Photo en Une : © Paradise Garage

Au début des années 1990, Sven Løve et Greg Gauthier sont fascinés par le garage, cette house vocale aux accents soul. Ils filent à New York et en reviennent des idées plein la tête. Les deux compères lancent la première soirée Cheers en 1994, une institution dont l'histoire a été immortalisée par la sœur de Sven dans son film Eden. Son nom est inspiré du fanzine parisien de l'époque.

La Cheers de ce week-end sera placée sous le signe de la nostalgie, avec la diffusion du documentaire inédit de Farid Slimani Back In The House. Parti sur un coup de tête à 18 ans, il a filmé les légendes de la house new-yorkaise dans les années 1990. Mais nous vous en dirons plus dans le prochain numéro de Trax Magazine. Pour rester dans le côté rétro, Sven Løve et Greg Gauthier ont accepté de revenir sur leur parcours.

Greg : On a découvert la house par des cassettes qu’on se faisait ramener de New York, des enregistrements de la radio WBLS. On a vu la lumière avec ça. C’était peu représenté en France, sauf dans le milieu très gay où l'on allait un petit peu, mais en tant que jeunes hétéros, ce n’était pas facile de se faire une place. On est allés à New York et on s'est retrouvés dans de grands clubs avec beaucoup de monde, essentiellement des Noirs, et des gens beaucoup plus âgés, qui avaient déjà la quarantaine et allaient au Paradise Garage quelques années avant. On a un peu halluciné. On s’est dit : “Putain il y a des mecs sapés comme des breakers qui dansent au sol, on n’a jamais vu ça à Paris !”

Sven : On s’est inspiré de cette ambiance. Par exemple, en mettant des grappes de ballons de baudruche et aussi avec la présence de vrais danseurs, qu’on appelle maintenant les house dancers.

Greg : On en a aussi ramené une de nos particularités qui a toujours été de jouer beaucoup de vocaux. Un des trucs déterminants dans la house américaine, c’est quand même le fait que ce soit une musique principalement vocale. C’est ce qui fait notre singularité, quitte à déplaire à beaucoup de gens. Notre principale contribution, c’est d’avoir fait exister ça à Paris. 

Sven : Les soirées Cheers marchent toujours bien, on joue des anciens morceaux et des choses actuelles, car il ne faut pas s’enfermer dans le passé. On essaye tout de même de faire un pont vers le passé en passant des classiques, des sortes d’"anthems". On était un peu trop dans le côté revival à un moment, mais ça se passe mieux depuis deux ans au Badaboum : il y a une ouverture musicale plus grande et un renouvellement du public avec la multiplication des soirées de DJ's comme Lil' Louis ou Kerri Chandler. Ils viennent de la musique garage, on les avait fait venir alors qu’ils n’étaient pas si connus. On leur envoyait des fax, et même si le cachet de quelqu’un comme Kerri Chandler était beaucoup moins élevé à l’époque que maintenant, il y a eu certaines soirées où l'on perdait beaucoup d’argent...

Greg : Ce qui a changé aussi, c’est que cette musique, quand on la jouait dans les années 1990, était neuve. Ça reste tout de même une musique du passé qui ne pourra jamais être aussi pertinente et forte qu’elle l'était à l’époque.

Sven : Aujourd'hui, il reste un noyau dur de fans, mais leurs vies ont changé. C’est pour ça qu’on annonce les soirées vraiment en avance. On a compté cinq couples qui se sont mariés après s’être rencontrés dans nos soirées, on les voit depuis très longtemps.

Greg : Certains sont devenus des amis proches, chez qui on va de temps en temps et dont on connaît les enfants. S'il n'y avait pas eu nos soirées, peut-être qu'ils ne seraient pas là ! 

En bonus, les 15 classiques de la house garage par Sven Løve