Photo en Une : © Aldo Parades

Par Lucas Marchetti 

Jour 1 @ Gênes : Découverte d’un bateau pour le moins imposant

En cet après-midi de samedi ensoleillé, après avoir voyagé en bus depuis Nice et traversé la frontière italienne, on arrive enfin à bon port sur les coups de seize heures. Les quais de Gênes de dressent
devant nous, on ne tarde pas à deviner notre navire de destination finale. Le MSC Magnifica en impose : près de 300 mètres de long par 40 de large, d’une hauteur de 16 étages, le bâtiment est vraiment impressionnant visuellement. C’est bien simple, le bateau ne rentre même pas dans notre cadre Instagram ; première claque. A son bord, avec près de 1 000 membres d’équipage au service de ses 2 000 passagers, c’est l’abondance. Buffet à volonté et open-bar, tout est fait pour que vous soyez comblés et remplis, tout le long de votre séjour maritime, aussi bien au niveau de votre estomac que de votre foie. Si l’offre culinaire de base proposée à bord n’est pas de niveau gastronomique, mais relève plus d’un mélange entre fast-food et cantine, il est quand même bien appréciable de pouvoir casser la croûte à n’importe quelle heure du jour et de la nuit. Savourer un hot-dog ou se délecter d’un burger à deux heures du matin, ça n’a pas de prix. Côté bar, là encore il y a de quoi faire. En fait, c’est la première
fois de notre vie qu’on demande à un barman de nous (re)faire un verre moins chargé, et ce dès le premier, tant le personnel fait couler l’alcool à flot sans compter, n’y regardant pas les doses. On se retrouve vite avec un récipient contenant plus de vodka que de diluant. D’ailleurs, tout le long de cette croisière, on n’a pu que constater les conséquences de tels dosages sur la quasi-totalité des passagers.

Trêve de plaisanteries, revenons à l’aspect principal de Modernity : le son. Et le line-up, classé 5 étoiles, de cette croisière avait de quoi faire tourner la tête de bien des passionnés des sonorités
électroniques : de Sven Väth à Jamie Jones, de Dixon à Ben Klock, en passant par DJ Tennis, Adriatique ou encore Paul Ritch, ce sont au total près de 66 artistes, répartis sur 4 scènes, qui feront danser les passagers du MSC Magnifica durant ces quatre jours et quatre nuits de folie. Maxime Léonard, directeur de MDRNTY, s’explique : “La durée du voyage nous permet de laisser aux têtes d’affiche le temps qu’ils souhaitent pour leur set, mais aussi de faire découvrir au public des
artistes avant-gardistes moins entendus.” L’heure tourne. Après avoir fait un tour plus ou moins approfondi du bateau et s’être perdu à de multiples reprises, entre le casino et le théâtre, on a à peine pris quelques marques qu’il est déjà 22h passé. Danah Ruh est en ce moment en place à l’Ametista stage, une nuit 100% labélisée Cocoon démarre.

Lorsque l’on pénètre dans l’enceinte de l’Ametista, qui est en fait la scène indoor principale du paquebot, on découvre une boite de nuit aux allures plutôt commerciales, avec tables, podium, dancefloor marbré, stroboscopes et même boule à facettes. On est plus proches d’une discothèque strass et paillettes des années 90 que d’une soirée underground. Cependant, le sound-system de qualité, aussi puissant que parfaitement calibré, nous rappelle quand même que c’est bien Modernity qui est aux commandes. Derrière les platines, la DJ allemande Danah Ruh ne nous ménage pas durant ses trois heures de set, à grands coups de kicks. C’est ensuite Sven Väth qui parachève le travail. Pour les trois prochaines heures, «Papa Sven » et ses vinyles régalent un public majoritairement conquis. Le set est maîtrisé, sans fausse note, les tracks et les pas de danses s’enchaînent à foison sur le dancefloor de l’Ametista. Mais, si l'on veut faire la fine bouche, on se dit qu’on a vu la légende allemande officier une demi-douzaine de fois en 2017, et que le patron de Cocoon nous sert presque à chaque fois le même set. Bien qu’efficace, son bac à succès, du Oxia - Domino au Secret Cinema and Egbert - Maximaal, en s’achevant toujours par Paul Nazca - Memory, ne semble guère évoluer.

