixe, l’assistance est plutôt jeune et hétéroclite, preuve que le dub n’est pas près d’arrêter de diffuser ses positive vibrations. La configuration du lieu n’a pas changé, les deux salles principales se faisant face près de l’entrée. Un peu plus loin, à côté des quelques food trucks, se tient la troisième salle, plus petite mais à l’ambiance tout aussi électrique. C’est par ce chapiteau renommé pour l’occasion I-Skankers Area que nous commençons notre déambulation ; et il porte bien son nom. Arrivés devant les caissons, nous sommes rapidement submergés par les basses bondissantes du soundsystem italien Moa Anbessa. Accompagné de deux MC's, le collectif a préparé sa sélection de titres avec amour et n’a aucune peine à rallier la foule nombreuse à sa cause. Leur bonne humeur est communicative et le chapiteau se change en fournaise, ce qui n’est pas pour nous déplaire vu le froid à l’extérieur. Se promenant entre dub à l’ancienne, reggae, et sonorités plus diverses comme la musique orientale, ils proposeront un set joyeux et énergique. Une excellente mise en jambes pour la suite.

Accompagnée des Dub4 aux platines, c’est l'Ecossaise à la voix gouailleuse Soom T qui prend la relève. Malgré une belle énergie, ils ne parviennent cependant pas vraiment à nous transporter, et nous décidons d’aller faire un tour du côté du High Tone Hall où l’ambiance est nettement plus pêchue malgré l’absence de soundsystem. Pas étonnant vu que ce sont les High Tone en personne qui ont pris possession de la scène pour fêter leurs 20 ans de carrière comme il se doit. Le quatuor lyonnais est sur scène comme à la maison et fait aujourd’hui figure de groupe culte du dub expérimental français. Et force est de constater qu’ils parviennent encore à surprendre et à se renouveler, tout en préservant leurs racines. Lionel, Dominique, Julien et Fab ont ce soir choisi de troquer leurs instruments classiques (guitare, basse, MS-10 analogique) pour un attirail électronique plus moderne, toujours accompagné d’un batteur au jeu explosif. Armés de leurs claviers et machines, ils mettent peu de temps à nous emporter dans leur tourbillon sonore aux frontières du dub, du hip-hop, de la jungle et de sonorités dubstep bien dosées. Le spectacle est magnifié par le mapping coloré de la salle. Alternant entre classiques, titres moins connus et nouveautés, ils maintiendront la tension en invitant successivement Shanti D et Pupajim à les rejoindre pour deux titres survoltés. Plus tard, c’est le Jamaïcain Omar Perry qui prendra la relève pour clore ce concert d’anniversaire en beauté.



Le temps passe à toute allure, et arrive déjà le moment le plus attendu de la soirée : le set de 3 heures proposé par les Bretons Pupajim – qui a changé de hall – Rootystep, et McGyver, qui forment Stand High Patrol. À peine entrés dans ce Stand High Hall, nous nous retrouvons catapultés en plein dans leur univers si singulier. Portant un soin particulier aux visuels qui accompagnent leur musique, le groupe avait ce soir-là confié le mapping de la salle à Kazy et Diazzo qui s’en sont donné à cœur joie en choisissant le rouge comme couleur dominante, et en tapissant les murs de projections animées tout droit sorties de l’imaginaire du groupe. Le plafond étoilé déjà présent lors des années passées n’est pas non plus pour nous déplaire. Démarrant par quelques doux instrumentaux, le set ira crescendo. Équipés d’un énorme sound-system et accompagné de leur trompettiste Merry, les trois compères font vibrer une assistance des plus réceptives en faisant la part belle à leurs titres phares, de “The Big Tree à “Brest Bay. Profitant de la longue durée de leur set, ils proposent un véritable show, alternant ingénieusement basses musclées et titres plus intimistes mais tout aussi prenants, proposant des interludes électroniques hypnotiques, lorgnant parfois du côté du jazz ou du hip-hop à l’image de leur dernier album The Shift. Le crew sera plusieurs fois rejoint par Soom T et la Franco-Italienne Marina P, donnant une dimension supplémentaire à leur live. Une prestation qui restera dans les mémoires vu l’ambiance euphorique qui règne dans la foule.

Il est maintenant plus de 3h du matin et nous décidons d’aller tester les quelques food trucks installés en face de l’I-Skankers Area, histoire de reprendre quelques forces. Le choix n’est pas très large et les prix un peu chers mais les propositions sont intéressantes par rapport à la formule classique américain – frites des gros festivals. Après une bonne assiette de nachos, nous voilà repartis pour braver l’avalanche de basses qui se poursuit non loin de là. Et ce n’est pas étonnant vu que ce sont les I-Skankers qui ont pris possession du chapiteau pour l’avant-dernier set de la soirée. Ces derniers ne font pas dans la dentelle, pour le plus grand plaisir du public qui n’attendait que ça pour enchaîner les mouvements de foule, dans une ambiance dub/roots à l’ancienne.

La soirée se clôture dans le High Tone Hall avec ceux que beaucoup considèrent comme les nouveaux poids lourds de la scène dub anglaise : le duo Maasaï Warrior. Originaire de Bristol, le duo connu pour son aisance à déchaîner les foules l’a confirmé juste sous nos yeux. Avec un nom emprunté aux Maasaï, ce peuple nomade et guerrier d’Afrique de l’Est, il fallait s’en douter. En seulement quelques titres, le MC Paul retourne la foule, arpentant la scène pour mieux clamer sa joie, mais surtout sa colère. Car oui, le groupe dénonce un peu plus fort que les autres, les injustices et la corruption qui gangrènent les pays d’Afrique par exemple. En résultent des titres parfois sombres mais souvent très dansants, entre dub bien lourd, rythmes tribaux et escapades électroniques.

Malgré quelques couacs au niveau de l’organisation, ce 15e anniversaire du Télérama Dub version parisienne aura tenu toutes ses promesses en proposant un line-up dynamique et diversifié, qui n’aura peut-être pas totalement satisfait les puristes, mais qui aura eu le mérite de brillamment couvrir toutes les nuances du dub, de ses débuts à ses évolutions futures.