Photo en Une : © D.R.

"Bien joué, tu fais rentrer la Drag Queen", "C'est pas vrai je tombe encore sur le pervers" ou "Yes j'ai eu l'ecstasy", autant de phrases qui sonnent étrangement sorties de leur contexte. Mais pas lors d'une partie de Bergnein.

"On est partis d'une blague, un poster représentant des stéréotypes gays" expliquent Alexander Kandiloros et Joakim Bergkvist, les créateurs du jeu, dans une vidéo de promotion. "Comme on aime tous les deux les jeux de société, la techno et la culture gay, on a voulu combiner tout ça"

Le résultat, Berghain ze game, sera proposé sur Kickstarter. Après un imbroglio légal avec le club berlinois qui stoppera la campagne de financement participatif, le jeu sera renommé Bergnein, puis lancé à la vente. Entre le jeu des sept familles et le pouilleux, il est présenté dans une jolie boite représentant la façade du club, et compte deux paquets de cartes de bonne facture. 

Les cartes sont variées et déjantées.

Les joueurs enfilent chacun leur tour le costume du videur et font face à une queue de clubbers hétéroclites. Leur but ? Ouvrir aux clients qui rapportent le plus de points. Et laisser les boulets sur le carreau, à la charge du joueur suivant. Pervers, dealer, mineure, policier... Autant de cartes à éviter pour espérer gagner. Rien de pire que de voir débarquer une armée de bloggers à duckface ou de touristes en plein selfie.

Pour s'en débarrasser, les joueurs influencent l'ordre de la queue, avec des cartes d'actions. L'appareil photo permet de virer un indésirable (car les photos sont interdites au Berghain), l'ecstasy autorise à jouer plus de cartes d'action et la "Gay Night" valorise davantage les cartes gays que l'on a collectées. Ce sont d'ailleurs ces cartes roses qui rapportent le plus de points, en référence à l'histoire du club qui fut, déjà à l'époque du Ostgut, un lieu gay ouvert aux hétéros.

Des dizaines de cartes d'action viennent troubler la queue.

Avec son humour assumé et nourri des clichés les plus répandus sur le club, Bergnein propose un voyage coloré dans la queue la plus select du monde. Stoner, clubber, sadomasochiste, rocker, punk, hipster, hippie, banquier, goths ou BCBG : chacun vaut son pesant de points et peut déclencher différents effets. Les 50 personnages sont classés par couleurs : Ze Undesirables, Ze Randoms, Ze Extras, Ze Party Monsters et Ze Gays.

S'il y a peu d'enseignements à tirer d'une partie, les créateurs ont bien réussi à représenter l'esprit de la file d'attente du Berghain. Le public est hétérogène, avec des origines sociales et des personnalités très différentes. Une diversité qui rappelle qu'il n'y a définitivement pas de dress code pour pouvoir rentrer, et que tout le monde peut être admis au final. Mais la main invisible du joueur rappelle les critères obscurs (ou aléatoires ?) qui poussent parfois Sven Marquardt à dire "Nein !"

Bergnein, publié par Ninja Print, est disponible pour 25€ frais de port compris. De deux à six joueurs de 15 ans et plus. Une partie peut durer de 10mn à une heure, selon les règles appliquées.