Enfin, le set puissant d’Ilario Alicante aura eu raison de nos jambes. Le DJ italien conclura ainsi d'une fort belle manière notre première soirée sur cette croisière.

Jour 2 @ Barcelone : Un réveil des plus tonitruant


7h du matin, boum boum boum, nous sommes violemment réveillés par l’écho assourdissant des basses résonnant dans nos tympans. Les boules Quies ne suffiront pas à nous replonger dans les bras de Morphée, nous n’avons dormi que deux petites heures, peinant à émerger de notre torpeur. On ne comprend pas trop ce qui nous arrive alors. Après une brève réflexion, on saisit en fait que notre cabine se situe juste en dessous de l’outdoor pool stage, qui n’est autre que la scène principale du paquebot.

Dès lors, c’est le début d’un calvaire annoncé car, à bord de la MDRNTY Cruise, le son ne s’arrête quasiment jamais. On se rend sur le ponton principal pour découvrir cet immense dancefloor, agrémenté d’une piscine et même de jacuzzis à ses alentours, ou l’on ne comptera plus le nombre de bikinis recensés. Effectivement les basses cognent. En bref, ça tabasse dans tous les sens du terme : visuellement et surtout acoustiquement, malheureusement pour nos heures de sommeil.

En ce début d’après-midi dominical, pendant que la Suissesse Sonja Moonear fait groover tout le navire, on aperçoit déjà les premiers rivages de la Catalogne, signe de notre première escale à
Barcelone. Quelques heures plus tard, on arrive enfin sur la terre ferme et les côtes catalanes, mais on reste encore un peu sur le bateau car Sven Väth mixe alors sur l’outdoor pool stage. 2ème round pour le DJ
quinquagénaire sur cette croisière, qui semble bien plus frais que nous, avant de nous abandonner pour jouer au Pacha barcelonais cette nuit. Peu de passagers semblent descendre du paquebot pour arpenter la cité catalane, il faut dire qu’avec cette offre « all inclusive», tout est fait pour que vous restiez à bord, sans parler du son qui vous matraque sans répit, mais on va quand même faire un tour sur la colline de Montjuic. Non pas pour se reposer, mais plutôt histoire de voir Dubfire qui jouait à ce moment au Brunch In The Park. La première étape de notre marathon du son, car, même pendant les escales, on avait déjà planifié tout un programme techno. Pas de repos pour les guerriers.


Une escale barcelonaise assez éprouvante donc. Dubfire nous a tué. On quitte le Brunch les jambes en compote afin de rejoindre le bateau en début de soirée. Alléluia, cette fois-ci le son semble avoir (enfin) stoppé sur la outdoor pool stage. On file sans plus attendre vers notre cabine pour une sieste bien méritée, histoire d’essayer de rattraper la nuit précédente, avant de repartir de plus belle car Adriatique et surtout Dixon seront au programme de notre soirée. Les douze coups de minuit ont retenti depuis quelque temps. Toujours pas très frais mais motivés, au mental, on renoue donc avec l’Ametista, où le duo helvétique Adriatique, avec un set techno énergique, entame d’agréable façon avant de laisser la place à Dixon. Véritable voyage musical en point d’orgue de cette seconde nuit, la prestation du patron d’Innervisions a également été l'un des meilleurs sets de notre croisière.

