Photo en Une : © D.R.

Que s’est-il passé le 14 mai 2017 ? Quelques initiés sont au courant. Ils évoquent un véritable tournant. Pendant une courte durée (certains parlent de minutes, d’autres d’une heure), l’intégralité de la consommation énergétique de la République Fédérale d’Allemagne et ses 80 millions d'habitants a été couverte par les énergies renouvelables. Un événement qui revêt une importance particulière.

L’été qui a suivi a prouvé que tout ce qui brille n’est pas d’or, en n’obtenant pas (du moins en Allemagne) de très bons résultats en ce qui concerne les énergies solaire et éolienne. “L’âge d’or des énergies renouvelables” n’est pas encore à portée de main. Leur part dans le bilan énergétique allemand a chuté à 20 % environ. Cela ne devrait pas interroger seulement le changement climatique en général ou les avancées en matière de stockage d’énergies mais stimuler un discours sur la nature à long et à court terme.

Que doit signifier ce jour pour nous, les organisateurs de festival ?

Au cours des dernières années, de plus en plus de projets mêlant la durabilité écologique aux festivals musicaux ont émergé dans toute l’Europe. A leur tête, le précurseur danois Roskilde Festival, qui a lancé son initiative “Green Footsteps” (empreinte verte) en 2009. Transition vers les technologies modernes, énergie éolienne, stratégies de prévention du gaspillage – autant de premiers pas vers un respect environnemental de la part des festivals, qui dans le cas de Roskilde et ses 80 000 festivaliers, a d’énormes répercussions. Huit ans plus tard, la majorité des festivals européens ont développé leurs propres programmes environnementaux – et quelques-uns les ont déjà abandonnés également. Certains ont réussi à les intégrer aux événements habituels du festival, et d’autres les ont perdus. Quelques agents de l’industrie se sont aperçus que les bénéfices économiques ne peuvent pas être évalués et que passer au vert peut être assez coûteux. De plus, les campagnes marketing reposant sur cet argument ont aujourd’hui perdu de leur originalité et de leur aspect novateur.

Pourtant, il existe beaucoup de modèles différents permettant aux organisateurs de festivals (en collaboration avec leur public) d’améliorer leur empreinte écologique : favoriser les transports autres que la voiture (en affrétant spécialement des trains ou en proposant des réductions sur les transports en commun). Faire le tri. Alimenter les scènes à l’énergie solaire. Proposer de la nourriture bio, des boissons bio, de l’alcool bio. Ces mesures et d’autres encore peuvent avoir un impact important, particulièrement dans les zones rurales, et peuvent non seulement prévenir les dégâts infligés aux prairies, aux champs ou même aux bois, mais aussi avoir un – ou plusieurs – effets secondaires positifs. Les initiatives luttant pour un environnement propre au-delà de la période du festival sont satisfaites de chaque centime investi.

Qui pourrait s’opposer à cela ? Quelles critiques pourraient être adressées ?

C’est peut-être le cœur du problème, et la raison pour laquelle il est important de s’intéresser de près aux tendances des fétichistes de l’écologie. Le but de ceci n’est pas, bien sûr, de pointer du doigt certains festivals, mais d’aller encore plus loin dans les initiatives qui existent déjà. Une métaphore musicale convient bien pour évoquer le sujet de la durabilité (dans les deux sens, écologique et dans le temps). Sur une partition, chaque mesure peut être représentée par une courbe qui l’enveloppe : elle débute par une attaque, qui décrit l’impact direct de la campagne. Si vous réduisez les déchets, vous pourrez mesurer un pic d’efficacité en ce qui concerne la prévention du gaspillage. Ce pic est suivi par une chute : grâce aux déchets récupérés et aux donations, il est possible de lancer d’autres initiatives. Vient alors le point le plus important : comment tient la mesure sur la durée ? A quel point est-elle durable jusqu’au jour ou elle prendra fin (rejet des déchets récoltés) ?

Particulièrement dans le cas des festivals urbains qui se tiennent dans des clubs préexistants, comme le c/o pop Festival, des programmes de prévention spécifiques sont à peine productifs et leurs effets négligeables. La majorité du public emploie déjà les transports en commun de toute façon pour ne pas perdre de temps à chercher une place de stationnement.

Dans les villes disposant d’un réseau de transport en commun assez fourni, les mesures de réduction des émissions de gaz à effet de serre ne valent pas vraiment la peine. De plus, le système de tri sélectif et d’autres mesures sont déjà mises en place dans la ville. A Cologne et ailleurs, les clubs utilisent déjà les énergies renouvelables. La nourriture bio fait souvent partie des menus des sites et de leur restauration. Où commencer en tant que festival connu ou plutôt, comment s’étendre à des domaines qui ne sont pas seulement des concessions faites en réponse aux derniers règlements sur l'écologie ?

Qu’est-ce que les festivals ruraux et urbains peuvent apprendre les uns des autres ?

La question centrale est la recherche minutieuse de mesures adéquates pour sensibiliser à long terme notre audience au développement durable. C’est la seule manière de garantir une véritable durabilité qui aura des effets positifs,pas seulement pendant deux semaines mais pour les prochaines années dans le meilleur des cas. Un premier pas pourrait être, par exemple, réalisé dans le choix des marchandises. Dans ce cas, vous choisissez un partenaire dont vous recommandez le profil en tant que festival et que vous relayez à des milliers de visiteurs. Avec notre partenaire ARMEDANGELS, nous avons sorti un t-shirt du festival cette année, qui non seulement vient du commerce équitable (un point qu’il ne faut jamais négliger), et qui est aussi durable que possible. Du coton écologique combiné à un design moderne : c’est ce que représente la marque de Cologne dont l’état d’esprit est en adéquation avec beaucoup d’autres entreprises dans le milieu de la mode. En Allemagne, les gens âgés de 14 à 49 ans dépensent encore autour de 70 € par mois pour de nouveaux vêtements. A nos yeux, c’est un point qu’il faut souligner et qui pourrait aider à amener cette énorme industrie, à notre niveau, à adopter une pensée plus verte ET plus durable. En sensibilisant notre audience et la scène électronique aux faits que l’industrie doit repenser sa production, et qu'elle est en capacité de le faire. Une autre petite mesure qui va dans cette direction est le Camion de Mode Equitable qui était présent à nos stands et qui, en plus de proposer de nouveaux vêtements, partageait beaucoup d’informations sur leur conception. D’autres initiatives mises en place ainsi qu’une attention portée à l’amélioration de la sensibilisation tout au long de l’année ne peuvent fonctionner qu’en occupant une place importante dans chaque festival – qu’il se déroule en salle ou à l’extérieur, dans un champ ou en centre-ville.

Ce sont de petits pas, mais nous pouvons les faire ensemble. Nous manquons toujours d’une communication à plus grande échelle mais aujourd’hui, ces sujets sont déjà débattus, et des expériences sont partagées au sein des réseaux de festivals comme We Are Europe. Ce doit être le but de tous les festivals dans les années qui viennent, si les politiques n’atteignent pas leurs objectifs aux niveaux européen et global. Nous devons faire partie de la prochaine révolution verte.