Suspendant l’espace-temps du MDRNTY, Dixon et ses tracks, chargés de puissance émotionnelle mélancolique [à l’image d’un Yotam Avni – Midas Touch ou encore Eagles & Butterflies - The Last
Dance, pour ne citer que deux des tracks unreleased de sa sélection), ont transporté les oreilles des passagers dans une autre dimension, un set mélodieux et globalement dépaysant donc, qui s’achèvera tout en groove.

Jour 3 @ Ibiza : La tentation de l’île Blanche

Il est plus de six heures du matin, on sort de l’Ametista à bout de forces, le sourire aux lèvres, satisfait du set de Dixon, les oreilles comblées. Mais à peine le temps de contempler et savourer le lever du
soleil depuis l’un des ponts, que l’outdoor pool stage et ses basses infernales se (re)mettent en marche, sonnant ainsi le début d’une nouvelle journée blanche…



C’est donc affalé, depuis notre lit, qu’on verra s’éloigner les rivages de Majorque et la célèbre cathédrale de Palma. Enfin, de toute façon, on n’était pas venu pour faire du tourisme. Le paquebot a mis le cap sur une autre île de l’archipel des Baléares, Ibiza, ultime escale de cette croisière complètement folle. Mais avec le vacarme résonnant des basses, toujours impossible de dormir, ou presque. A la guerre comme à la guerre : on va sur le pont de l’outdoor pool, la fleur au fusil.
Lunettes de soleil juchées sur le nez pour masquer notre mine fatiguée et nos yeux de zombie, démarche d’outre-tombe, on erre alors sans but sur le dancefloor. Nos guibolles nous disent stop. Accoudé sur le bar, demandant notre quatrième Red Bull de l’après-midi, ou serait-ce le cinquième, on baisse nos lunettes. Un barman remarque l’état profond de nos cernes et s’esclaffe en lançant un «All day ! All night !» tout en mimant le coup des basses. Il faut dire que le
bougre n’est pas habitué à entendre de la techno H24, et encore moins à voir des festivaliers à bord d’une croisière MSC.
Il est presque 20h, Ibiza se rapproche de plus en plus, plus que quelques minutes avant d’accoster. L’excitation est palpable dès le début de soirée. D’autant plus que l'on connaissait déjà Londres,
Berlin, Amsterdam, Barcelone… mais Ibiza, absolument pas ! C’est donc une découverte qui s’annonce, notre première fois sur l’île du clubbing. Mais notre état de fatigue tempère nos ardeurs, laissant la cohue du débarquement aux autres passagers. On va souper pour reprendre des forces, car la nuit ibérique s’annonce aussi longue qu’intense. En effet, pour marquer une bonne première fois, on avait prévu d’enchaîner les festivités : entamer au DC-10, pour la traditionnelle soirée Circoloco du lundi, puis Cocoon, terminer à l’Amnesia avec ce diable de Sven Väth (diantre, encore lui) et Nina Kraviz, rien que ça. Un programme (très) chargé, mais ce n’est pas tous les jours qu’on a la chance d'être à Ibiza, n’est-ce pas. Après un bref repos, on quitte le bateau peu avant minuit. Cette fois-ci, ce dernier semble presque vide. Contrairement aux autres escales, bon nombre de passagers ont décidé de déserter le navire pour se délecter des charmes de la nuit d’Ibiza. Avant de débarquer, on croise Paul Ritch qui, lui, vient tout juste d’embarquer avec sa valise. Le DJ parisien, à la vue de notre face désemparée, comprend vite qu’on n’a pas dormi depuis presque trois jours, mais salue
notre courage de descendre à Ibiza malgré tout. Ou notre folie, car selon lui, on a « presque une chance sur deux de ne pas remonter à temps sur le bateau ». Il faut dire que la MDRNTY Cruise devait lever l’ancre vers six heures du matin. De quoi perdre bon nombre de passagers qui n’auront pas regardé leur montre et succombé aux vices et aux tentations de la nuit.

Le chrono tourne. Fatigué comme jamais, on ne pourra finalement pas aller checker Jackmaster au DC-10. Ce sera pour une prochaine fois, on préfère donc se concentrer sur l’Amnesia pour passer plus sereinement notre première nuit à Ibiza. Qui dit nuit du lundi à l’Amnesia dit soirée Cocoon, et qui dit soirée Cocoon dit… Sven Väth ! On revoit donc « Papa Sven » pour la troisième fois de notre séjour, c’est limite si on ne fait pas partie de sa famille maintenant. Plus que sur les vinyles et les bacs de la légende allemande, c’est surtout sur l’ambiance et l’atmosphère de l’Amnesia que l’on s’attardera ce soir-là. Performeuses et danseuses dévêtues à gogo, boissons et tables VIP hors de prix, voilà semble-t-il l’âme du clubbing moderne à Ibiza, un peu à la Tomorrowland mais version boîte de nuit. A 10 euros la bouteille d’eau, autant vous dire qu’on a préféré garder la gorge sèche encore quelques heures. 

Néanmoins, le show d’Ibiza est là, le public est plutôt chaud, le
sound-system tabasse et les sets sont de qualité (mention spéciale à Danah Ruh). Mais nos jambes sont complètement K.O, peinant à danser on est décidément trop claqué pour profiter de la soirée comme il se doit. On fait une bise à Nina puis on dit au revoir à l’Amnesia.


Jour 4: Berghain ou Magnifica


Adios Ibiza, retour au bercail. On lève l’ancre et c’est parti pour une ultime journée de périple maritime jusqu’à l’Italie. Le bateau est, étrangement et inhabituellement, plutôt calme, on se demande combien de passagers l'on a pu égarer à Ibiza, mais c’est aussi et surtout à cause d’une terrible houle que tout le monde reste sans doute cloîtré dans sa cabine. Vous l’aurez compris, la croisière se termine en sévère mal de mer. Après tant de sensations fortes et d’excès durant ces quatre derniers jours, même les plus téméraires des festivaliers comateront dans leur cabine en ce mardi après-midi. Peu braveront la tempête pour aller jusque devant le sound-sysytem de l’outdoor pool stage écouter Guy Gerber. Nous préférerons nous réserver pour l’ultime nuit à l’Ametista avec Paul Ritch, le live de Mathew Jonson et Ben Klock qui nous portera le coup de grâce, afin de nous achever définitivement. Paul Ritch nous fait retrouver un peu d’énergie avec son set dynamique, tous les clubbers maritimes semblent attendre son titre phare Run Baby Run, mais ce ne sera pas pour ce soir. Prenant la suite avec ses multiples machines, le Canadien Mathew Jonson nous gratifiera d’une performance live qu’on n’oubliera pas de si tôt. Enfin, c’est donc Ben Klock qui conclura cette MDRNTY Cruise, portant le coup fatal avec sa techno froide et brutale. Cela nous fait sourire quand même, quand on se dit qu’on est devant le résident du club le plus mythique de Berlin, à danser dans la discothèque d’un paquebot de luxe. Y’a pas à dire, ça doit le changer du Berghain. On repense aux origines de la techno, remontant à Détroit, on se remémore les prémices de cette musique répétitive qu’on affectionne tant, à l’époque classée anti-système. Aujourd’hui, dans l’ère moderne, la techno se vit et se danse partout, y compris sur un paquebot au beau milieu de la Méditerranée. On ne peut que saluer les initiatives et les idées novatrices des organisateurs du crew suisse MDRNTY, exportant la techno à la montagne (en référence au Caprices Festival de Crans-Montana) comme à la mer, et ce dans des endroits toujours plus extraordinaires. Cette croisière n’était pas de tout repos, on n’a même jamais fait d’événement aussi fou et démesuré. c’était un délire monstrueux, du grand n’importe quoi à bord, mais quelle expérience tout de même. Alors, pour tout ça, merci Modernity. On reviendra l’année prochaine, mais seulement si vous isolez mieux les cabines.